Affaiblie, Theresa May remanie son gouvernement sans trancher sur le Brexit

La première ministre britannique n’est pas parvenue à se donner un second souffle après l’échec des législatives de 2017. Les poids lourds restent en place, et plusieurs ministres lui ont même résisté.

En pleine période de vœux, le remaniement ministériel auquel Theresa May a commencé de procéder, lundi 8 janvier, devait sonner comme l’annonce d’un renouveau. Après son échec électoral de juin, après ses reculades face à Bruxelles sur le Brexit, la première ministre britannique devait reprendre la barre et préciser le cap. Mais, prisonnière des divisions des conservateurs, affaiblie par la perte de sa majorité parlementaire, elle n’a fait que rafistoler une équipe toujours coupée en deux : d’un côté, les partisans d’un divorce brutal avec l’Union européenne; de l’autre, les défenseurs du maintien du maximum de liens avec le continent.

« Ce ne sont pas les heures les plus brillantes du numéro 10 [Downing Street] », a résumé un responsable tory. Dans le Telegraph, des députés conservateurs qualifient même d’« embarrassant » le scénario de la journée. Depuis la bérézina des législatives anticipées du printemps 2017, la première ministre n’a plus guère d’autorité sur son gouvernement. Elle en a donné une nouvelle fois le spectacle, se montrant incapable de congédier, et même de changer d’affectation ses ministres.

Non seulement les poids lourds du gouvernement restent en place, mais l’apport de sang neuf est très limité. Aux deux « hard brexiters » que sont Boris Johnson, ministre des affaires étrangères, et David Davis, ministre du Brexit, continueront de faire face les « proeuropéens » Philip Hammond, ministre des finances, et Amber Rudd, à l’intérieur.

Soucieuse de ne pas ébranler un fragile équilibre, Theresa May a choisi David Lidington, 61 ans, ancien ministre des affaires européennes, pour remplacer Damian Green, son bras droit au sein du gouvernement. En décembre 2017, M. Green, proeuropéen comme M. Lidington, avait été limogé après avoir menti à propos de la découverte, il y a dix ans, d’images pornographiques sur l’ordinateur de son bureau au Parlement. Un bon connaisseur de l’UE, disposant d’un réseau sur le continent, continuera donc de superviser la deuxième phase des négociations sur le Brexit sur les futures relations commerciales.

Même l’intention affichée par Mme May de signifier à l’opinion que l’action gouvernementale ne se limitait pas au Brexit, mais couvre les principales préoccupations populaires que sont le logement, la santé et l’éducation, a tourné court. Le mot « logement » a simplement été ajouté à l’intitulé du ministère des collectivités locales, tenu par Sajid Javid.

Dans ce curieux jeu de chaises musicales, plusieurs ministres ont même tenu tête à Mme May. Le ministre de la santé, Jeremy Hunt, rendu impopulaire par la crise hivernale du Service national de santé (NHS), a refusé d’être nommé au ministère de l’industrie. Quant à la ministre de l’éducation, Justine Greening, elle a décliné le maroquin du travail et a été écartée du gouvernement.

Ce faisant, la première ministre a montré la limite de ses proclamations d’ouverture. Mme Greening, élue d’une circonscription ayant voté contre le Brexit, ouvertement lesbienne, s’opposait au retour des « grammar schools » élitistes, prôné par la première ministre, et avait noué de bons contacts avec les syndicats d’enseignants, au grand dam des tories. En revanche, Boris Johnson, dont les déclarations à l’emporte-pièce causent régulièrement des crises diplomatiques, a vu reconduit son bail au Foreign Office.

« Esquiver les problèmes et changer l’emballage »
Lundi, le Parti conservateur lui-même a ajouté à l’impression d’improvisation en annonçant sur Twitter, par erreur, la nomination à sa présidence du ministre des transports Chris Grayling, en réalité confirmé à son poste par Mme May. Mais Patrick McLoughlin, le président sortant des tories, a bien été remplacé, pour prix de la catastrophique campagne électorale de juin 2017.

Brandon Lewis, 46 ans, ministre de l’immigration, lui succède avec une tâche immense : tenter de relancer un parti vieillissant, qui peine à se faire entendre des jeunes et des classes populaires et riposter à la dextérité du Labour de Jeremy Corbyn dans l’utilisation des réseaux sociaux.

Fustigeant « l’austérité des tories » et la crise des hôpitaux publics, le chef du Labour a ironisé sur « le grand plan [de Mme May] pour la nouvelle année : esquiver les vrais problèmes et changer l’emballage dans un exercice de communication médiocre et vain ». Un sondage publié lundi confirme le pessimisme grandissant des Britanniques sur l’issue des négociations sur le Brexit : seuls 31 % d’entre eux font confiance à Mme May pour obtenir « un bon accord » avec Bruxelles, tandis que 50 % sont d’un avis contraire.

18 ans, Etudiant en première année de relations internationales, passionné par l'actualité depuis le plus jeune âge. Créateur de C L'Info

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