Michel Field : chronique d’un échec

Cinq jours après l’annonce de l’éviction de David Pujadas du journal de 20 heures, Michel Field a décidé de quitter la direction de l’information de France Télévisions ce lundi 22 mai. Une démission, résultat de l’incapacité de Michel Field à tisser un lien suffisamment fort entre lui et sa rédaction, qui n’a surpris personne en interne. Nommé en décembre 2015, l’ancien journaliste d’Europe 1 avait enchaîné les erreurs et suscité de nombreuses tensions au sein du service de l’information de France Télévisions, tensions qui ont atteint leur paroxysme la semaine dernière. Retour sur les 17 mois d’un mandat tendu.

Nommé directeur de l’information par Delphine Ernotte en décembre 2015, il faut moins de 4 mois à Michel Field pour créer la polémique et se mettre en dos l’ensemble de ses équipes. Le 10 avril 2016, l’ancien chroniqueur de Ciel mon mardi ! est ainsi l’invité du Supplément de Canal +. Le directeur de l’information est amené à y évoquer les tensions internes au sujet de la fusion entre les rédactions de France 2 et France 3. Michel Field, prostré, d’un ton sec et glacial répond que les revendications de ses équipes rédactionnelles lui « en touchent une sans faire bouger l’autre ». Paraphrasant Jacques Chirac, le directeur de l’information fait ici la preuve d’un mépris et d’une condescendance effroyable, à un moment où il faut calmer et apaiser les inquiétudes de l’ensemble du service de l’information de France Télévisions. Toujours dans le Supplément, Michel Field répond à la question de l’avenir de Nicolas Poincaré dont la place à la tête de Complément d’Enquête est menacée selon certaines rumeurs persistantes. L’ancien animateur d’Europe 1 s’adresse alors à son journaliste : « Nicolas, si tu nous écoutes, ne te suicide pas tout de suite ». Une réponse terrible qui vient déjà sceller la rupture entre Michel Field et ses équipes. La polémique engendrée par cette interview vient ici témoigner du problème crucial du mandat de Michel Field, sa communication catastrophique. Sa rédaction lui reprochera en effet pendant 17 mois son incapacité à dialoguer avec elle. Le problème du directeur de l’information, c’est qu’il a toujours annoncé ses décisions ou affiché ses avis dans les médias avant d’en parler avec ses rédactions. En 17 mois, Michel Field n’arrivera jamais à tisser un lien solide avec ses équipes, lien pourtant primordial pour gérer une rédaction aussi dense et morcelé. La tâche de Directeur de l’information était déjà âpre, mais Michel Field se l’est rendue encore plus difficile voire impossible en enchaînant les maladresses dans les médias comme ce 10 avril 2016.

Outre cette communication déroutante et rapidement jugée désobligeante par les rédactions de France Télévisions, Michel Field rendra sa situation encore plus précaire par la manière dont il traitera ses équipes en interne. Ainsi, toujours en avril 2016, le directeur de l’information est visé par une motion de défiance par sa rédaction. Cette dernière se lève en effet contre Michel Field, jugeant déplacé son comportement à l’égard de Guilaine Chenu et Françoise Joly, présentatrices d’Envoyé Spécial depuis 2001 renvoyées par l’ancien journaliste d’Europe 1. Les journalistes du service de France Télévisions ont alors stigmatisé «le mépris, la désinvolture et parfois la grossièreté affichés par le directeur de l’information». S’attirant les foudres de sa rédaction par sa communication maladroite et déplacée, Michel Field s’est définitivement coupé de ses équipes par certaines de ses réflexions en interne. Ainsi, le directeur de l’information aurait enchaîné les réflexions sexistes, notamment à l’égard de Nathalie Saint-Cricq et Léa Salamé. Michel Field aurait en effet fait le choix d’éloigner Nathalie Saint-Cricq de la présentation de Dialogues Citoyens, interview spéciale de François Hollande, afin de favoriser la journaliste de France Inter jugée plus « virevoltante et sexy ». Toujours en marge de la préparation de cette émission spéciale, le directeur de l’information aurait été jugé trop complaisant avec les équipes de communication de François Hollande. Quelques mois plus tard, c’est son opposition à Elise Lucet qui va cristalliser les tensions en interne. Le 29 septembre 2016, Envoyé Spécial diffuse un sujet sur l’affaire Bygmalion. En interne, le sujet a engendré de nombreux débats entre Elise Lucet et son directeur de l’information qui souhaitait ne pas diffuser le reportage. L’ancienne présentatrice du 13 heures de France 2 expliquera alors quelques mois plus tard au Parisien qu’« à certains moments, on n’a pas écouté l’équipe d’Envoyé Spécial et notamment son rédacteur en chef Jean-Pierre Canet. » avant d’ajouter que « le calendrier politique a pris plus d’importance. ». En moins d’un an, Michel Field s’est ainsi mis à dos l’ensemble de ses équipes de rédaction, rendant impossible toute forme de communication interne.

Au-delà de ces tensions, c’est le comportement général de Michel Field qui aura également provoqué de nombreux étonnements au sein de l’information de France Télévisions. Trop absent, trop hautain, trop désinvolte, Michel Field aurait fait preuve d’un énorme mépris envers ses équipes tout au long de son mandat. Ainsi, le directeur de l’information n’aurait que très rarement assisté aux conférences de rédaction quotidiennes et n’aurait été que peu présent au sein de sa rédaction. Michel Field n’aurait d’autre part jamais assisté au journal de 20 heures dont il critiquait pourtant régulièrement le contenu. Comment légitimer sa position et ses avis en étant aussi peu présent ? Comment se rendre populaire auprès d’équipes pour lesquelles il n’aura affiché que du mépris ? C’est ici le fond du problème, la principale raison de l’échec de Michel Field. L’incapacité à fédérer autour de lui l’immense rédaction et les nombreuses équipes du service d’information de France Télévisions. Un directeur de l’information se doit d’être au contact de ses équipes. Agir, décider, trancher, nécessite de sentir le sentiment général des hommes qui composent un service. Or, trop absent en interne, Michel Field a pratiquement toujours pris des décisions qui allaient à contresens des sentiments et revendications de ses équipes. L’éviction de David Pujadas en est le dernier exemple. La décision a été prise sans tenir compte de l’avis d’une rédaction qui appréciait son journaliste star. Comme si le cas de David Pujadas incarnait tous les maux du mandat de Michel Field, le jour-même, la tribune du directeur de l’information dans Libération vint définitivement mettre le feu au poudre. Pour calmer les tensions, Michel Field n’eût alors d’autre choix que de démissionner.

Par sa communication catastrophique et son comportement global en interne, Michel Field a rendu sa tâche à la tête du service de l’information de France Télévisions impossible. Désinvolte, méprisant et absent en interne, Michel Field s’est coupé dès le mois d’avril 2016 de ses équipes de rédaction. Une situation qu’il n’aura jamais réussi à rétablir, peut-être même n’en ayant pas vraiment la volonté. En 17 mois, Michel Field n’a jamais pris la mesure des enjeux de sa position et des obligations que cette position engendrait. Peut-être n’était-il pas conscient de la nécessité de fédérer ses équipes autour de lui par sa présence physique au sein de la rédaction et de l’importance d’agir en fonction des opinions générales de ses équipes. Nul doute que Delphine Ernotte aura pour objectif principal de choisir un directeur de l’information capable d’apaiser les tensions d’un service qui affiche des beaux résultats d’audience à l’antenne mais qui fonctionne sur la base de clans rédactionnels qui s’affrontent violemment en interne. Appréciée par les rédactions et légitime de par son ancienneté au sein de France Télévisions, Elise Lucet pourrait être la candidate idéale pour le poste…

Des journalistes dénoncent le comportement du FN envers les médias

Les sociétés de journalistes de 28 rédactions (AFP, Alternatives Economiques, BFMTV, CAPA, Les Echos, Le Figaro, France2, France3, France 24, France Culture, France Info, France Inter, L’Humanité, Libération, le JDD, M6, Mediapart, Le Monde, L’Obs, Le Point, Premières Lignes, Quotidien, RFI, RMC, RTL, Télérama, LaTéléLibre, TF1 , La Voix du Nord), auxquelles s’associe l’équipe de C L’info, protestent dans un communiqué contre la décision du Front national de « choisir les médias autorisés à suivre Marine Le Pen ».

Après une série de cas où des journalistes se sont vu interdire l’accès à des événements où se rendait la candidate du Front national ou son équipe de campagne, les sociétés de journalistes de plusieurs médias ont signé le texte suivant :

« A l’occasion de la campagne pour le second tour de l’élection présidentielle, le Front national a décidé de choisir les médias qui sont autorisés à suivre Marine Le Pen. Plusieurs titres de presse ont ainsi vu leur représentant tenu à l’écart de toute information et de toute possibilité de suivi sur le terrain de la candidate du Front national. Ainsi, après Mediapart et Quotidien (et avant lui son prédécesseur Le Petit Journal), l’AFP, Radio France, RFI, France 24, Le Monde, Libération et Marianne, notamment ont été à un moment ou à un autre victimes de ces exclusives. Il ne s’agit donc en rien d’un recours à la pratique du “pool” de journalistes où les informations et images sont partagées.

Nous protestons de la manière la plus ferme qui soit contre cette entrave à la liberté de faire notre métier et de remplir notre devoir d’informer.

Il n’appartient pas à une formation politique, quelle qu’elle soit, de décider des médias habilités à exercer leur rôle démocratique dans notre société. »

C L’info persona non grata d’une réunion publique de Marion Maréchal-Le Pen

Le 11 avril dernier, le Front National avait organisé à Bayonne une réunion publique avec la présence de Marion Maréchal-Le Pen, afin de soutenir la candidature de sa tante à l’élection présidentielle. Notre correspondant dans le Sud Ouest, Franck Paillanave, a alors contacté par téléphone le bureau local du FN 64 afin de s’accréditer. Après plusieurs minutes de négociations avec les dirigeants de la fédération (en précisant bien ne pas avoir la carte de presse), notre reporter obtient l’autorisation pour couvrir le meeting. Il se déplace alors à Bayonne (étant basé à Pau) pour réaliser ce reportage. Mais couac à l’arrivée : finalement, impossible de rentrer, malgré de nombreuses tentatives et le déplacement (avec les frais de péage et d’essence).

 

Nous déplorons bien sûr ce choix, car nous avons souhaité, au cours de cette campagne, donné la parole à tous les partis.

Alexander Seale « L’angleterre n’est pas divisée »

Journaliste à la BBC, Alexander Seale nous donne son opinion, 24 heure après l’attaque qui à frappé la capitale mercredi, causant la mort de trois personnes.Vingt-neuf personnes, dont sept dans un état critique, restaient hospitalisées jeudi matin.


Comment s’est réveillée l’Angleterre ce matin ?

L’Angleterre s’est réveillée avec fermeté. Les autorités londoniennes ont voulu rassurer les citoyens pour ne pas diviser la population. Ce matin, le Daily Telegraph titrait : « Nous ne laisserons jamais le mal nous diviser ». Il y avait beaucoup de messages d’espoir dans le métro, et beaucoup de londoniens sont allés au travail. Le parlement a rouvert ses portes ce matin, la vie à continué de manière assez normale.

Existe-t-il en Angleterre un équivalent de l’état d’urgence ?

Le niveau d’alerte est très élevé en Angleterre depuis les attentats de Paris, mais il n’y a pas d’Etat d’urgence à proprement parler. Selon Theresa May, le niveau est très élevé. Comme vous le savez, la Grande-Bretagne est dans une coalition internationale contre Daech en Irak et en Syrie, et donc, depuis les attentats de Paris, il y a une forte présence policière dans les rues de Londres.

Quelles sont les politiques de déradicalisation mises en place au Royaume-Uni ?

13 attentats ont été déjoués depuis juin 2013. Les autorités veulent rassurer la population. Il y a, en Angleterre, et à Londres, beaucoup de multiculturalisme. Londres à élu un maire musulman, Sadiq Khan. Celui-ci s’attarde à ce que la population soit sécurisée. Il n’y a pas vraiment une politique de déradicalisation, mais il y a une bonne entente à Londres entre la population musulmane et les citoyens. La communauté musulmane à fermement condamné les attaques. Theresa May a déclaré au Parlement que cet attentat n’était pas un attentat islamique, mais un attentat qui à perverti la foi, une grande foi.

Est ce que cela peut entrainer une montée de « l’antimusulmanisme » et remettre en cause la position du maire de Londres ?

Je ne crois pas. Un de ses slogans est « London is open » (« Londres est ouvert »). Il a condamné les attentats. « Le terrorisme concerne tout le monde », a déclaré Sadiq Khan aujourd’hui. Paris, Berlin, Bruxelles, Istanbul, Nice ont tous été frappés par le terrorisme, donc tout peut arriver, n’importe où. Sadiq Khan coopère avec la police londonienne, et le gouvernement : il était contre le Brexit. Il est très populaire à Londres, et il veut la sécurité. Ainsi, il va déployer beaucoup plus de policiers dans les jours à venir.

De plus, après les attentats de 2005, à Londres, la ville ne s’est pas divisée, et l’Angleterre plus généralement non plus. J’aimerai juste ajouter que Londres est connue pour son sang-froid. Londres à été frappée par l’armée républicaine irlandaise dans les années 1980, ou il y avait eu des attentats près du Parlement, à Hyde Park. Que ce soit des groupes terroristes, ou groupes islamistes, Londres reste toujours une cible.

Est-ce que cet évènement fait réagir les britanniques sur le Brexit ? L’attentat a-t-il été récupéré par les tenants de la sortie de l’UE ?

Non pas du tout. Cela ne va pas empêcher le processus du déclenchement de l’article 50 qui va se dérouler le 29 mars prochain. Il faut juste noter que depuis le Brexit, le pays n’est pas divisé. Jo Cox, la député anti-brexit a été assassinée en juin dernier, une semaine avant le référendum. C’est tout à fait inédit qu’une élue ait été assassinée dans ce pays. Cela est considéré aussi comme une attaque. L’Angleterre a essayé de rester uni, mais malheureusement, à cause du Brexit il y a quelques divisions. Cela ne va pas modifier le calendrier. De plus, pour empêcher le terrorisme dans le monde, il faut que les chefs d’Etat se mettent d’accord. Daech est notre ennemi, mais Bachard Al Assad est aussi un ennemi, un criminel de guerre. Le monde est divisé : les Russes et les États-Unis d’un coté, la France de l’autre, et les britanniques ne savent pas vraiment quelles sont leurs positions face à la Syrie en ce moment. En 2013, nous avons voté contre l’envoi militaire en Syrie. Pour empêcher le terrorisme, je crois qu’il faut plus de paix, et moins de haine, moins de divisions.

La « com' » de Mélenchon, singulière et inédite

De longues harangues sur les places publiques, un hologramme, YouTube: la communication de Jean-Luc Mélenchon est un alliage inédit d’innovation technologique et de tradition rhétorique, dont l’efficacité reste à prouver.

Confiée à Sophia Chikirou, 37 ans, la stratégie de communication du candidat de La France insoumise a été pensée sur deux axes: contourner les médias traditionnels et s’organiser hors parti. « En 2012, on avait privilégié une stratégie de bruit et de fureur qui consistait à prendre frontalement les médias. Là, on les contourne », argumente la jeune femme, qui a suivi sur le terrain les campagnes de Podemos en Espagne et de Bernie Sanders aux Etats-Unis. « Depuis les révolutions arabes, on sait que les réseaux sociaux peuvent jouer ce rôle, donc on a mis ça en place assez tôt, notamment dans l’organisation même du mouvement, c’est une force d’appui en permanence », poursuit-elle.

Jean-Luc Melenchon le 28 février 2017 à Brest

De fait, La France insoumise n’a d’autre réalité concrète qu’un site internet et des « groupes d’appui » militants, sur le terrain. Fondée sur le principe de la plateforme Nationbuilder qui permet de combiner un site web avec documentation et vidéos en ligne, une base de données de contacts, et un outil de collecte de dons. Plus de 280.000 personnes se sont inscrites sur le site jlm2017.fr depuis un an.

M. Mélenchon s’est ainsi constitué une « communauté internet » très étoffée. Ainsi les jeunes de la communauté « discorde » – 3.000 personnes dont 700 actives selon Mme Chikirou -, sur le forum 18-25 ans Jeuxvideo.com, ont conçu et réalisé un site internet dédié au programme, L’Avenir en commun.

Mais la communicante se défend de vouloir rajeunir la personnalité d’un candidat qui est, à 65 ans, jusqu’à présent le plus âgé dans la course à l’Elysée. « Cette rhétorique de l’innovation est faite pour parler aux jeunes et pour casser son image assez vieillissante », estime pourtant Anaïs Theviot, chercheuse en Sciences politiques à Rennes 1. « Il s’appuie sur quelque chose de réel, un réseau de web militant qui est beaucoup plus important que dans les autres partis, à part peut-être le Front national », complète Pierre-Emmanuel Guigo, enseignant-chercheur en communication politique à Créteil. Selon lui, ça permet de jouer sur la « viralité »: « dès qu’apparaît un message, il est commenté, partagé, retweeté, liké… ».

Un homme suit sur YouTube un discours de Jean-Luc Mélenchon le 19 février 2017 à Paris

Éducation populaire

Des membres de cette communauté ont également décidé par exemple de publier une bande dessinée, « L’Avenir en commun? », d’autres s’apprêtent à sortir un jeu vidéo. Mais ces techniques seront-elles payantes électoralement ? L’équipe Mélenchon « développe une théorie de contournement des médias traditionnels, mais l’hologramme, par exemple, était fait pour les attirer et on a davantage parlé du gadget que du fond », constate Mme Théviot, pour qui « ça ne fait pas le résultat d’une élection ».

Jean-Luc Melenchon en meeting le 28 février 2017 à Brest

M. Guigo rappelle que « l’essentiel d’une campagne se fait à la télévision », en voulant pour preuve le rôle déterminant des débats dans le choix des vainqueurs des différentes primaires entre octobre et janvier. « Contourner les médias (traditionnels) se retrouve dans tous les mouvements radicaux et contestataires, ça concourt à l’image d’un candidat à la marge, qui conteste le système », explique-t-il. M. Mélenchon ne se prive en effet pas de commenter, sur sa chaîne Youtube, les émissions télé ou radio qui lui auraient déplu.

Mais malgré tout, avec ses meetings bondés, où les gens sont prêts à rester debout dehors, devant un écran, cet orateur hors pair reprend « l’héritage de la gauche d’éducation populaire, une tradition du socialisme et du communisme », précise le chercheur. « Notre campagne a pour objectif, pour ambition, d’être éducative et de fabriquer des événements qui donnent à penser, qui encouragent à se regrouper », expliquait d’ailleurs le candidat, le 28 février à Brest. Moqué dans ses choix « à la Chavez » ou « à la Castro » de discours et autres formats longs, comme les plus de cinq heures d’émission sur YouTube pour détailler le chiffrage de son programme il y a quelques semaines, Jean-Luc Mélenchon assume, reprochant aux « Solfériniens » leurs critiques. Entre 20 et 30.000 personnes sont restées connectées en permanence durant cette émission sur le web, a fait remarquer son équipe.

Mediapart en excellente santé financière après neuf ans d’existence

Mediapart a continué de grandir en 2016, franchissant la barre des 130.000 abonnés et affichant de solides résultats financiers, a annoncé le site d’information jeudi, lors de la présentation de ses comptes.

Le site n’a jamais été aussi rentable: neuf ans après sa création, il affichait fin 2016 un bénéfice net de près de 1,9 million d’euros, contre 716.000 euros sur l’exercice 2015.  Mediapart comptait plus de 136.000 abonnés fin février, contre 118.000 début 2016, malgré une légère augmentation de son tarif pour les nouveaux abonnés, à 11 euros par mois. Sa Revue du Crieur, un trimestriel papier édité avec les éditions La découverte, se vend autour de 8.500 exemplaires.

Cette bonne santé financière lui a permis de recruter neuf nouveaux salariés en CDI l’année dernière, dont quatre journalistes. Mediapart compte aujourd’hui 74 salariés, dont 45 journalistes. Le site a également pu investir dans la production d’émissions diffusées sur le web et dans des enquêtes comme les « Football leaks », une immense fuite de données sur les dessous financiers du football européen, publiée en collaboration avec des médias membres du réseau European Investigative Collaborations. Mediapart est détenu en majorité par ses fondateurs, les Amis de Mediapart et ses salariés, qui ont racheté conjointement une partie du capital en 2016 pour un montant de 1,36 million d’euros. 38% du journal reste encore détenu par les sociétés Doxa et Ecofinance, qui ont soutenu le site à ses débuts. « Nous avons poursuivi notre croissance et renforcé notre indépendance », s’est félicitée la directrice générale du site, Marie-Hélène Smiejan. « Ce sera un échec si nous ne rendons pas cette indépendance solide », a ajouté Edwy Plenel, directeur de la publication, dont l’objectif à terme avec les autres fondateurs est de transmettre la propriété du site à l’équipe du journal. « Il y aura un +après-moustache+ à Mediapart », a assuré le journaliste moustachu.

Mediapart a réglé début 2016 l’intégralité de ce qu’il devait au fisc pour s’être auto-appliqué un taux réduit de TVA, soit près de 2,5 millions d’euros. Restent à régler des pénalités, que le site souhaite contester devant la justice européenne. Les fondateurs ont également indiqué que Mediapart avait 25 dossiers en cours devant la justice relatif à ses enquêtes. Depuis sa création, 97 dossiers judiciaires ont été ouverts contre lui pour trois condamnations. Il consacre environ 150.000 euros par an à sa défense.

En novembre 2016, le site a lancé sur les réseaux sociaux une tranche vidéo hebdomadaire, « En direct de Mediapart », pour enrichir sa couverture de l’élection présidentielle. Le site a confié des pastilles à des chercheurs, des rappeurs, et aux youtubeurs Usul et « Osons causer », dont le portrait d’Emmanuel Macron a dépassé les 8 millions de vues sur Facebook.

I>Télé est mort, vive CNEWS ?

Ce lundi matin à 6 heures, I>Télé devient officiellement CNEWS. Initialement prévu en octobre, le lancement de la chaîne d’information du groupe CANAL+ a dû être reporté suite à la grève historique qui aura vu partir près de 100 journalistes . Retour sur une disparition marquante et une naissance difficile.

I>Télé (4 novembre 1999 – 27 février 2017)

« L’information, c’est noble. L’information, c’est un service. L’information, c’est un devoir. L’information, c’est l’un des éléments dynamiques clé de la vie démocratique. Notre réponse, c’est i>Télévision. C’est l’heure, l’heure de l’information. L’heure d’i>Télévision ». Nous sommes le 4 novembre 1999 à midi, c’est Pierre Lescure, président de Canal +, qui ouvre l’antenne par ces mots.  A cette époque-là, on s’informait via les journauxpapier, la radio, les journaux de 13 et 20 heures des grandes chaînes, ou via la chaîne info de TF1, LCI. A ses débuts, la chaîne est moquée car sa rédaction est composée de jeunes journalistes, face à LCI qui peut compter sur l’expérience de la rédaction de TF1.

2005 marque un tournant pour la chaîne. Après qu’i>Télévision soit devenu I>Télé le 9 septembre 2002, le groupe Canal + obtient une fréquence sur la toute jeune TNT pour diffuser son programme d’information gratuitement au niveau national. Mais l’arrivée d’une autre chaîne va venir bouleverser le paysage des chaînes d’info. Son nom : BFMTV. La chaîne du groupe NextRadioTV passe rapidement à la 1ère place. I>Télé campera à la 2ème place.

Le correspondant d’I>Télé dans le Sud-Ouest Vincent Hénin, à quelques instants d’un direct – Photo Franck Paillanave

Le déclin d’I>Télé coïncidera avec l’arrivée d’LCI sur la TNT gratuite, mais également avec l’arrivée de Vincent Bolloré. Le nouveau président du groupe Canal qui décide de mettre à la tête de la chaîne un de ces proches, Serge Nadjar. Malgré cette nomination, la rédaction se plaint de devoir s’autogérer, devant l’absence de stratégie de la part de la direction de la chaîne. Le 10 juin 2016, la rédaction d’I>Télé vote à 89,5% une motion de défiance à l’égard de la direction. 15 jours plus tard, les équipes se mettent en grève une première fois pour protester contre les suppressions de postes prévus.

La fin de la chaîne est digne du Titanic. En octobre 2016, la rédaction se remet en grève. Cette grève de 31 jours sera la plus longue d’un média privé en France. Parmi les revendications de l’équipe : l’absence de ligne éditoriale, la réduction des moyens, l’indépendance de la rédaction, ou encore la mise à l’antenne de Jean-Marc Morandini. La grève se finit par le départ de 100 journalistes (sur 120 initialement), empêchant la chaîne de fonctionner correctement pendant plusieurs semaines. Une cinquantaine d’anciens d’I>Télé ont décidé de créer en début d’année le média web Explicite.

CNEWS : Et maintenant ?

CNews devrait être recentrée sur le sport, la culture et le cinéma, regroupant ainsi les marques fortes du groupe Canal. Un nouveau habillage devrait être mis à l’antenne, avec un nouveau logo, une nouvelle grille des programmes et de nouveaux visages. Quant à Jean-Marc Morandini, il ne devrait arriver sur la chaîne qu’au mois de juin pour animer son émission sur les médias.

Rendez-vous donc lundi à 6 heures pour découvrir CNEWS.

 

Soirée politique : Qui dirige le monde de la communication ?

TF1 et France 2, les deux premières chaînes de télévision française avaient prévu ce dimanche un allongement de leur journal du 20H pour couvrir en direct les résultats ainsi que les réactions des deux candidats la primaire de gauche… Cependant tout n’a pas fonctionné hier.

La fin du règne de l’information ?

Premier problème de la soirée : la publicité plutôt que l’information. Tel a été le choix de TF1 hier soir coupant le discours du perdant du soir Manuel Valls en pleine intervention. De même France 2 interrompt son édition spéciale à 21h05, en plein discours de Benoît Hamon.

Le respect de la grille est programmes est la principale raison avancée par les deux chaînes. Mais pour TF1 au-delà de la question de la grille des programmes se pose la question de la publicité. Car le problème est bien là, plutôt que de proposer un contenu, une information attendue, la chaîne choisit l’argent que rapporte une dizaine de minutes de  publicité. Une situation qui met en avant le problème de l’équilibre à trouver entre information et publicité, entre information et argent.

Cela soulève une interrogation plus globale, celle de la déontologie journalistique, de la conscience des médias, omniprésente ces derniers temps notamment du fait de la relation entre la presse la présidence Trump outre-Atlantique.

Voir aussi : ExpliciteJA : le journalisme autrement

Alors s’agit-il d’un problème de relation des médias à l’information ou bien s’agit-il seulement des “aléas des soirées électorales” comme le dit E. Demumieux de France Télévisions à BFM TV ?

Priorité au direct ?

Deuxième problème : le temps des discours. En effet le discours du vainqueur Benoît Hamon a débuté
avant même la fin de l’intervention de l’ancien Premier ministre… 1er couac de campagne pour certains, en tout cas cela a entrainé une coupure du discours de Manuel Valls au profit de B. Hamon sur toutes les chaînes.

Priorité au direct. Comme le montre le tweet du reporter de l’émission Quotidien, le choix de zapper semble s’imposer de fait aux chaînes. Plutôt que d’enregistrer la deuxième intervention et de laisser terminer Manuel Valls, toutes les chaînes aussi bien LCI que BFM TV ont basculé vers le QG de Benoît Hamon.

Si les commentateurs s’intéressent à analyser le couac du vainqueur de la primaire du PS, ce dernier se justifiant comme voulant retourner le plus vite possible au PS et ne sachant que Manuel Valls s’exprimait en même temps. D’un point de vue des analyses médiatiques, la gestion du direct pose à nouveau question.

L’info en +

Ayant développé des chaînes secondaires sur la TNT, la direction de TF1 comme celle de France 2, justifie cette gestion en affirmant que l’information était disponible ces autres canaux. Ainsi LCI et FranceInfo prenant le relai des journaux de 20h, des éditions spéciales des deux premières chaînes. Cependant les téléspectateurs sont loin d’avoir tous choisi de basculer, de “zapper” vers une autre chaîne. Ainsi le traitement de l’information pour le plus grand nombre reste incomplet…

Alors faut-il prolonger les éditions spéciales, ne pas couper les discours diffusés en direct ou bien respecter à tout prix la grille de programme et les temps de publicité ? La question reste ouverte.

Sources :

BFM TV – Primaire à gauche : couacs en série lors des prises de parole de Hamon et de Valls
TF1 – Le Journal du week-end
Europe 1 – Benoît Hamon n’attend pas la fin du discours de Manuel Valls pour s’exprimer (et s’accapare donc toute l’attention médiatique)

© Gregoire Quelain (@GregQuelain) – C l’Info
Directeur de Publication : Martin Arnal.

ExpliciteJA : le journalisme autrement

Defend a free Press ! Ils sont une cinquantaine, journalistes et clament haut et fort leur indépendance et leur liberté. Ils créent aujourd’hui un nouveau média social “à l’écoute des gens” pour mieux informer dans un contexte politique international particulier. Focus sur Explicite et les Journalistes Associés.

“Une aventure collective” (O. Ravanello)

Des journalistes associés ? Les Journalistes Associés est une association née autour d’anciens journalistes d’I-Télé qui, après une grève longue de 31 jours, ont finalement quitté leur rédaction… pour cause de conscience professionnelle ! Aujourd’hui ils sont une cinquantaine dont la plupart étaient présentateurs, rédacteurs, reporters à I-télé et se rassemblent pour créer un nouveau media sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter et YouTube) pour informer les gens différemment.

L’équipe d’Explicite avait donné rendez-vous à 14h30 pour une conférence de presse afin d’expliquer le projet en direct sur Twitter et Facebook. Pendant près d’une heure et demi, Olivier Ravanello, ancien directeur adjoint de la rédaction d’I-Télé a ainsi détaille le projet, lequel se construit autour de certaines valeurs : “humilité, écoute et faire notre métier [de journaliste] en étant au service des gens”. Offrir une nouvelle offre de journalisme plus “à l’écoute des gens”, voilà dont le sens de ce projet.

Rendre au journalisme toute sa noblesse

Explicite constitue aussi une réponse au besoin d’information lié à un moment politique particulier. Ainsi, l’association commencera à produite du contenu à partir de vendredi…. soit le jour de l’investiture du nouveau président américain, c’est-à-dire du début de la présidence Trump. Explicite veut replacer la politique au cœur des débats et de l’information et non pas chercher à surfer sur les « buzz » médiatique et à la course à l’instantanéité de l’information.

La volonté annoncée est basée sur la déontologie journalistique en voulant avant tout informer librement. Et pour cela, les journalistes sont près à travailler bénévolement. La priorité des Journalistes Associés n’est pas le superflu mais bien le contenu. Reportages, échanges, analyses, Explicite veut créer du contenu “qui aide les gens à comprendre le monde”. Une équipe soudée qui veut aller sur le terrain, revenir aux bases du métier de journaliste, plutôt que de se rassembler obligatoirement au sein d’un studio précise O. Ravanello en réponse à une question posée au cours de la conférence de presse.

“Une chaine d’info à la demande”

Pour se différencier des autres formats, Explicite proposera son contenu exclusivement sur les réseaux sociaux. Un moyen de permettre au spectateur de choisir librement le sujet à propos duquel il souhaite être informé et laisse la possibilité de le voir à volonté et à n’importe quel moment. En outre, cela possède l’avantage pour les journalistes de passer outre les contraintes de temps ou de format, les reportages seront publiés à des heures différentes, les durées seront variées et l’angle différent de celui proposé actuellement par les autres médias assure Olivier Ravanello. Un projet ambitieux qui permet “d’aller vers l’information qui [nous] intéresse”.

Informer avant tout le public et à l’approche de l’élection présidentielle Explicite compte bien inviter les différents candidats pour échanger avec eux sur leurs programmes, passer au crible les mesures essentielles afin non pas de chercher la « punchline » ou la petite phrase qui fera le buzz sur internet mais bien de “comparer les démarches politiques des candidats” pour permettre aux Français de faire leur choix le 27 avril prochain (puis le 7 mai pour le deuxième tour).

Un media qui tient compte de l’évolution de la société et du journalisme

Les réseaux sociaux qui constituent un nouveau mode de consommation de l’information amène à

Une conférence de presse en direct sur les réseaux sociaux / Capture d’écran

repenser l’offre médiatique. Explicite se base ainsi sur ces réseaux et tient compte du fait qu’au cours des dernières années les gens délaissent la télévision au profit du numérique pour s’informer. Investir les réseaux et proposer des contenus uniquement sur ce type de support semble donc une proposition intéressante qui renouvelle le genre journalistique pour se concentrer sur le contenu.

Un moyen pour mieux informer la population francophone ? L’avenir nous le dira. En tout cas, une chose est sûre, ce nouveau média répond à une demande forte. En effet, la conférence de presse a été suivit a en direct par près de 1800 personnes en cumulant les live Facebook et Twitter. De plus et en moins d’une journée Explicite compte déjà plus de 16 000 followers  et 6700 « j’aime ». La question sera donc, outre la qualité des programmes proposées, celle de la durabilité pour ce nouveau média qui fait appelle au crowdfounding pour financer le matériel et les déplacements de ses journalistes.

© Gregoire Quelain (@GregQuelain) – C l’Info
Directeur de Publication : Martin Arnal.