Le débat Le Pen – Macron s’est déroulé dans un climat de tension et d’intox

Les deux finalistes de l’élection présidentielle se sont livrés mercredi soir à un débat télévisé particulièrement musclé. La candidate du FN a cherché à associer au quinquennat le leader d’En Marche, qui lui a reproché de « mentir en permanence ».

Un choc frontal. Tendu et rugueux. Une image de l’Elysée en arrière-plan, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont ferraillé sans discontinuer ce mercredi soir, sur TF1 et France 2, lors du traditionnel débat télévisé de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle. Et cette fois, il n’y a pas eu le moindre round d’observation entre les deux finalistes. Dès les toutes premières minutes, le duel a tourné à l’aigre. D’emblée, Marine Le Pen, cherchant à bousculer le favori du second tour, a lancé l’offensive contre « le candidat de la mondialisation sauvage, de l’ubérisation, de la précarité, de la brutalité sociale, de la guerre de tous contre tous, du saccage économique (…), du dépeçage de la France par les grands intérêts économiques, du communautarisme ».

« Je suis la candidate de la Nation qui protège », a-t-elle assuré. « Vous n’êtes pas la candidate de l’esprit de finesse (…) Ce que vous portez, c’est l’esprit de défaite », a répliqué Emmanuel Macron, disant incarner, lui, « l’esprit de conquête français » avec « des vraies réformes et des vrais changements ».

« Enfant chéri du système »

Rarement un duel d’entre-deux-tours avait jusqu’ici montré, sur le fond, un tel antagonisme. Les passes d’armes ont été incessantes, et sur tous les sujets : emploi, fiscalité, santé, retraites, immigration, lutte contre le terrorisme et, surtout, Europe. Mais elles ont souvent donné lieu à un dialogue de sourd. La présidente du Front national, qui avait opté pour la guerre d’usure, a cherché à associer l’ancien ministre de l’Economie à François Hollande et à son quinquennat, « aux résultats extrêmement mauvais », a-t-elle insisté.

« Aucune responsabilité dans les grands choix économiques ? », a ironisé Marine Le Pen, le qualifiant d’« enfant chéri du système », lui reprochant d’être prisonnier des lobbies et d’être « soumis aux exigences de l’Union européenne ». « La France sera dirigé par une femme. Ce sera moi ou madame Merkel », a-t-elle prévenu, prônant un « protectionnisme intelligent ». Un discours, assorti de la dénonciation du projet « ultra-libéral » et « à la schlague » de son rival, destiné aux classes populaires et aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon.

« Vous ne proposez rien »

Emmanuel Macron, qui a peiné à la ramener sur le détail de ses propositions, l’a accusé de dire de « grandes bêtises » (« ça ne marche pas comme ça dans la vraie vie ») et de « profiter de la détresse des gens ». « Vous mentez en permanence (…) Vous ne proposez rien (…) C’est inapplicable », a-t-il martelé, opposant son calme à la « grande brutalité » de sa rivale et cherchant à apparaître moins approximatif et plus présidentiable qu’elle — « Je suis infiniment plus crédible que vous (…) Moi je suis précis ».

Et à apparaître, aussi, plus rassurant. « La France, c’est une civilisation ouverte avec des principes généreux. Tout l’inverse de ce que vous portez », a lancé le leader d’En Marche, l’accusant de « nourrir la division » et de porter « la guerre civile ». « Ce que vous proposez, c’est la sortie de l’histoire », a-t-il assuré, voyant en elle un « parasite » qui se « nourrit de la colère ». « La France mérite mieux que cela », a-t-il lancé à plusieurs reprises.

Avance dans les sondages

Il est peu probable que le débat, mené au pas de charge et souvent brouillon, change l’issue de cette présidentielle. Marine Le Pen ne paraît en tout cas pas en mesure d’inverser la tendance, alors qu’Emmanuel Macron n’a jamais été déstabilisé et l’a souvent mise en difficulté. D’autant qu’il est nettement en tête dans les sondages. Le dernier baromètre quotidien Presitrack pour « Les Echos » et Radio classique le créditait encore mercredi de 60% des voix. Un niveau qui n’a guère bougé depuis le premier tour.

Il ne reste que deux jours de campagne officielle avec notamment, une « grande fête populaire » dans la Somme pour la présidente du Front national et un dernier meeting à Albi, dans la Tarn, pour le fondateur d’En Marche. Deux jours seulement pour tenter de convaincre le quart de l’électorat qui se réfugie encore dans l’abstention.

Deux candidats assis face-à-face et 14 caméras pour filmer “le” débat

Il y aura 14 caméras, dont l’une qui filmera l’arrivée des candidats à l’extérieur: dans un studio de la Plaine Saint-Denis, au nord de Paris, les techniciens finalisaient mardi l’organisation millimétrée du débat Macron-Le Pen de mercredi soir.

Avec les équipes des candidats, chaque détail a été passé en revue : la température (19-20 degrés, sinon on transpire), la table (de 2,50 m de large) où ils seront assis face-à-face et le décor de fond, une image floutée de l’Élysée, comme en 2012 et en 2007. Cette fois, aucun public n’est invité.

“Nous voulons montrer au téléspectateur ce qu’il aimerait voir s’il était sur le plateau”, a expliqué le réalisateur Tristan Carné, un vétéran des débats télévisés.

Christophe Jakubyszyn (g) et Nathalie Saint-Cricq, qui animeront mercredi le débat télévisé de l’entre deux tours de la présidentielle, photographiés le 2 mai 2017, à La Plaine Saint Denis

Pendant 02H20, Marine le Pen, installée à gauche, et Emmanuel Macron, à droite, débattront autour des questions posées par Nathalie Saint-Cricq (France 2) et Christophe Jakubyszyn (TF1), responsables des services politiques des deux chaînes.

Initialement les chaînes comptaient confier le débat à leurs présentateurs vedettes, Gilles Bouleau et David Pujadas. Mais le CSA a réclamé un duo de présentateurs homme-femme.

Le précédent débat (à onze) avait été présenté début avril par deux femmes, Laurence Ferrari et Ruth Elkrief.

Pour l’instant, l’utilisation des “plans de coupe” ou “plans d’écoute” — montrant le visage de l’autre candidat pendant que le premier s’exprime — n’a pas été validée par les deux candidats, selon le directeur de l’information de France Télévisions, Michel Field.

“L’un et l’autre ont été refroidis par l’usage des plans de coupe sur BFMTV, qu’ils ont jugés intempestifs”, a commenté Michel Field.

L’équipe d’Emmanuel Macron a assuré mardi soir à l’AFP qu’elle était “à fond pour les plans de coupe, qui rendent le débat plus vivant et plus authentique”, mais qu’ils se heurtent pour l’instant à un “veto” de l’équipe de Marine Le Pen, qui doit donner sa réponse “demain (mercredi) matin”.

Une douzaine de thèmes

Une méfiance qui reste vivace depuis 35 ans: c’est en 1981 que Mitterrand avait demandé à Serge Moati, organisateur du débat avec Valéry Giscard d’Estaing, de supprimer les plans de coupe.

Depuis, ces plans étaient tabous, et ce jusqu’aux débats des 20 mars et 4 avril sur TF1 et BFMTV où les candidats les avaient acceptés.

Quant à la table où ils se feront face, c’est l’habitude en France depuis 1974. “Nous avons tenté des pupitres à l’américaine mais ce sera pour nos successeurs”, a plaisanté Michel Field. Marine Le Pen a en fait gardé un mauvais souvenir des heures passées debout lors du dernier débat.

Quant à la douzaine de thèmes qui seront abordés, la liste et leur ordre doivent encore être calés avec les équipes, au terme d’une ultime réunion.

Le président du CSA Olivier Schrameck devait passer lui aussi dans l’après-midi visiter le studio.

Chaque candidat se fera conseiller par des “réalisateurs-conseils” qu’ils auront choisis.

Mardi après-midi, les deux présentateurs étaient un peu stressés, d’autant qu’aucun n’est très habitué à ce genre de débats.

“C’est un exercice très particulier où il faut être très modeste”, commente Christophe Jakubyszyn, qui attend “une confrontation des personnalités”.

“J’ai rêvé de ce débat ces derniers jours”, a raconté Nathalie Saint-Cricq, qui espère “une clarification sur un certain nombre de dossiers, comme celui de Whirlpool”. Elle a demandé des conseils à ses prédécesseurs, d’Alain Duhamel à Arlette Chabot ou David Pujadas.

Les deux présentateurs ont prévu “d’annoncer les thèmes de façon un peu anglée, pour renouveler un peu le genre”. Ils ont tout écrit ensemble et se répartiront les questions.

“Ils devront surtout être des maîtres du temps, ils seront plus jugés la-dessus que sur la pertinence des relances”, selon Michel Field.

Quant à la concurrence du match Monaco-Juventus diffusé à la même heure sur BeIN Sports, elle ne fait pas peur aux deux chaînes. “Un match, même important, sur une chaîne payante, ne peut rivaliser avec un débat d’une telle importance civique”, tranche Michel Field. 

Un débat à suivre en live video demain soir sur C L’Info …

Les débats TV du passé: du “monopole du coeur” de Giscard à l’anaphore de Hollande

Le débat télévisé de l'entre-deux-tours, tel que celui qui opposera mercredi soir Emmanuel Macron à Marine Le Pen, est depuis 1974 un moment fort des campagnes présidentielles, avec des taux d'audience record. - 10 mai 1974 : ce premier débat est suivi par environ 25 millions de téléspectateurs, d'après certaines estimations. Un échange entre le ministre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, candidat de la gauche, est resté célèbre : à celui-ci qui affirme, à propos de la répartition de la croissance, "c'est une affaire de cœur et non pas seulement d'intelligence", VGE réplique : "vous n'avez pas le monopole du cœur". - 5 mai 1981 : cette fois, quelque 30 millions de téléspectateurs sont devant l'écran ! Face au président Giscard d'Estaing, M. Mitterrand, très à l'aise, prend sa revanche : à celui qui le présente comme "l'homme du passé", le socialiste lance "vous êtes l'homme du passif". VGE l'accuse d'avoir "géré le ministère de la parole" tandis qu'"il gérait la France". Il lui demande de donner le cours du deutschemark. "Je n'aime pas vos méthodes. Je ne suis pas votre élève. Ici, vous n'êtes pas président de la République, mais mon contradicteur", lui rétorque M. Mitterrand. - 28 avril 1988 : le président Mitterrand attaque durement le Premier ministre de cohabitation Jacques Chirac sur l'affaire Wahid Gordji, diplomate iranien impliqué dans les attentats de 1986 à Paris. Il affirme "dans les yeux" que M. Chirac lui aurait dit avoir des preuves de la culpabilité de M. Gordji, qui a été expulsé de France en Iran en 1987. Le Premier ministre nie. Lorsque M. Chirac lui dit : "Ce soir, vous n'êtes pas le président de la République, nous sommes deux candidats à égalité (...), vous me permettrez donc de vous appeler monsieur Mitterrand", il s'entend répondre, sur un ton cinglant: "Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre". L'audience est encore énorme: 30 millions de téléspectateurs. - 2 mai 1995 : Jacques Chirac et Lionel Jospin s'affrontent sur le bilan des deux présidences mitterrandiennes. Au cours d'un duel courtois, M. Jospin défend le quinquennat et déclare : "Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Chirac". 16,7 millions de téléspectateurs. - Avril 2002 : Jacques Chirac refuse de débattre avec Jean-Marie Le Pen, qualifié surprise du second tour, pour ne pas cautionner "la banalisation de la haine et de l'intolérance". M. Le Pen dénonce une "piteuse dérobade". - 2 mai 2007 : Devant 20,4 millions de téléspectateurs, Ségolène Royal se montre combative face à Nicolas Sarkozy, en particulier sur un sujet inattendu, celui des handicapés. Elle accuse son adversaire d'avoir atteint "le summum de l'immoralité politique", en parlant du sort des enfants handicapés alors que le gouvernement de droite a supprimé des emplois à l'école permettant leur accueil. M. Sarkozy l'accuse de "perdre ses nerfs" : "pour être président, il faut être calme", lance-t-il. "Je n'ai pas perdu mes nerfs, je suis en colère et il y a des colères très saines, très utiles", réplique-t-elle. Le 28 avril, Mme Royal avait débattu, courtoisement, en direct sur BFM TV et RMC, avec François Bayrou, pratique inédite entre une finaliste désireuse de refaire son retard sur M. Sarkozy, et un leader politique arrivé troisième au premier tour. - Avril 2002 : Jacques Chirac refuse de débattre avec Jean-Marie Le Pen, qualifié surprise du second tour, pour ne pas cautionner "la banalisation de la haine et de l'intolérance". M. Le Pen dénonce une "piteuse dérobade". - 2 mai 2007 : Devant 20,4 millions de téléspectateurs, Ségolène Royal se montre combative face à Nicolas Sarkozy, en particulier sur un sujet inattendu, celui des handicapés. Elle accuse son adversaire d'avoir atteint "le summum de l'immoralité politique", en parlant du sort des enfants handicapés alors que le gouvernement de droite a supprimé des emplois à l'école permettant leur accueil. M. Sarkozy l'accuse de "perdre ses nerfs" : "pour être président, il faut être calme", lance-t-il. "Je n'ai pas perdu mes nerfs, je suis en colère et il y a des colères très saines, très utiles", réplique-t-elle. Le 28 avril, Mme Royal avait débattu, courtoisement, en direct sur BFM TV et RMC, avec François Bayrou, pratique inédite entre une finaliste désireuse de refaire son retard sur M. Sarkozy, et un leader politique arrivé troisième au premier tour. - 2 mai 2012 : 17,8 millions de téléspectateurs suivent le débat, virulent, âpre, entre le président Nicolas Sarkozy et son adversaire socialiste François Hollande. Celui-ci frappe les esprits en utilisant une technique d'éloquence basée sur la répétition, l'anaphore, pour répondre à la question "quel président comptez-vous être?". 15 fois de suite, il assène à M. Sarkozy, qui reste coi, des "Moi, président de la République..." pour détailler la ligne, notamment déontologique, qu'il se fixerait en cas de victoire.

Le débat télévisé de l’entre-deux-tours, tel que celui qui opposera mercredi soir Emmanuel Macron à Marine Le Pen, est depuis 1974 un moment fort des campagnes présidentielles, avec des taux d’audience record.

– 10 mai 1974 : ce premier débat est suivi par environ 25 millions de téléspectateurs, d’après certaines estimations. Un échange entre le ministre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, candidat de la gauche, est resté célèbre : à celui-ci qui affirme, à propos de la répartition de la croissance, “c’est une affaire de cœur et non pas seulement d’intelligence”, VGE réplique : “vous n’avez pas le monopole du cœur”.

– 5 mai 1981 : cette fois, quelque 30 millions de téléspectateurs sont devant l’écran ! Face au président Giscard d’Estaing, M. Mitterrand, très à l’aise, prend sa revanche : à celui qui le présente comme “l’homme du passé”, le socialiste lance “vous êtes l’homme du passif”. VGE l’accuse d’avoir “géré le ministère de la parole” tandis qu'”il gérait la France”. Il lui demande de donner le cours du deutschemark. “Je n’aime pas vos méthodes. Je ne suis pas votre élève. Ici, vous n’êtes pas président de la République, mais mon contradicteur”, lui rétorque M. Mitterrand.

– 28 avril 1988 : le président Mitterrand attaque durement le Premier ministre de cohabitation Jacques Chirac sur l’affaire Wahid Gordji, diplomate iranien impliqué dans les attentats de 1986 à Paris. Il affirme “dans les yeux” que M. Chirac lui aurait dit avoir des preuves de la culpabilité de M. Gordji, qui a été expulsé de France en Iran en 1987. Le Premier ministre nie.

Lorsque M. Chirac lui dit : “Ce soir, vous n’êtes pas le président de la République, nous sommes deux candidats à égalité (…), vous me permettrez donc de vous appeler monsieur Mitterrand”, il s’entend répondre, sur un ton cinglant: “Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre”. L’audience est encore énorme: 30 millions de téléspectateurs.

Le président François Mitterrand (D) fait face au Premier ministre Jacques Chirac (G), le 28 avril 1988 à Paris, lors d’un débat télévisé dans le cadre de la présidentielle animé par les journalistes Michèle Cotta (2eg) et Elie Vannier (2eD).

– 2 mai 1995 : Jacques Chirac et Lionel Jospin s’affrontent sur le bilan des deux présidences mitterrandiennes. Au cours d’un duel courtois, M. Jospin défend le quinquennat et déclare : “Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Chirac”. 16,7 millions de téléspectateurs.

– Avril 2002 : Jacques Chirac refuse de débattre avec Jean-Marie Le Pen, qualifié surprise du second tour, pour ne pas cautionner “la banalisation de la haine et de l’intolérance”. M. Le Pen dénonce une “piteuse dérobade”.

– 2 mai 2007 : Devant 20,4 millions de téléspectateurs, Ségolène Royal se montre combative face à Nicolas Sarkozy, en particulier sur un sujet inattendu, celui des handicapés. Elle accuse son adversaire d’avoir atteint “le summum de l’immoralité politique”, en parlant du sort des enfants handicapés alors que le gouvernement de droite a supprimé des emplois à l’école permettant leur accueil. M. Sarkozy l’accuse de “perdre ses nerfs” : “pour être président, il faut être calme”, lance-t-il. “Je n’ai pas perdu mes nerfs, je suis en colère et il y a des colères très saines, très utiles”, réplique-t-elle.

Le 28 avril, Mme Royal avait débattu, courtoisement, en direct sur BFM TV et RMC, avec François Bayrou, pratique inédite entre une finaliste désireuse de refaire son retard sur M. Sarkozy, et un leader politique arrivé troisième au premier tour.

Devant 20,4 millions de téléspectateurs, Ségolène Royal (G) se montre combative face à Nicolas Sarkozy, le 2 mai 2007 lors du débat télévisé animé par Patrick Poivre d’Arvor (2G) et Arlette Chabot (2D), dans un studio de Boulogne-Billancourt

– 2 mai 2012 : 17,8 millions de téléspectateurs suivent le débat, virulent, âpre, entre le président Nicolas Sarkozy et son adversaire socialiste François Hollande. Celui-ci frappe les esprits en utilisant une technique d’éloquence basée sur la répétition, l’anaphore, pour répondre à la question “quel président comptez-vous être?”. 15 fois de suite, il assène à M. Sarkozy, qui reste coi, des “Moi, président de la République…” pour détailler la ligne, notamment déontologique, qu’il se fixerait en cas de victoire.

Le 2 mai 2012, 17,8 millions de téléspectateurs suivent le débat entre le président Nicolas Sarkozy (D) et son adversaire socialiste François Hollande, animé par Laurence Ferrari (CG) et David Pujadas (CD) dans un studio de La Plaine Saint-Denis

Des journalistes dénoncent le comportement du FN envers les médias

Les sociétés de journalistes de 28 rédactions (AFP, Alternatives Economiques, BFMTV, CAPA, Les Echos, Le Figaro, France2, France3, France 24, France Culture, France Info, France Inter, L’Humanité, Libération, le JDD, M6, Mediapart, Le Monde, L’Obs, Le Point, Premières Lignes, Quotidien, RFI, RMC, RTL, Télérama, LaTéléLibre, TF1 , La Voix du Nord), auxquelles s’associe l’équipe de C L’info, protestent dans un communiqué contre la décision du Front national de « choisir les médias autorisés à suivre Marine Le Pen ».

Après une série de cas où des journalistes se sont vu interdire l’accès à des événements où se rendait la candidate du Front national ou son équipe de campagne, les sociétés de journalistes de plusieurs médias ont signé le texte suivant :

« A l’occasion de la campagne pour le second tour de l’élection présidentielle, le Front national a décidé de choisir les médias qui sont autorisés à suivre Marine Le Pen. Plusieurs titres de presse ont ainsi vu leur représentant tenu à l’écart de toute information et de toute possibilité de suivi sur le terrain de la candidate du Front national. Ainsi, après Mediapart et Quotidien (et avant lui son prédécesseur Le Petit Journal), l’AFP, Radio France, RFI, France 24, Le Monde, Libération et Marianne, notamment ont été à un moment ou à un autre victimes de ces exclusives. Il ne s’agit donc en rien d’un recours à la pratique du “pool” de journalistes où les informations et images sont partagées.

Nous protestons de la manière la plus ferme qui soit contre cette entrave à la liberté de faire notre métier et de remplir notre devoir d’informer.

Il n’appartient pas à une formation politique, quelle qu’elle soit, de décider des médias habilités à exercer leur rôle démocratique dans notre société. »

C L’info persona non grata d’une réunion publique de Marion Maréchal-Le Pen

Le 11 avril dernier, le Front National avait organisé à Bayonne une réunion publique avec la présence de Marion Maréchal-Le Pen, afin de soutenir la candidature de sa tante à l’élection présidentielle. Notre correspondant dans le Sud Ouest, Franck Paillanave, a alors contacté par téléphone le bureau local du FN 64 afin de s’accréditer. Après plusieurs minutes de négociations avec les dirigeants de la fédération (en précisant bien ne pas avoir la carte de presse), notre reporter obtient l’autorisation pour couvrir le meeting. Il se déplace alors à Bayonne (étant basé à Pau) pour réaliser ce reportage. Mais couac à l’arrivée : finalement, impossible de rentrer, malgré de nombreuses tentatives et le déplacement (avec les frais de péage et d’essence).

 

Nous déplorons bien sûr ce choix, car nous avons souhaité, au cours de cette campagne, donné la parole à tous les partis.

Hollande a voté à Tulle: “la démocratie est plus forte que tout”

François Hollande a voté dimanche à Tulle, son ancien fief électoral, pour le premier tour de l’élection présidentielle, appelant les Français “à montrer que la démocratie est plus forte que tout”.

Comme à son habitude mais sous très haute sécurité, le président a serré les mains et claqué la bise à ses anciens administrés, demandant des nouvelles de chacun, dans cette ville dont il fut le maire de 2001 à 2008.

Applaudi à sa sortie du bureau de vote et devant de nombreux objectifs, il a improvisé ensuite sous un soleil radieux une petite tournée d’autres bureaux et des rues de tulle, à peu près désertes en ce dimanche d’élection. Il doit regagner Paris dans la journée.

Il s’est aussi attardé à la mairie de Laguenne, dans la périphérie de Tulle, où il partage traditionnellement un verre avec les élus les jours d’élections.

Comme on lui demandait s’il ressentait un petit pincement au cœur, François Hollande, dans une situation inédite puisqu’il est le premier président de la Ve République à ne pas se représenter, a d’abord éludé: “un petit (comme) chaque fois qu’il y a un scrutin…”

Avant de concéder: “Surtout quand on n’est pas dans le scrutin, ça c’est vrai… mais il faut bien qu’il y ait d’autres” candidats.

“Il faut vivre sans nostalgie, il faut vivre toujours avec de l’espoir et de la volonté”, a-t-il encore observé, pensif.

Interrogé sur la menace terroriste, il a assuré que “toutes les mesures ont été prises”, prônant la “vigilance” pour “assurer aux Français toutes les conditions leur permettant d’exercer ce droit fondamental qu’est celui de choisir leur avenir”.

Il s’agit de “mobiliser beaucoup de moyens”, tout particulièrement pour la présidentielle et les législatives de juin, a-t-il poursuivi, enchaînant: “Et pour les Français, je pense que le meilleur message qu’ils peuvent adresser, c’est de montrer que la démocratie est plus forte que tout”.

Le chef de l’Etat avait déjà appelé jeudi “tous les Français à aller voter” alors que les abstentionnistes pourraient être l’une des clefs du scrutin. Sans livrer sa préférence, il avait assuré qu’il ne figurait pas parmi les “indécis” qui représentent une autre clef de ce premier tour.

François Hollande a multiplié ces dernières semaines les déplacements en province, le plus souvent dans des usines, pour appeler à mots à peine couverts le monde ouvrier à ne pas porter ses voix sur Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Au cours de son mandat, le président sortant a effectué une trentaine de visites en Corrèze, ce département qui l’a fait roi, la précédente remontant à la mi-mars quand il s’était rendu à Meymac, ancien fief de Jacques Chirac.

“J’étais Corrézien avant d’être président, je suis resté Corrézien pendant ma présidence (…) et je serai toujours Corrézien”, avait-il assuré en juin dernier, soulignant son “affection pour la population de ce territoire et ses paysages”.

Le chef de l’État avait débuté sa carrière politique en Corrèze par une défaite face à Jacques Chirac qu’il avait défié aux législatives de 1981, à 27 ans, frais émoulu de l’ENA. Député de la première circonscription de Corrèze de 1988 à 1993 puis de 1997 à 2012, il a été aussi président de son Conseil général de 2008 à 2012.

Cette année-là, la Corrèze l’avait plébiscité face à Nicolas Sarkozy, lui accordant 64,86% de ses suffrages.

Le Front national s’est hissé à 22,4% en Corrèze lors des élections européennes de 2014 et le département a basculé à droite en avril 2015.

Présidentielle: 69,42% de participation à 17H00

Le taux de participation atteignait 69,42% dimanche à 17H00 en métropole, pour le premier tour de l’élection présidentielle, selon le ministère de l’Intérieur, en légère baisse par rapport au premier tour de 2012 (70,59%) mais l’un des meilleurs depuis 40 ans.

Le taux de participation final avait été de 79,48% au premier tour de 2012. Les Français de métropole ont jusqu’à 19H00 ou 20H00 (soit au moins une heure de plus qu’en 2012 où les votes étaient clos à 18H00 dans de nombreuses communes) pour accomplir leur devoir électoral, une grande partie de l’outremer ayant déjà voté samedi.

Présidentielle: une campagne aux multiples rebondissements

Des têtes d’affiche éliminées, l’extrême droite en force, le renouveau du centre, la percée de la gauche radicale, le candidat conservateur plombé par les affaires: jamais une campagne présidentielle française n’a été aussi riche en rebondissements, jusqu’au sprint final marqué par un suspense inédit.

Un président impopulaire qui renonce

Le 1er décembre 2016, François Hollande renonce à briguer un second mandat. Très impopulaire, le chef d’Etat explique vouloir éviter une déroute de la gauche face à la droite et l’extrême droite. C’est la première fois depuis 1958 que le président sortant ne brigue pas un second mandat.

Le Président François Hollande annonce à la télévision le 1er décembre 2016 qu’il ne briguera pas un second mandat

Les favoris éliminés des primaires à droite et à gauche

Le 27 novembre 2016, l’ancien Premier ministre François Fillon remporte contre toute attente la primaire à droite avec un programme d’austérité économique et de restriction de l’immigration. Un autre ex-Premier ministre, Alain Juppé, favori des sondages depuis des mois, rate son pari d’ouverture au centre. L’ex-président Nicolas Sarkozy fut éliminé dès le premier tour.

Deux mois plus tard, le “frondeur” Benoît Hamon bat haut la main l’ex-Premier ministre Manuel Valls à la primaire socialiste, avec un discours résolument à gauche. Mais les derniers sondages le relèguent à moins de 8% des intentions de vote, le pire niveau pour un candidat socialiste depuis un demi-siècle.

François Fillon remporte de façon inattendue la primaire de la droite et du centre le 27 novembre 2016

Le conservateur Fillon déstabilisé par les affaires

Le 24 janvier 2017, l’hebdomadaire Le Canard enchaîné révèle que l’épouse de François Fillon, Penelope, a été rémunérée pendant plusieurs années comme attachée parlementaire auprès de son mari ou de son suppléant, alors que cette mère au foyer a toujours dit ne jouer aucun rôle politique auprès de lui. Les soupçons d’emplois fictifs détrônent le candidat de sa position de favori.

François Fillon présente ses “excuses” aux Français, mais affirme que “tous les faits évoqués” étaient légaux. L’enquête s’élargit à des soupçons d’emplois fictifs au profit de ses enfants, puis à des costumes de luxe offerts par un avocat à la réputation sulfureuse. Contesté au sein de son propre camp mais conforté par un immense rassemblement de ses partisans à Paris, il poursuit sa campagne en dénonçant un complot. Il a été inculpé le 14 mars, notamment pour détournement de fonds publics, une première pour un candidat majeur à la présidentielle.

François Fillon et sa femme Penelope à Aubervilliers le 20 mars 2017

Une étoile montante au centre

Ancien ministre de l’Economie de François Hollande pendant deux ans, repositionné au centre, l’ancien gérant de portefeuilles de la banque d’affaires Rothschild Emmanuel Macron a surgi dans la campagne sans expérience et sans parti. D’abord accueilli avec une certaine condescendance par des professionnels de la politique, raillé pour le flou de son projet, le benjamin des candidats, 39 ans, a progressivement grimpé dans les sondages, contredisant ceux qui le décrivaient comme une “bulle” médiatique. Jusqu’à se hisser en tête des sondages avec la candidate d’extrême droite Marine Le Pen.

Celui qui n’a jamais eu aucun mandat électif a reçu le ralliement de personnalités clés, tel le centriste historique François Bayrou ou le ministre socialiste de la Défense Jean-Yves Le Drian.

Emmanuel Macron lors d’un meeting de campagne à Nantes le 19 avril 2017

L’extrême droite conquérante

Au plus haut des sondages depuis des mois, la fille du sulfureux fondateur du parti d’extrême droite Front national, Jean-Marie Le Pen, est donnée largement qualifiée au premier tour le 23 avril, mais battue au second tour le 7 mai du fait d’un report présumé insuffisant des voix.

Capitalisant sur le ras-le-bol exprimé par nombre de Français sur les “élites”, le chômage ou l’immigration, Marine Le Pen, qui s’est efforcée d’adoucir l’image du Front National, espère tirer profit de la vague nationaliste, eurosceptique et anti-mondialisation en Europe et aux Etats-Unis.

Marine Le Pen lors d’un meeting de campagne à Paris le 17 avril 2017

La percée de Jean-Luc Mélenchon

Parti en campagne à l’été 2016 avec son programme radical -rupture avec les traités européens de l’Europe “libérale”, sortie de l’Otan, fin de la “monarchie présidentielle française”- le tribun de la gauche radicale a réussi à se hisser au coude à coude avec le candidat de la droite François Fillon, derrière le duo de tête constitué par Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

Fort du succès populaire de ses meetings -avec ou sans son désormais célèbre hologramme -, très actif sur les réseaux sociaux, le chef de la “France insoumise” a décollé dans les sondages depuis le premier grand débat télévisé du 20 mars.

Montage de photos créé le 18 avril 2017 de Jean-Luc Mélenchon et de ses hologrammes

Menace jihadiste et attentats

Photo non datée de Xavier Jugelé, le policier tué sur les Champs Elysées, le 20 avril 2017, fournie par sa famille le 22 avril 2017

“Jamais le risque terroriste n’a été aussi haut”, selon le ministre français de l’Intérieur. Trois jours avant le premier tour du scrutin, une attaque revendiquée par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a coûté la vie à un policier, sur la prestigieuse avenue des Champs-Elysées à Paris.

Cet attentat, survenu après plusieurs tentatives déjouées, a durci la campagne et replacé les débats sur la lutte antiterroriste au coeur de l’élection, alors que la France a subi en 2015 et 2016 une vague sans précédent d’attentats meurtriers qui ont fait 239 morts.

Présidentielle: les Français aux urnes pour un premier tour sous tension et incertain

Les Français, pour certains encore hésitants à la dernière minute, ont commencé dimanche à voter en métropole pour le premier tour de l’élection présidentielle, un scrutin à l’issue totalement incertaine et dans un contexte inédit de menace terroriste.

A midi, la participation était de 28,54%, stable par rapport à 2012, selon les informations du ministère de l’Intérieur.

Pour assurer la sécurité des près de 47 millions d’électeurs, plus de 50.000 policiers et gendarmes, avec le concours de 7.000 militaires de l’opération Sentinelle, sont mobilisés, trois jours après l’attentat ayant coûté la vie à un policier sur les Champs-Elysées.

Parmi les onze candidats en lice, le socialiste Benoît Hamon, a voté en milieu de matinée à Trappes (Yvelines) et le leader d’En Marche! Emmanuel Macron, au Touquet (Pas-de-Calais). La présidente du Front National, Marine Le Pen, a fait de même à Hénin-Beaumont.

Le candidat du “Frexit” François Asselineau et Philippe Poutou (NPA) ont fait leur devoir électoral à Paris et Bordeaux. Dès 9H00, le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan et la figure de Lutte ouvrière Nathalie Arthaud avaient glissé leur bulletin dans l’urne, respectivement à Yerres (Essonne) et Pantin (Seine-Saint-Denis).

Le président sortant François Hollande, qui n’a adoubé aucun candidat, a voté à Tulle, son ancien fief électoral.

Certains électeurs semblaient encore indécis dimanche matin. Ainsi Marie, médecin de 51 ans, s’apprêtait à voter à Lille, “sans trop savoir pour qui”. “J’y vais juste pour éliminer, parce que personne ne représente mes idées”, a-t-elle dit à l’AFP.

A Pantin (Seine-Saint-Denis), Rita, qui à 61 ans n’avait pas voté “depuis Giscard” en 1974, estimait que “tout est possible”, se référant à la victoire surprise de Donald Trump aux Etats-Unis. Benoît, vendeur de 43 ans, jugeait que les attentats n’ont pas forcément changé la donne car “on vit avec” désormais.

En métropole, le scrutin a débuté à 08h00 dans les 66.546 bureaux de vote de métropole. Ils resteront ouverts jusqu’à 19h00, une heure de plus que lors des présidentielles précédentes, et 20h00 dans les grandes villes. Cet horaire plus tardif rend incertaine, en cas de résultats serrés, la traditionnelle image télévisée affichée à 20h00 tapantes des deux finalistes.

– ‘Votez!’ –

Dans le Journal du dimanche, des personnalités ont lancé un appel anti-abstention: l’ex-animateur Nicolas Hulot, la chanteuse Carla Bruni-Sarkozy, la patronne du FMI Christine Lagarde, l’écrivain Jean d’Ormesson et l’ancienne présidente du Medef Laurence Parisot.

Rendez-vous majeur de la vie politique française, la présidentielle suscite habituellement une participation d’environ 80% (79,5% en 2012). Exception notable: le 21 avril 2002, avec un record d’abstention (28,4%) et la qualification inédite au second tour du candidat du Front national, Jean-Marie Le Pen.

Cette 10e élection présidentielle au suffrage universel de la Ve République est hors norme à plus d’un titre: absence du président sortant François Hollande, une première depuis la mort en fonction de Georges Pompidou en 1974; qualification au second tour de la candidate d’extrême droite donnée pour sûre dans toutes les enquêtes depuis 2013; contexte de menace terroriste, avec un scrutin sous le régime de l’état d’urgence instauré après les attentats de novembre 2015.

La mort jeudi soir d’un policier tué sur les Champs-Elysées porte à 239 le nombre de victimes d’attentats en France depuis l’attaque contre Charlie Hebdo en janvier 2015.

Rendez-vous majeur de la vie politique française, la présidentielle suscite habituellement une participation d’environ 80% (79,5% en 2012). Exception notable: le 21 avril 2002, avec un record d’abstention (28,4%) et la qualification inédite au second tour du candidat du Front national, Jean-Marie Le Pen.

Quinze ans plus tard, sa fille Marine Le Pen fait la course en tête dans les sondages avec Emmanuel Macron, suivis de deux poursuivants au coude à coude, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. Benoît Hamon est largement distancé dans toutes les enquêtes. La fin de campagne a viré au duel Macron-Fillon. L’ancien ministre de François Hollande s’est lancé dans un audacieux pari avec la création d’En Marche! et sa philosophie “et de droite, et de gauche”, rallié par certains hiérarques socialistes – à commencer par Manuel Valls et le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian -, par des anciens ministres chiraquiens et le centriste historique François Bayrou.

Vainqueur triomphal de la primaire de droite, M. Fillon a été grandement fragilisé par les affaires judiciaires, après la révélation fin janvier par Le Canard enchaîné de l’emploi soupçonné fictif de son épouse comme collaboratrice parlementaire, pour lequel la justice l’a mis en examen.

AFP / MEHDI FEDOUACHPhilippe Poutou vote à Bordeaux, le 23 avril 2017

Quatrième homme en 2012, Jean-Luc Mélenchon a vu sa cote nettement progresser, principalement au détriment de Benoît Hamon, frondeur socialiste désigné lors d’une primaire face à M. Valls. Le PS craint le pire score de son histoire après l’élimination de Lionel Jospin au même stade en 2002.

Cette 10e élection présidentielle au suffrage universel de la Ve République est hors norme à plus d’un titre: absence du président sortant François Hollande, une première depuis la mort en fonction de Georges Pompidou en 1974; qualification au second tour de la candidate d’extrême droite donnée pour sûre dans toutes les enquêtes depuis 2013; contexte de menace terroriste, avec un scrutin sous le régime de l’état d’urgence instauré après les attentats de novembre 2015.

La mort jeudi soir d’un policier tué sur les Champs-Elysées porte à 239 le nombre de victimes d’attentats en France depuis l’attaque contre Charlie Hebdo en janvier 2015.

Cet attentat a bouleversé la fin de la campagne, la plupart des candidats annulant leurs derniers déplacements. Un hommage national au policier assassiné aura lieu mardi.

Cette 10e élection présidentielle au suffrage universel de la Ve République est hors norme à plus d’un titre: absence du président sortant François Hollande, une première depuis la mort en fonction de Georges Pompidou en 1974; qualification au second tour de la candidate d’extrême droite donnée pour sûre dans toutes les enquêtes depuis 2013; contexte de menace terroriste, avec un scrutin sous le régime de l’état d’urgence instauré après les attentats de novembre 2015.

FAMILY HANDOUT/AFP / FAMILY HANDOUT Photo non datée de Xavier Jugelé, le policier tué sur les Champs Elysées, le 20 avril 2017, fournie par sa famille le 22 avril 2017

La mort jeudi soir d’un policier tué sur les Champs-Elysées porte à 239 le nombre de victimes d’attentats en France depuis l’attaque contre Charlie Hebdo en janvier 2015.

Cet attentat a bouleversé la fin de la campagne, la plupart des candidats annulant leurs derniers déplacements. Un hommage national au policier assassiné aura lieu mardi.

La loi interdit la publication de résultats, hormis ceux concernant la participation, avant dimanche soir.

Le second tour aura lieu le 7 mai.

Présidentielle: la campagne repart de plus belle après un débat jugé globalement réussi

La campagne présidentielle a franchi un cap supplémentaire avec le débat télévisé entre les onze candidats mardi soir, un exercice inédit jugé parfois confus mais globalement réussi du fait de l’impertinence des “petits” candidats.

Un débat “long et formaté” mais “assez fascinant” pour Le Parisien. “Le café de la République” pour le Figaro qui se demande au contraire “que diable les +grands+ candidats allaient faire dans cette galère”. Grande première de l’histoire des élections présidentielles, cette confrontation de l’ensemble des concurrents sur BFMTV et Cnews a rassemblé 6,3 millions de téléspectateurs en moyenne, selon les chiffres de Médiamétrie, contre plus de 10 millions le 20 mars pour le débat à cinq sur TF1 et LCI.

Ces près de quatre heures de débats parfois inévitablement confus ont été jugés globalement satisfaisants, y compris par les protagonistes. “Ça changeait des débats convenus”, s’est félicité Nicolas Dupont-Aignan (DLF). “C’est frustrant parce qu’on ne parle que 15 à 17 minutes” mais “ça s’est plutôt bien passé collectivement”, a jugé Benoît Hamon (PS) qui regrette cependant des sujets “absents” comme “l’écologie” et la “question sociale”. Un “débat magnifique” selon Jean Lassalle, “fils de berger” des Pyrénées et avocat lyrique des banlieues et de la ruralité. La droite est plus circonspecte, Éric Ciotti déplorant “une émission de télé-réalité” et des “candidats qui ont voulu faire des coups”. “Beaucoup de confusion”, a abondé Bruno Retailleau (LR), pour qui François Fillon “est apparu comme un chef d’État”.

Selon un sondage Elabe pour BFMTV, réalisé via internet à l’issue du débat, Jean-Luc Mélenchon a été jugé le plus convaincant par les téléspectateurs (25%) devant Emmanuel Macron (21%). Absents du premier débat le 20 mars sur TF1, les “petits” candidats, souvent très pugnaces, ont réussi à se faire entendre. Parmi les moments forts de la soirée, Philippe Poutou (NPA) a attaqué Marine Le Pen sur son refus d’honorer les convocations de la justice, mais aussi François Fillon sur l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse, rejoint sur ce point par Nathalie Arthaud (LO).

Je vais vous foutre un procès

“Je vais vous foutre un procès”, a fini par lâcher l’ancien Premier ministre envers Philippe Poutou, après avoir tenté une anaphore sur ce que doit être un “président exemplaire”, exercice rappelant le “moi président” de François Hollande en 2012.

Parmi les thèmes qui ont cristallisé les débats: l’Union européenne. Partisane d’une sortie de l’euro, Marine Le Pen s’est retrouvée concurrencée sur ce thème de prédilection. Nicolas Dupont-Aignan, ciblant autant Emmanuel Macron que François Fillon, a pu développer ses propositions pour un “patriotisme de bon sens”. François Asselineau a pu marteler sa volonté d’une sortie immédiate de l’UE et Jacques Cheminade la sienne de s’attaquer aux marchés financiers.

“Ce n’est pas rien d’observer combien aujourd’hui sont nombreux ceux qui ont décidé de tirer un trait sur l’Europe”, a relevé Benoît Hamon.

Les regards se tournent à présent vers le siège de France Télévisions où les représentants des candidats doivent se rencontrer mercredi après-midi pour discuter des conditions du débat prévu le 20 avril, à trois jours du premier tour. Plusieurs candidats, dont Jean-Luc Mélenchon, ont exprimé des réserves sur la date et d’autres concurrents réservent leur participation. En attendant, la campagne reprend de plus belle. Emmanuel Macron, mis “au centre du jeu” par ses adversaires, selon son porte-parole Benjamin Griveaux, passe un nouveau grand oral jeudi soir lors de “L’Émission politique” de France 2. Il se rendra ensuite un déplacement en Corse, où Marine Le Pen donnera également une réunion publique samedi. François Fillon se produira successivement mercredi à Provins, jeudi à Strasbourg et vendredi à Clermont-Ferrand avant un grand rassemblement dimanche Porte de Versailles à Paris. A gauche, Benoît Hamon se déplace jeudi à Nancy. Jean-Luc Mélenchon tient une grande réunion publique dimanche à Marseille.

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Présidentielle : ce qu’il faut retenir du débat entre les 11 candidats

Création d’emplois, maintien ou sortie de l’UE, terrorisme islamique, morale politique… C L’Info a listé les cinq points clés de la confrontation entre tous les candidats officiels à l’élection présidentielle, qui ont débattu mardi soir pendant plus de 3h30.

Les candidats étalent leurs désaccords sur l’emploi

Interrogé sur la situation économique de la France, et notamment sur la manière dont le candidat Les Républicains entend créer des emplois, François Fillon propose «de rénover le code du travail, de diminuer de 40 milliards les charges qui pèsent sur nos entreprises, de mettre en avant l’alternance, d’investir dans les nouvelles technologies, mais aussi de réformer le RSI ou de supprimer toute une série de normes qui pèsent sur l’agriculture». Tout le contraire pour Jean-Luc Mélenchon, qui veut «rétablir l’ordre public social dans notre pays.» Pour Marine Le Pen, la préférence nationale, qu’elle entend mettre en place, «va créer des emplois et rapporter de l’argent parce que cela passera par une taxe future sur les entreprises qui voudront employer des étrangers». Rapidement, le débat dérive et s’enflamme sur le statut des travailleurs détachés. «J’ai fait voter une loi qui permet de mettre des cartes d’identité dans le BTP, et c’est en train de marcher», affirme Emmanuel Macron. «C’est totalement faux», lui réplique Nicolas Dupont-Aignan. «Je voudrais dire que monsieur Macron est très clair: il veut maintenant la concurrence déloyale au coeur de notre pays. Or il faut changer les règles du jeu. Dans le cadre des traités actuels, il est impossible de créer des emplois en France. Il faut changer de cadre sinon la France crèvera à petit feu».

Des positions irréconciliables entre souverainistes et pro-européens

Si Benoit Hamon veut «continuer à faire le pari de la construction européenne», une partie de ses concurrents à l’Elysée affiche des idées contraires. «Tous les traités européens nous cadenassent dans une politique économique et sociale intenable pour les Français», estime par exemple François Asselineau, favorable à une sortie immédiate de la France de l’Union Européenne, sans passer par un référendum. Une différence notable avec Marine Le Pen, qui souhaite laisser les Français trancher ce sujet. Interrogée sur son «protectionnisme intelligent», la présidente du FN défend son projet, arguant que «l’intégralité ou presque des pays du monde protège leur propre production. Je vous rappelle que la Suisse a des droits de douane agricoles de près 55%, la Corée du Sud de 41%. Et ces pays vont très bien, beaucoup mieux que nous, il faut parler aux agriculteurs de temps en temps Monsieur Macron.» Réplique du tac au tac de la part du leader d’ «En marche!» à Marine Le Pen. «Ce que vous proposez, c’est la guerre économique, et nous ne sommes ni la Suisse ni la Corée du Sud. Ce que vous proposez, c’est le nationalisme. Le nationalisme c’est la guerre. N’oublions pas de quel côté nous venons!», lâche-t-il. «On en se présente pas comme la nouveauté quant on sort de vieilles badernes vieilles de 50 ans», lui répond-elle dans la foulée.

Pour Marine Le Pen, «la France est une université de djihadistes»

Sur la sécurité, le candidat du Nouveau parti anticapitaliste Philippe Poutou, qui veut mettre fin à l’état d’urgence et désarmer la police, apparait en grand décalage avec la tonalité de la majorité de ses adversaires. Interrogée sur la lutte contre le terrorisme, Marine Le Pen estime qu’«il faut retrouver nos frontières parce qu’un nombre important de terroristes se sont glissés parmi le flux de migrants, et certains sont responsables du massacre du Bataclan (…) Maintenant, la France est une université de djihadistes.» En entendant ces propos, Benoît Hamon sort de ses gonds: «Ça vous arrange Daech. Ça vous fait prospérer.» «Non ça ne m’arrange pas», lui rétorque la candidate, faisant ensuite référence à la soi-disant proximité entre le candidat socialiste et une frange musulmane intégriste. De son côté, François Fillon plaide pour «une alliance la plus large possible pour lutter contre ce mouvement. La France n’est pas le gendarme du monde, et elle n’a pas vocation à intervenir au Moyen-Orient. Mais elle doit s’inscrire dans une coalition internationale contre le totalitarisme islamiste».

 «Un président exemplaire», l’anaphore de François Fillon

Sujet dominant dans la campagne présidentielle, la moralisation de la vie politique donne lieu à une série de déclarations. Jean-Luc Mélenchon le clame: «Le peuple aura le droit de révoquer un élu en cours de mandat». Interpellé sur l’exemplarité des présidents, Jean Lassalle s’estime «pas trop mal». «Je n’aurais pas de mal à l’être, ça fait quarante ans qu’il n’y en a pas eu». Il veut emmener les «fonctionnaires parisiens dans les banlieues» et les campagnes. Pour Nicolas Dupont-Aignan, «un candidat doit avoir un casier vierge». Benoît Hamon souhaite lui «en finir avec les privilèges insupportables. Ce qui choque les Français, c’est le sentiment d’impunité.» Selon François Asselineau, «il faut cesser le monarchisme et cesser le showbizz». Emmanuel Macron se dit toujours favorable à la «moralisation de la vie politique». Très attendu sur ce thème, François Fillon répond par une anaphore, en déclarant, solennel: «Qu’est-ce que c’est qu’un président exemplaire? Un président exemplaire dit la vérité aux Français sur la situation de France et la réalité du monde. Un président exemplaire, c’est un président qui met en oeuvre les engagements qu’il a pris devant le peuple, quelle que soit les dififcultés. Un président exemplaire, c’est un président qui respecte le premier ministre et qui respecte l’équilibre des pouvoirs prévu par la Constitution. Un président exemplaire, c’est un président qui ne se sert pas des moyens de l’Etat pour affaiblir ses adversaires. Un président exemplaire, c’est un président qui ne confie pas à des journalistes des secrets défense. Un président exemplaire, c’est un président qui au bout de son cinq ans peut dire qu’il a amélioré la vie des Français».

Les «petits» candidats ont tenté d’exister

Placés au hasard derrière les pupitres, mais à égalité avec les favoris de l’élection présidentielle, les «six» petits candidats ont eu une occasion rêvée de mieux faire connaître leur personnalité et leurs idées devant des millions de téléspectateurs français. Comme Nicolas Dupont-Aignan, pour qui les électeurs ont le «choix»: «Soit vous continuez avec ceux qui vous ont menti, soit vous reprenez le pouvoir avec moi pour une France forte, libre et belle». Le député centriste Jean Lassalle propose lui «un avenir basé sur l’espoir et le vivre-ensemble», Jacques Cheminade promet de se battre «contre cette dictature financière qui gère tout», la candidate de Lutte ouvrière Nathalie Arthaud «veut faire entendre le camp des travailleurs», son homologue trotskiste Philippe Poutou entend «exprimer la colère des gens normaux», tandis que François Asselineau assure se positionner au-delà du clivage gauche-droite et souhaite redonner à la France sa souveraineté. D’une manière générale, chacun des «petits» candidats a souvent haussé le ton pour interpeller ou corriger ses adversaires qui dominent dans les sondages. Parfois pour créer le «buzz», comme les représentants de l’extrême gauche Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud qui ont attaqué directement François Fillon et Marine Le Pen, visés par des enquêtes judiciaires. De quoi faire bouger les lignes? Eléments de réponse dans les prochaines enquêtes d’opinion, alors qu’il ne reste que dix-neuf jours avant le premier tour de l’élection présidentielle.

Plombée par les affaires, la campagne présidentielle s’envenime

Le climat de la campagne s’est envenimé avec les accusations lancées par François Fillon contre un supposé “cabinet noir” à l’Elysée, qui lui a attiré une très vive riposte de François Hollande, tandis que les autres candidats se désolent d’un débat à nouveau occulté par les affaires.

“Je ne veux pas rentrer dans le débat électoral, je ne suis pas candidat, mais il y a une dignité, une responsabilité à respecter. Je pense que M. Fillon est au-delà maintenant, ou en deçà”, a déclaré le chef de l’Etat à l’antenne de franceinfo et France Bleu vendredi.

Le candidat de la droite devrait avoir l’occasion de répliquer vendredi soir, lors d’une réunion publique prévue à Biarritz.

François Hollande à l’Elysée le 23 mars 2017 à Paris

M. Hollande avait dénoncé dès jeudi soir les accusations “mensongères” du candidat de la droite. Vendredi, le président a de nouveau nié, non sans une pointe d’humour, l’existence d’un “cabinet noir” à l’Elysée.

“Ecoutez, il y a un cabinet heureusement, qui travaille, mais nous n’avons pas à nous mêler des affaires et vous savez ma position, ça a toujours été l’indépendance de la justice, le respect de la présomption d’innocence et ne jamais interférer”, a répondu le chef de l’Etat. Avec une petite pique en prime: “Je crois que c’est très différent de mes prédécesseurs.”

“Tout est clair ici, et ce qui n’est pas clair c’est ce que François Fillon doit justifier auprès de la justice”, a encore déclaré M. Hollande.

A l’occasion de son passage à “L’Emission politique” de France 2, M. Fillon, mis en examen notamment pour détournement de fonds publics et recel et complicité d’abus de biens sociaux, a accusé jeudi soir M. Hollande d’organiser, à la tête d’un “cabinet noir”, les fuites dans la presse sur ses affaires judiciaires. Le candidat a dit s’appuyer pour ses accusations sur un ouvrage écrit par trois journalistes (“Bienvenue Place Beauvau, Police: les secrets inavouables d’un quinquennat”), dont Valeurs actuelles a publié plusieurs extraits. Mais l’un des auteurs, Didier Hassoux, a démenti les propos de M. Fillon et dénoncé une instrumentalisation de son livre par un homme “aux abois” qui “essaye de faire un coup”.

Même démenti du ministre des Finances Michel Sapin sur une utilisation politique des informations du service de renseignement financier Tracfin, chargé de lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. “Jamais Tracfin ne communique ni à Christian Eckert (secrétaire d’Etat au Budget, ndlr) ni à moi-même, ni à toute autre autorité publique des informations sur la situation des personnes”, a-t-il martelé.

Le livre “Bienvenue place Beauvau, Police: le secrets inavouables d’un quinquennat” (C) par Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbe exposées lors du Salon du Livre, au Parc des Expositions de la Porte de Versailles à Paris, le 24 mars 2017

Ras-le-bol de ces affaires

Le candidat socialiste Benoît Hamon, qui a confié ne pas avoir regardé l’émission, a pour sa part estimé qu'”il est bon que François Fillon découvre ce qu’est la justice ordinaire”. “Il n’est pas victime de quoi que ce soit. Il est aujourd’hui l’objet de procédures et de procédures qui sont normales dans un Etat de droit”, a-t-il affirmé. Pour le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, qui soutient désormais Emmanuel Macron, c’est une “manœuvre désespérée” du candidat LR.

Au FN, dont la candidate Marine Le Pen est aussi inquiétée par une affaire d’emploi supposé fictif d’assistants parlementaires européens, on ne se prive pas, comme encore le secrétaire général Nicolas Bay vendredi, de dénoncer “une instrumentalisation de l’institution judiciaire”. “Marine Le Pen a eu une attitude respectueuse des institutions, de la séparation des pouvoirs, en disant qu’il n’y a pas à avoir des juges et des policiers qui font une irruption dans la campagne avec un spectacle médiatique incessant visant à priver les Français d’un débat fondamental”, a-t-il fait valoir sur Radio Classique.

Danielle Simonnet, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, a exprimé son “ras-le-bol”. “Ras-le-bol de ces affaires qui polluent complètement le débat de l’élection présidentielle et qui montrent à quel point notre monarchie présidentielle est pourrie par ces logiques affairistes et de corruption”. “Je pense que c’est une combine, une méthode” de M. Fillon, qui est dans une “nasse”, a estimé pour sa part Cécile Duflot, ex-ministre EELV. “Comme il est coincé, il invente, un peu façon Trump ou façon d’autres, une énormité encore plus grosse.”

Campagnes présidentielles: ce qui agitait les débats en mars 2007 et 2012

Parrainages, immigration, alliances: à sept semaines du premier tour du scrutin présidentiel, les campagnes de mars 2007 et 2012 étaient bien différentes de celle de 2017, focalisée sur les déboires judiciaires du candidat Fillon et leurs conséquences. 

2007: parrainages, immigration et Bayrou qui inquiète

C’est officiel: il n’ira pas. Jacques Chirac, 74 ans, annonce solennellement le 11 mars qu’il ne briguera pas un 3e mandat. Trois jours auparavant le président de l’UMP Nicolas Sarkozy, déjà candidat mais encore ministre de l’Intérieur, a reçu le soutien de poids de Simone Veil, qui a lancé en même temps l’offensive contre le centriste François Bayrou, dont les bons sondages inquiètent.

Au PS, Mme Royal reproche aux dirigeants PS de n’avoir “pas fait suffisamment bloc autour (d’elle) au début de cette campagne”.

Alors que Jean-Marie Le Pen (FN) et Olivier Besancenot (NPA) peinent à réunir leurs 500 parrainages à dix jours de la date-butoir, Nicolas Sarkozy déclare le 6 mars qu’il “se battra” pour que ses adversaires puissent concourir à l’élection, invitant implicitement les maires à leur accorder ce sésame.

M. Sarkozy donne le ton de sa campagne en annonçant le 8 mars qu’il créera un “ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale” s’il est élu. Ses adversaires dénoncent un appel du pied à l’électorat FN.

Quinze jours plus tard, la proposition de Mme Royal aux Français d’avoir tous “chez eux le drapeau tricolore” pour l’exposer aux fenêtres chaque 14 juillet provoquera une controverse dans son propre camp.

2012: viande halal, IVG, et Hollande en tête

Alors que tous les sondages placent l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé et l’éducation en tête des préoccupations des Français, la campagne est “escamotée” sur ces sujets par la lutte que l’UMP et le FN se livrent sur le terrain de l’immigration et de la sécurité.

Affiches de campagnes des candidats François Hollande (g) et Nicolas Sarkozy le 1er mai 2012 au Raincy

Donné par les sondages largement battu face à François Hollande, le président-candidat Nicolas Sarkozy fait de la viande halal un thème récurrent de sa campagne, allant jusqu’à affirmer le 5 mars qu’il s’agit du “premier sujet de préoccupation (et) de discussion des Français”.

Le 6 mars, M. Sarkozy affirme qu’il y a “trop d’étrangers” en France lors d’une émission très suivie et au cours de laquelle il s’excuse sur sa soirée controversée au Fouquet’s lors de sa victoire de 2007.

Le lendemain, François Hollande reproche à son rival d’avoir “exhibé sa vie privée” et de s’être montré “incohérent” sur l’immigration. Il oppose à la proposition sarkozyste de créer un “impôt sur les bénéfices minimum pour les grands groupes” du CAC 40, son projet d’instituer trois taux d’impôt sur les sociétés, progressifs en fonction de leurs tailles.

A la veille de la journée internationale des femmes, la candidate FN Marine Le Pen s’attire des critiques à droite comme à gauche, en prônant la fin du remboursement de l’avortement si la situation budgétaire l’exigeait.

Nathalie Arthaud (LO) est la première à déposer ses 500 parrainages, à l’opposé de Dominique de Villepin (République solidaire) et Corinne Lepage (Cap21) qui ne parviendront jamais à les réunir.

Le 8 mars, Nicolas Sarkozy affirme qu’en cas de défaite à la présidentielle il quittera la politique.

Exclu C L’info : Entretien avec François Bayrou de retour à Pau

Le président du MODEM est revenu dans sa ville. François Bayrou avait convoqué la presse locale ce lundi pour faire le point sur des travaux en ville. L’occasion également de faire le bilan de cette semaine importante qu’a vécu le maire de Pau, en décidant de ne pas se présenter et en s’alliant à Emmanuel Macron.

François Bayrou a accepté un court entretien à ce sujet, à C L’info et nos confrères de France 3 Pau Sud Aquitaine.

Le maire de Pau a également annoncé ce lundi matin qu’Emmanuel Macron “viendra sans doute à Pau” pour faire campagne. Mais les proches de François Bayrou nous ont quand même dit que François Bayrou ne fera pas campagne pour le candidat d’En Marche.

Rugy, ex-candidat écologiste à la primaire PS, choisit Macron

François de Rugy, ex-candidat écologiste à la primaire socialiste élargie, a annoncé mercredi son soutien à la candidature d’Emmanuel Macron à la présidentielle, plutôt qu’à celle de Benoît Hamon, vainqueur du scrutin.

“Je m’engage dans cette élection présidentielle au côté d’Emmanuel Macron”, a déclaré sur franceinfo le président du Parti écologiste, qui comme tous les candidats à la primaire s’était engagé à soutenir le vainqueur du scrutin, en l’occurrence Benoît Hamon. M. Macron, lui, n’était pas engagé dans cette consultation. “Je préfère la cohérence à l’obéissance”, a justifié le député de Loire-Atlantique, également vice-président de l’Assemblée, qui a toutefois reconnu que M. Hamon était “légitime pour être le candidat du Parti socialiste”, grâce à sa large victoire à la primaire, pour laquelle M. Rugy a réuni 3,82 % des voix. “Je ne vais pas mentir aux Français. Je ne me vois pas leur dire qu’après tout ce que j’ai dit dans la primaire, (…) ça y est je suis convaincu par le projet de Benoît Hamon alors que ce n’est pas vrai”, a t-il poursuivi, citant le revenu universel et le 49-3 citoyen comme deux points de profond désaccord.

Autre grief de M. Rugy contre le candidat socialiste, la main tendue au candidat écologiste Yannick Jadot et à celui de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon en laissant de côté Emmanuel Macron.”Benoît Hamon (…) a fait un choix politique. C’est de dire (…) +Je propose une majorité gouvernementale à Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot+. Ce n’est pas du tout le rassemblement tel que je le concevais”, a-t-il expliqué. “Face à la poussée de Marine Le Pen (…) il y a une recomposition politique sur des vrais clivages structurants (…) ouverture-fermeture, progrès-régression”, a-t-il assuré, fustigeant le “vieux clivage gauche-droite”. “Les idées que j’ai défendues dans la primaire, elles sont plus proches des idées défendues par Emmanuel Macron que des idées défendues par Benoît Hamon”, a-t-il ajouté.

Le 17 janvier, M. Rugy avait pourtant critiqué Emmanuel Macron qui “n’allait pas dans le sens de l’écologie mais (…) plutôt dans le sens de l’ancien monde”. “Il a été auditionné (…) par le WWF. Il a fait évoluer ses positions”, s’est-il défendu mercredi.

Pour ce qui est du programme économique, “j’ai défendu dans la primaire l’augmentation du salaire net et la baisse du coût du travail par le transfert des cotisations vers la CSG, c’est exactement la même proposition qu’a Emmanuel Macron”, a ajouté M. de Rugy.

Bachar al Assad est “la seule solution viable”, dit Le Pen

Le président syrien Bachar al Assad est “la seule solution viable” pour empêcher l’Etat islamique de prendre le pouvoir en Syrie, a déclaré lundi Marine Le Pen après un entretien de plus d’une heure avec le Premier ministre libanais Saad Hariri à Beyrouth.

“J’ai clairement exprimé que, dans le cadre de la politique du moindre mal, qui est une politique réaliste, il m’apparaissait que Bachar al Assad était évidemment aujourd’hui une solution bien plus rassurante pour la France que l’Etat islamique si celui ci venait à prendre la tête de la Syrie comme il a pris en partie le pouvoir en Libye après la disparition de M. Kadhafi”, a-t-elle déclaré à la presse. “J’ai exprimé à M. le Premier ministre l’analyse qui était la mienne, que j’ai exprimée depuis le début de la crise syrienne, à savoir que, en l’état, il m’apparaissait n’y avoir aucune solution viable et plausible en dehors de ce choix binaire qui est Bachar al Assad d’un côté et l’Etat islamique de l’autre”, a-t-elle ajouté.

Marine Le Pen, qui est arrivée dimanche au Liban, a rencontré le président libanais, l’ancien général chrétien Michel Aoun, et le Premier ministre sunnite, Saad Hariri, une manière de soigner sa crédibilité internationale à deux mois du premier tour de la présidentielle française. La présidente du Front national, dont toute la stratégie consiste à “dédiaboliser” son parti pour apparaître comme une présidente en puissance, n’avait encore jamais rencontré publiquement de chef d’Etat en exercice.En estimant que Bachar al Assad est pour l’instant la seule solution viable, elle contredit la position officielle de la France, qui le juge responsable de crimes de guerre.

Saad Hariri a publié à l’issue de la rencontre un communiqué dans lequel il met en garde contre tout “amalgame entre islam et terrorisme”.Le Premier ministre libanais a dit à Marine Le Pen que “les musulmans sont les premières victimes du terrorisme se réclamant de la religion, alors qu’il n’en a aucune, et que les modérés qui constituent l’écrasante majorité des musulmans dans le monde sont la cible première du terrorisme prétendu musulman car en ils sont en fait le premier rempart contre l’extrémisme”. Il a ajouté que “les Libanais et les arabes, comme la majorité du monde, considèrent que la France est la patrie des droits de l’Homme et de l’Etat républicain qui ne fait aucune distinction ethnique, religieuse ou de classe entre ses citoyens”.

 

Emmanuel Macron, «candidat des médias» : autopsie d’un choix implicite (Libération)

[Revue de presse] C-linfo a sélectionné pour vous un article de qualité, la chronique de Daniel Schneidermann publiée sur Libération.

On pourra faire adopter les plus vertueux statuts de la presse, faire voter toutes les lois anticoncentration, le journaliste vibrera toujours pour le neuf, pour le jeune, pour le moderne, pour l’inédit.

Partons cette semaine, chers lecteurs, en enquête d’immersion dans la fabrication d’un «candidat des médias». Quelles sont ses méthodes ? Comment et par qui est-il désigné ? Voici un cas d’école. Le week-end dernier, quatre gros meetings se partageaient l’actualité politique. Benoît Hamon était investi à Paris, tandis qu’Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon tenaient des réunions publiques à Lyon. Seuls deux de ces quatre candidats virent leurs réunions retransmises en direct et en intégralité par les quatre chaînes d’info en continu (BFM-TV, i-Télé, France Info et LCI). Lesquels ? Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Les deux autres (Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, donc) durent se contenter des miettes, dans le grand festin du live.

Est-ce à dire, comme le conclurent immédiatement de nombreux internautes, que «les médias» ont choisi leurs deux candidats, et le second tour de leurs rêves ? Les médias votent-ils pour un duel Macron – Le Pen ? Il faut disjoindre les deux cas. Leurs différences montrent qu’il existe plusieurs filières d’accès au titre envié (mais redoutable) de «candidat des médias». Prenons Marine Le Pen. Si les médias, tout au long des dernières années, ont assuré la promotion de Marine Le Pen, et crédibilisé sa «dédiabolisation» de façade (le programme du FN n’ayant pas changé sur les points essentiels), c’est bien malgré eux. Sans doute peu de patrons et d’actionnaires de la presse ont-ils des sympathies pour le programme du FN (préférence nationale et sortie possible de l’UE, ce dernier point provoquant même sans doute une sorte de panique). Pour ne pas parler des journalistes, chez qui le vote FN est ultra-marginal. Mais, dans la surexposition de Le Pen, et de ses satellites phillipotoïdes, ont sans doute été déterminants à la fois les sondages et les scores d’audience des émissions où ils étaient invités, les uns se nourrissant des autres, dans une interaction aussi bien connue que mystérieuse.

S’agissant de Macron, c’est exactement l’inverse. Xavier Niel et Pierre Bergé, copropriétaires du groupe le Monde, lui ont plus ou moins publiquement déclaré leur flamme. Rien, dans ce que l’on sait de lui, et du peu que l’on sait de son programme, n’est de nature à effaroucher MM. Dassault, Arnault, Pinault, Lagardère, Bolloré ou Drahi. Ce qui ne signifie pas que les oligarques français soient pendus au téléphone chaque matin pour commanditer des unes, des éditos, ou des sondages favorables. Simplement, par capillarité intellectuelle, ils ont nommé à la tête des rédactions de «leurs» médias des journalistes macrono-compatibles, éventuellement macrono-indifférents, en tout cas jamais macrono-opposés, encore moins macrono-hostiles.

Ce qui, en soi, ne suffirait d’ailleurs pas. Ce terrain favorable, soigneusement aménagé «d’en haut», doit nécessairement être ensemencé par une logique fondamentale de la presse : l’intérêt pour la nouveauté. On pourra faire tout ce qu’on voudra, faire adopter les plus vertueux statuts de la presse, faire voter toutes les lois anticoncentration, le journaliste vibrera toujours pour le neuf, pour le jeune, pour le moderne, pour l’inédit.

Si en plus cet inédit a un joli sourire et les dents du bonheur, la cause est entendue et le lourd arsenal peut commencer à se déployer : sondages incohérents testant sa performance au second tour (alors même que selon les mêmes sondages, il ne franchit pas le premier tour) ; éditos assurant qu’il n’est pas le candidat des médias ; éditos tout aussi savants assurant qu’il terrasserait à coup sûr Le Pen au second tour ; échos saluant «l’humour» et la maestria avec lesquels il a déminé les rumeurs sur sa vie privée : la bulle grossit, grossit. Les ennemis se flinguent tout seuls. François Fillon est victime d’un accident industriel. Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon sont bien partis pour s’entre-neutraliser ingénieusement. Et, cerise sur la friandise, Macron révèle d’insoupçonnées facultés de cogneur.

Pas de programme ? Mais enfin, pourquoi, donc un programme ? Ses discours scintillants de vacuité pourraient avoir été écrits par le maire de Champignac, dans Spirou ? Mais il les prononce si bien. Voilà pourquoi, à l’insu de leur plein gré, «les médias» ont manifestement fait de Macron leur favori. Position périlleuse, d’ailleurs, on ne le dira jamais assez.

Daniel Schneidermann           

Benoit Hamon vainqueur de la primaire socialiste

Benoît Hamon a largement remporté dimanche la primaire organisée par le Parti socialiste pour choisir son candidat à l’élection présidentielle, avec environ 58% des voix face à Manuel Valls, selon plusieurs sources socialistes proches des deux finalistes. La victoire de ce représentant de l’aile gauche du PS pose la question des alliances en vue de la présidentielle et des législatives et de l’avenir du parti, plusieurs membres du gouvernement ayant agité le spectre d’une hémorragie d’élus et surtout d’électeurs socialistes vers Emmanuel Macron, candidat hors primaire.

Manuel Valls a félicité dimanche Benoît Hamon, qu’il a désigné comme “le candidat de notre famille politique” après sa victoire à la primaire de la gauche en vue de l’élection présidentielle. Dans une première déclaration à l’issue de la publication des résultats, l’ancien Premier ministre a dit son souci de travailler au “rassemblement” de son camp.

Enfin, selon un dernier sondage, l’ex-ministre de l’Economie Emmanuel Macron, qui arrive en troisième position dans les intentions de vote pour le premier tour de l’élection présidentielle, battrait le candidat de la droite François Fillon au second tour, selon un sondage Kantar-Sofres-Onepoint pour Le Figaro et LCI publié dimanche. Le candidat du mouvement “En marche!” l’emporterait, que ce soit face à l’ex-Premier ministre (58-42) ou face à la présidente du Front national Marine Le Pen (65-35). François Fillon l’emporterait lui face à la leader frontiste (60-40).
Au premier tour, Marine Le Pen (25%) arrive en tête des intentions de vote devant François Fillon (21%) et Emmanuel Macron (20%).
Benoît Hamon, tout juste investi candidat du Parti socialiste contre Manuel Valls, est lui crédité de 13%. L’ex-ministre de l’Education devance le candidat de “La France insoumise” Jean-Luc Mélenchon (10%) et le président du MoDem François Bayrou (5%) qui n’a pas encore dit ses intentions pour l’élection.

La popularité de Fillon recule après l’affaire Penelope

La popularité de François Fillon recule, selon un sondage Odoxa pour franceinfo publié vendredi et réalisé après les révélations sur des emplois présumés fictifs de son épouse Penelope.

Le Parquet national financier a ouvert une enquête pour détournement de fonds publics, plongeant la campagne du candidat de la droite dans la crise.

Selon ce sondage, 61% des Français ont une mauvaise opinion de François Fillon et 38% une bonne opinion, soit une baisse de quatre points par rapport à un sondage Odoxa publié le 8 janvier.

Odoxa évoque par ailleurs une chute de 16 points de la popularité de l’ancien Premier ministre par rapport à un sondage Ifop-Fiducial réalisé en novembre avant le premier tour de la primaire de droite.

Dans le nouveau sondage Odoxa, 83% des sympathisants de gauche et 38% des sympathisants de droite ont une mauvaise opinion de François Fillon.

Seuls 31% des sondés estiment qu’il est proche des préoccupations de Français, 32% qu’il est honnête et 39% qu’il est convaincant, une majorité d’entre eux (54%) estimant qu’il est courageux.

Le sondage a été réalisé le 26 janvier auprès d’un échantillon de 1.012 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.