Interview de Robert Badinter

A l’occasion de la 4ème édition des Idées mènent le Monde à Pau, notre correspondant sur place Franck Paillanave, a pu rencontrer Robert Badinter, ancien ministre de la justice, à qui l’on doit l’abolition de la peine de mort en France. Il est revenu sur cette histoire marquante et a également apporté un regard sur le monde actuel.

L’agonie de la paix rendue effective par Hitler 
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C L’Info vous propose une série de six épisodes, répartis sur six semaines autour de l’oeuvre de Stefan Zweig Le Monde d’Hier. Écrivain, dramaturge, biographe, Stefan Zweig, né en 1881 à Vienne, aura vu glisser sa ville et sa vie de l’élévation spirituelle et culturelle la plus haute à la décadence morale et à l’échec. Zweig fuit le nazisme et s’exile à Londres dès 1934, puis au Brésil en 1941. Il commence alors la rédaction du “Monde d’Hier, souvenirs d’un Européen”, livre nostalgique, mais d’une nostalgie active, c’est un “cri de papier”. Livre-Testament d’un monde qui n’est plus, celui de la sécurité et du “Progrès” ; Livre-Témoignage sidéré d’un européen face à ce qu’il appelle “l’échec de la civilisation”. En 1942, Stefan Zweig se suicide, précisément au lendemain d’avoir posté le manuscrit du “Monde d’hier” à son éditeur. “Le Monde d’Hier” sera publié en 1944.

Cela reste une loi inéluctable de l’histoire, et elle défend précisément aux contemporains de reconnaître dès leurs premiers commencements et les grands mouvements qui déterminent une époque. Ainsi, pour la première fois, Zweig entendit le nom d’Adolf Hitler, ce nom auquel nous voyons obligés de penser ou de prononcer à propos de telle ou telle conjoncture. Ce nom, vide et sans poids pour l’auteur fut, au départ négligé … Une négligence qui sera effacée lorsque les premiers SS arriveront aux localités frontières de l’Allemagne et de sa petite ville de Salzbourg, à seulement deux heures de Munich en empruntant les chemins de fers. Le petit nombre des écrivains qui s’étaient vraiment donné la peine de lire le livre de Hitler, au lieu de s’occuper sérieusement de son programme, ralliaient l’enflure de sa méchante prose. Les grands journaux démocratiques, au lieu de mettre en garde les lecteurs, rassuraient quotidiennement, expliquant que ce mouvement devait inévitablement s’effondrer de lui même. Zweig s’interroge ainsi comment l’Europe à sous estimée la personne et la puissance croissante d’Hitler. Rien n’a autant aveuglé les intellectuels allemands que l’orgueil de leur culture, en les engageant  ne voir en Hitler que l’agitateur des brasseries qui ne pourrait jamais constituer un danger sérieux. Et même quand, en ce jour de Janvier 1933, il fut devenu chancelier, la grande masse et même ceux qui l’avaient poussé à ce poste le considèrent comme un simple intérimaire. C’est alors que se manifesta pour la première fois dans un très grand style la technique géniale et cynique d’Hitler. Même les sociaux démocrates ne voyaient pas son ascension d’un mauvais œil, ces derniers espérant être débarrassés de leurs ennemis jour, les communistes. Le plus étonnant fut la réaction des Juifs allemands, eux mêmes peu inquiets, se flattant d’avoir un ministre Jacobin. Puis vint l’incendie du Reichstag, d’un seul coup, tout droit  supprimé en Allemagne. On apprenait en frissonnant l’existence des camps de concentrations. Tout cela ne pouvait être qu’un accès premier de rage insensée, selon l’opinion public de l’époque. Pourtant, ce n’était que le commencement … Selon Zweig, Hitler a inventé cette tactique géniale consistant à sonder lentement l’opinion mondiale et à aggraver sans cesse et progressivement ses mesures contre une Europe de plus en plus faible moralement et militairement.

Zweig poursuivi alors, et expliqua comment Hitler parvenait  à effacer l’intelligence culturelle de l’humain, par la propagande, utilisée dans tout son empire. Dans le même temps, l’auteur restait dans sa maison de Salzbourg, et observait ainsi la situation menacée de l’Autriche, premier pays envahi lors de la guerre de 1939-1945. L’exil de l’auteur se poursuivit très rapidement, partant successivement pour la France où il y effectua des rencontres avec les intellectuels de l’époque, l’Angleterre à Londres, où il vécu peu de temps avant de traverser l’Atlantique pour se retrouver à New York. Tous les lecteurs des journaux de New York, Londres et Paris avaient une connaissance plus exacte de ce qui se passait réellement.


Dans ses mémoires écrites peu de temps avant qu’il ne se donne la mort en 1942, Stefan Zweig retrace 50 ans d’histoire, de la Vienne riante de la Belle Époque aux bruits de bottes ayant précédé la seconde guerre mondiale. Ses différents voyages lui auront permis, de dresser un bilan de vie très positif, plein de réalisme cependant. Stefan Zweig aura ainsi réussi à cerner un monde, notre monde …

Soleil couchant … (5/6)

C L’Info vous propose une série de six épisodes, répartis sur six semaines autour de l’oeuvre de Stefan Zweig Le Monde d’Hier. Écrivain, dramaturge, biographe, Stefan Zweig, né en 1881 à Vienne, aura vu glisser sa ville et sa vie de l’élévation spirituelle et culturelle la plus haute à la décadence morale et à l’échec. Zweig fuit le nazisme et s’exile à Londres dès 1934, puis au Brésil en 1941. Il commence alors la rédaction du “Monde d’Hier, souvenirs d’un Européen”, livre nostalgique, mais d’une nostalgie active, c’est un “cri de papier”. Livre-Testament d’un monde qui n’est plus, celui de la sécurité et du “Progrès” ; Livre-Témoignage sidéré d’un européen face à ce qu’il appelle “l’échec de la civilisation”. En 1942, Stefan Zweig se suicide, précisément au lendemain d’avoir posté le manuscrit du “Monde d’hier” à son éditeur. “Le Monde d’Hier” sera publié en 1944.

La période allant de 1924 à 1933 fut une époque de tranquillité relative, avant qu’un seul homme boulversé une nouvelle fois notre monde, justement parce qu’il avait souffert des troubles de là générations de paix relative. Le principal sentiment de cette période était de rattraper ce que les mauvaises années de guerre et d’après-guerre avaient volées à à vie. On travaillait davantage, on voyageait et l’on découvrait le monde en pleine liberté. Zweig aussi, voyageai beaucoup, mais c’était, pour lui, un autre temps de voyage, car partout, l’auteur retrouvait des amis, connaissances et rencontres. L’auteur pensait ainsi qu’il avait accès au grand monde, avec l’agrément et la facilité de n’avoir  importuner personne.

Un voyage qui marqua l’auteur fut son périple Russe, en 1914, quelques semaines avant la guerre. La Russie, par l’expérience du bolchevisme  devenue pour tous les hommes le pays le plus fascinant de l’après-guerre, et suscitait de nombreuses admirations enthousiastes, aussi bien que des haines fanatiques. C’est ainsi qu’au printemps 1928, Zweig retourna en Russie, après qu’une invitation pour assister aux fêtes du centième anniversaire de la naissance de Léon Tolstoï lui fut parvenue. Les quinze jours passés en Russie Soviétique s’écoulèrent ainsi dans un état constant de haute tension, où l’on voyait, entendait, admirait et s’enthousiasmait pour de nombreuses choses. La ville de Moscou en elle-même avait déjà deux visages, la place Rogue et ses murailles et ses traditions byzantines, à côté d’une horde  de géants américains, de gratte-ciel modernes qui rendait un paysage mouvementé. Moscou donnait l’impression d’être bondé, surpeuplé et dans un  de confusion indescriptible, dans une ville où partout, les gens se pressaient dans les théâtres, magasins … Cependant, bien des choses magnifiques persistaient. Leningrad avant tout, cette ville génialement conçue par des princes audacieux, avec ses larges perspectives, ses palais immenses. Après quinze jours en Russie, Zweig fut comblé par le voyage, mais il resta consterné par la cordialité impulsive des hommes, persuadés qu’il participaient à une oeuvre formidable qui intéressait l’humanité entière.

Il faisait bon voyager dans ce dernières années d’accalmie, mais il était aussi agréable de retourner chez sois. La petite ville de Salzbourg, forte de ses 40 000 habitants que Zweig avait choisi pour son isolement s’était transformée d’une manière surprenante, devenue la capitale artistique du monde entier. C’est ainsi que dans sa propre ville, Zweig vivait tout  coup au centre de l’Europe, au milieu d’un destin comblé. Ainsi, les années passaient et Zweig continuait à travailler, à voyager, jusqu’au matin de Novembre 1931, où il arrivait à ses 50 ans. Le cinquantième anniversaire de l’auteur fut ainsi inscrit dans les journaux Européens, l’auteur ayant grandit depuis …

Les 60 ans du Traité de Rome

Le 25 mars 1957, l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas signent à Rome deux traités : le premier crée la Communauté économique européenne (CEE) ; le second crée la Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA ou Euratom). Ces deux traités sont entrés en vigueur le 14 janvier 1958. Les nouvelles Communautés sont alors apparues comme un facteur de renforcement économique pour les Etats membres. 

La CEE a pour mission, par l’établissement d’un marché commun et le rapprochement progressif des politiques économiques des États membres, de promouvoir un développement harmonieux des activités économiques dans l’ensemble de la Communauté, une expansion continue et équilibrée, une stabilité accrue, un relèvement accéléré du niveau de vie, et des relations plus étroites entre les États qu’elle réunit.

Prenant pour base le traité CECA de 1951, le traité de Rome élargit le champ de la coopération supranationale et relance ainsi la construction européenne, ralentie par l’échec, en 1954, du projet politique de Communauté européenne de défense (CED). Le domaine économique, moins sujet aux résistances nationales, apparaît comme un champ consensuel de coopération.

La Communauté Euratom est d’une nature différente. Il ne s’agit pas de mettre en commun des activités économiques déjà existantes, mais de contribuer à la formation et à la croissance d’une industrie nucléaire européenne. Cette Communauté existe toujours.

La Communauté économique européenne

Dans le préambule du traité, les Etats membres déclarent :

  • “[être] déterminés à établir les fondements d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens
  • [être] décidés à assurer par une action commune le progrès économique et social de leurs pays en éliminant les barrières qui divisent l’Europe ;
  • avoir pour but essentiel l’amélioration constante des conditions de vie et d’emploi de leurs peuples ;
  • reconnaître que l’élimination des obstacles existants appelle une action concertée en vue de garantir la stabilité dans l’expansion, l’équilibre dans les échanges et la loyauté dans la concurrence
  • [être] soucieux de renforcer l’unité de leurs économies et d’en assurer le développement harmonieux, en réduisant l’écart entre les différentes régions et le retard des moins favorisées
  • [être] désireux de contribuer, grâce à une politique commerciale commune, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux
  • vouloir confirmer la solidarité qui lie l’Europe et les pays d’outre-mer, et assurer le développement de leur prospérité, conformément aux principes de la Charte des Nations Unies
  • [être] résolus à affermir, par la constitution de cet ensemble de ressources, les sauvegardes de la paix et la liberté, et appel[er] les autres peuples d’Europe qui partagent leur idéal à s’associer à leur effort”

La libre circulation et les politiques communes

Le marché commun implique une union douanière entre les Etats membres, c’est-à-dire l’élimination des droits de douane et des contingents pour les marchandises qu’ils échangent, ainsi que l’établissement d’une politique commerciale et d’un tarif douanier communs à l’égard des Etats tiers. Une période de transition de 12 ans est alors prévue.

Le marché étant fondé sur le principe de la libre concurrence, le traité interdit les ententes entre entreprises, ainsi que les aides d’Etat (à l’exception de celles à caractère social). Outre la libre circulation des marchandises, le Marché unique prévoit également “l’abolition, entre les Etats membres, des obstacles à la libre circulation des personnes, des services et des capitaux”.

Son fonctionnement rend nécessaire le rapprochement des législations nationales et l’élaboration de politiques communes. Le traité prévoit l’instauration de politiques communes non seulement dans le domaine du commerce et de la concurrence, mais dans ceux du transport et de l’agriculture également.

Les départements (DOM) et territoires d’outre-mer (PTOM) sont associés au marché commun dans le but d’accroître les échanges et de poursuivre en commun l’effort de développement économique et social.

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Emission "Le Dessous des Cartes" de Septembre 2015

L’Europe en Danger ?

Un système institutionnel nouveau

Les institutions de la CEE

Au nombre de cinq, ces institutions subsistent encore aujourd’hui :

– la Commission européenne
– le Conseil des ministres
– le Parlement européen
– la Cour de Justice
– le Conseil économique et social

La CEE et la Communauté Euratom sont moins ouvertement supranationales que la CECA. Elles sont ainsi perçues comme moins menaçantes pour le respect des souverainetés nationales. Le traité de Rome met ainsi en place des institutions et des mécanismes décisionnels permettant l’expression à la fois des intérêts nationaux et d’une vision communautaire.

Un exécutif indépendant des gouvernements nationaux est créé : la Commission européenne, qui a un droit d’initiative exclusif.

A la différence de ce que prévoit le traité CECA, l’essentiel des compétences décisionnelles est détenu par le Conseil des ministres, composé de représentants des gouvernements. Il s’agit d’un organe intergouvernemental qui statue soit à la majorité qualifiée soit à l’unanimité.

En 1965, avec le traité de Fusion, le Conseil et la Commission deviennent des institutions communes aux trois Communautés (CECA, CEE, Euratom). Le Parlement européen n’a à l’origine qu’un pouvoir consultatif et ce n’est qu’en 1976 qu’est décidée son élection au suffrage universel direct, dont la première aura lieu en 1979.

La Cour de Justice, instituée dès 1952, assure le respect du droit communautaire dans l’application et l’interprétation des traités.

Un Conseil économique et social est fondé sur le modèle français pour donner un avis consultatif sur les projets qui lui sont soumis.

Le traité prévoit la création du FSE, Fonds social européen, en vue d’améliorer les possibilités d’emploi des travailleurs et de contribuer au relèvement de leur niveau de vie ; et de la BEI, Banque européenne d’investissement, destinée à faciliter l’expansion économique de la Communauté par la création de ressources nouvelles.

L’application du traité et ses modifications

Les effets du démantèlement douanier et de la suppression des restrictions quantitatives des échanges pendant la période de transition (1958-1970) sont spectaculaires : le commerce intracommunautaire est multiplié par 6, tandis que les échanges de la CEE avec les pays tiers sont multipliés par 3. Le PNB moyen progresse de 70%. Mais des obstacles sous forme de réglementations diverses continuent à peser sur la libre circulation.

La signature de l’Acte Unique européen, en 1986, fixe l’achèvement du marché intérieur au 1er janvier 1993.

Avec le traité de Maastricht signé en 1992, l’Union européenne est créée : la coopération européenne est renforcée dans de nouveaux domaines politiques et la décision est prise d’adopter une monnaie unique.

Le traité d’Amsterdam (1999) et letraité de Nice (2001) vont ensuite prolonger l’évolution de l’Union et chercher à adapter son système institutionnel en perspective des élargissements à venir.

Après le rejet du traité établissant une constitution pour l’Europe (TECE) en 2005, le traité de Lisbonne (2009) adapte en profondeur les règles des anciens traités pour permettre une meilleure coordination à 27 Etats membres.

La reconstruction européenne (4/6)

C L’Info vous propose une série de six épisodes, répartis sur six semaines autour de l’oeuvre de Stefan Zweig Le Monde d’Hier. Écrivain, dramaturge, biographe, Stefan Zweig, né en 1881 à Vienne, aura vu glisser sa ville et sa vie de l’élévation spirituelle et culturelle la plus haute à la décadence morale et à l’échec. Zweig fuit le nazisme et s’exile à Londres dès 1934, puis au Brésil en 1941. Il commence alors la rédaction du “Monde d’Hier, souvenirs d’un Européen”, livre nostalgique, mais d’une nostalgie active, c’est un “cri de papier”. Livre-Testament d’un monde qui n’est plus, celui de la sécurité et du “Progrès” ; Livre-Témoignage sidéré d’un européen face à ce qu’il appelle “l’échec de la civilisation”. En 1942, Stefan Zweig se suicide, précisément au lendemain d’avoir posté le manuscrit du “Monde d’hier” à son éditeur. “Le Monde d’Hier” sera publié en 1944.

1917 … Que s’était il passé ? Rien, sinon que la guerre durait déjà depuis deux ans et demi. Le temps avait fait son oeuvre de cruel dégrisement, après la terrible saignée des champs de bataille. Les hommes regardaient le visage de la guerre avec des yeux plus froid et plus durs que dans les premiers mois d’enthousiasme, et le sentiment de solidarité commençait à se relâcher. Une méfiance exaspérée commença peu à peu à s’emparer de la population, à l’égard des généraux, officiers, communiqués de gouvernement … En pleine guerre, Zweig repartit faire son tour d’Europe en commençant par la Suisse, où il rencontra un groupe d’étrangers rassemblés autour de journaux indépendants, avec lequel il collabora, ce qui lui permit de discuter autour de la guerre d’une nouvelle manière. En 1918, de Genève, l’auteur rentra chez lui, en Autriche, après la défaite des armées allemandes et autrichiennes, dans une Autriche qui, sur la carte de l’Europe n’était plus qu’une “lueur crépusculaire”, une ombre grise incertaine. Les frontières étaient encore indéterminées, car le congrès de paix avait à peine commencé. “Pour la première fois dans l’histoire, se produisit ce fait paradoxal qu’on contraignit un pays à une indépendance qu’il déclinait lui-même avec acharnement” écrit Zweig, tandis que l’Autriche souhaitait être unie aux côtés des états européens.

Le retour en Autriche pour Zweig fut vécu comme une épreuve, tout d’abord parce qu’il fallait se réhabituer à un climat, mais surtout car les frontières étaient clôturées et que l’entrée n’y  pas facilitée. Ce passage de la frontière Autrichienne fut ainsi ressenti comme un moment historique, un bouleversement, pour un changement de tradition fort. L’homme choisit de s’installer dans une maison trouvée pendant la guerre, à Salzbourg, dans les hauteurs. Chaque descente en ville était alors un évènement bouleversant, car pour la première fois, Zweig s’inquiéta d’une famine dans la ville. Il sentit ainsi la pauvreté de l’après-guerre, la manière dont les hommes se tenaient, les différentes rues pillées … Sur la politique intérieure de son pays, l’Autriche, Zweig ne parvient plus à se rappeler la manière dont l’état à  gouverné après-guerre, mais se souvient simplement que les hommes dépensaient quotidiennement pour vivre tant bien que mal. Cependant, l’auteur nous expliquera par la suite que la pauvre et malheureuse Autriche à pu se conserver avec la république des conseils communistes. Plus tard dans le récit, Zweig écrivit que le monde qui l’entourait revenait peu  peu à ordre, que le temps était passé, pour un auteur qui, au milieu de sa vie peut continuer à s’affirmer librement …

Après trois paisibles années de reconstruction passées à Salzbourg, l’envie du voyage, d’expérimentation nouvelle réapparu chez l’auteur. L’Italie fut le premier pays d’après guerre visité par Zweig. Vérone, Milan, Florence, Venise, il parcouru le pays au travers des artistes, penseurs et intellectuels de l’époque. Cette première “escale” fut pour l’auteur le premier avertissement que l’Europe était pleine de dangereux courants. Excité de nouveau par le goût du voyage, il se rendit à Berlin, devenu le “Babylone du monde”, empli de bars, parc d’attractions, les Allemand mettant dans la perversion toute leur véhémence et tout leur esprit de système. A Berlin, chacun voulait pouvoir raconter ses aventures, et plus elles étaient exotiques, plus elles étaient prisées, histoires plus pathétiques les unes des autres car toutes fausses. Ainsi, en 1924, le monde semblait vouloir se reconstruire. Paris, Vienne, Berlin, New York, Rome, les villes des vainqueurs comme des vaincus se faisaient plus belles que jamais, l’avion rendait les communications plus rapides, les prescriptions relatives aux passeports s’adoucissaient et les fluctuations monétaires avaient cessés. “On pouvait même de nouveau rêver et  une Europe unie”.

Les premiers jours de la guerre
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C L’Info vous propose une série de six épisodes, répartis sur six semaines autour de l’oeuvre de Stefan Zweig Le Monde d’Hier. Écrivain, dramaturge, biographe, Stefan Zweig, né en 1881 à Vienne, aura vu glisser sa ville et sa vie de l’élévation spirituelle et culturelle la plus haute à la décadence morale et à l’échec. Zweig fuit le nazisme et s’exile à Londres dès 1934, puis au Brésil en 1941. Il commence alors la rédaction du “Monde d’Hier, souvenirs d’un Européen”, livre nostalgique, mais d’une nostalgie active, c’est un “cri de papier”. Livre-Testament d’un monde qui n’est plus, celui de la sécurité et du “Progrès” ; Livre-Témoignage sidéré d’un européen face à ce qu’il appelle “l’échec de la civilisation”. En 1942, Stefan Zweig se suicide, précisément au lendemain d’avoir posté le manuscrit du “Monde d’hier” à son éditeur. “Le Monde d’Hier” sera publié en 1944.

L’été 1914 fut inoubliable pour l’auteur, qui  vécu dans le luxe estival, dans un ciel rempli de bleu de soie … En pleine contradiction avec ce qui se produira par la suite. Zweig raconte ainsi que la le 29 Juin, date du début des combats, il fut interrompu dans sa lecture lorsque la musique se tut. “Les nouvelles les plus graves s’accumulaient et se faisait et de plus en plus menaçantes”, telle est décrit ce début de guerre  la mi-août. L’auteur ne se rendit, au départ pas compte de l’horreur qu’il allait subvenir dans les semaines suivantes, tout comme le reste de la population, tout le monde s’attendant  de courts combats furtifs. Dès lors que Zweig appris la déclaration de guerre de l’Autriche à la Serbie, il prit le dernier train pour se réfugier en Allemagne, et surtout obtenir de nouveaux renseignements sur cette guerre qui s’annonçait comme “paisible”. Peu de temps après, Zweig poursuivi sa route vers l’Autriche pour suivre la guerre que “personne n’avait voulue”. Peu à peu, cette guerre commençait à être redoutée par la population et par l’auteur lui-même, ne souhaitant pas voir sa vie effacée ou même oubliée. “Au cours de ces premières années de la guerre de 1914, il devient impossible d’échanger avec quiconque une parole raisonnable”, l’auteur expliquant les plus pacifiques étaient en virés par les vapeurs de sang, n’amenant aucun débat et se terminant uniquement par de grossières accusations. Il ne restait, pour lui, qu’une seule chose  faire,  se replier sur soi même et se taire aussi longtemps que dureraient la fièvre et le délire des autres, avant que Zweig déménage pour se réinstaller dans une banlieue, afin de commencer une nouvelle guerre, qu’il nommera “guerre personnelle”. Cette guerre personnelle se traduisit par de nombreux écrits, envoyés dans des journaux, ou des lettres personnelles attribuées à l’ensemble de ses connaissances. Ainsi, il fut lu dans des journaux allemands et autrichiens, et communiqua avec les plus grands auteurs, la première guère mondiale conservant ainsi la parole libre, contrairement  la seconde. Cette liberté de parole fut pour lui une grande fierté, l’auteur recueillant un champ d’influence étendu.

Voyage en Europe … et par-delà 
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Paris, ville promise en cadeau par Zweig fut visitée après Berlin. Cette ville sera considérée comme une éternelle jeunesse, une ville inépuisable, aux sens éveillés, on l’on éprouve une atmosphère de jeunesse dans cette ville qui se donne à chacun et dont pourtant, personne ne pénètre tous les secrets. Zweig observe, à Paris, le multiculturalisme de la ville, composée d’un grand nombre de nationalités différentes qui se sentaient toutes chez elles, mais qui cohabitaient facilement : “chacun vivait comme il lui plaisait, sociable ou solitaire, prodigue ou économe, dans le luxe ou dans la bohème”, telle était la vie définie par Zweig à Paris au XIXe, une juxtaposition de contrastes, point de haut ni de bas. Il remarquera également la vitesse à laquelle la ville développé ses infrastructures de transports, métro et automobiles. Au delà d’un voyage en plein Paris, Zweig cherche très vite à se confronter au Paris de Henri IV, de Louis XIV, de Napoléon et de la Révolution, du Paris de Rétif de la Bretonne et de Balzac, de Zola et de Louis-Philippe.

Après avoir rencontré, philosophes, poètes, écrivains dans la capitale Française, Zweig entama un voyage outre-manche, à Londres. Pour l’auteur, la transition fut éprouvante, comparable à un jour torride, lorsque l’on passe du jour à l’ombre … Pour lui, le voyage vers Londres fut un passage obligé, car “comment comprendre notre monde et en évaluer les forces sans connaitre le pays qui, depuis des siècles, fait rouler ce monde sur ses rails ?”. Cependant, Zweig fut déçu par ce voyage qui n’enrichit que très peu ses compétences intellectuelles, notamment à cause d’un manque d’adaptation à la vie Anglaise.

Paris, l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, la Hollande, toutes ces pérégrinations propres à une vide nomade ont donné envie à Stefan Zweig de retrouver un port d’attache stable où l’on part et revient. Zweig retourna chez lui avec de nombreuses attaches aux différents pays européens, qu’elles soient matérielles ou intellectuelles, qui ont marqué sa jeunesse. Ainsi, il s’installa dans un appartement à Vienne, et continua à fréquenter les intellectuels, penseurs et artistes. C”est également à son retour que Zweig commença à publier ses premiers ouvrages auprès des grandes maisons d’éditions autrichiennes : “La voie m’était ouverte. J’avais commencé de publier presque trop tôt, en étant cependant intimement convaincu qu’à 26 ans je n’avais pas produit d’oeuvres véritables”. Ces premiers ouvrages provoquèrent des mauvaises réactions en provenance de l’Allemagne, Zweig étant accusé d’inventer des histoires fantômes.

Après son retour sur ses terres, l’Inde fut le pays rêvé par Zweig : “Je fus effrayé de la misère de ces êtres émaciés, du sérieux sans joie que je lisais dans les regards sombres, de la monotonie souvent cruelle et surtout de la séparation rigide des classes et des races”. Parmi les hommes rencontrés lors du périple Indien, l’auteur rencontra des hommes qui exercèrent une influence immense sur l’histoire de notre temps. L’Amérique fut le second long périple après l’Inde. L’Amérique, que l’auteur voyait, déjà en son temps remplie de possibilités. Séduit par la jeunesse New-Yorkaise, il entama les visites en “touriste” de Philadelphie, Boston, Baltimore, Chicago, sans avoir le courage de rejoindre la côte ouest et San Francisco, à l’époque moins populaire qu’actuellement.  Pour l’auteur, ces voyages furent une bonne façon de prendre congés et de jeter des regards sur les nouvelles grandes réalisations … A son retour en Europe au début des années 1910, l’auteur expliquera qu’il n’a jamais autant aimé notre veille terre que lors de ces 10 dernières années : “On sentait en toutes choses que la richesse s’accroissait et se répandait largement”. Ainsi, Zweig remarqua que les villes évoluaient, de la même façon que les hommes devenaient plus beaux et plus sains grâce au sport, à la nourriture meilleure et à la réduction de la durée du travail. Les hommes étaient devenus curieux de savoir si le monde était partout aussi beau, et d’une beauté différente, les voyages étant devenus moins onéreux. Puis, au fil des années, la pensée européenne de Zweig se dégradait. En 1913, il écrit “ce fut la première conversation à partir de laquelle je reconnus qu’il était de notre devoir de ne pas nous montrer imprévoyants et inactifs face à une guerre européenne toujours possible”.

De l’enfance à l’âge adulte (1/6)

C L’Info vous propose une série de six épisodes, répartis sur six semaines autour de l’oeuvre de Stefan Zweig Le Monde d’Hier. Écrivain, dramaturge, biographe, Stefan Zweig, né en 1881 à Vienne, aura vu glisser sa ville et sa vie de l’élévation spirituelle et culturelle la plus haute à la décadence morale et à l’échec. Zweig fuit le nazisme et s’exile à Londres dès 1934, puis au Brésil en 1941. Il commence alors la rédaction du “Monde d’Hier, souvenirs d’un Européen”, livre nostalgique, mais d’une nostalgie active, c’est un “cri de papier”. Livre-Testament d’un monde qui n’est plus, celui de la sécurité et du “Progrès” ; Livre-Témoignage sidéré d’un européen face à ce qu’il appelle “l’échec de la civilisation”. En 1942, Stefan Zweig se suicide, précisément au lendemain d’avoir posté le manuscrit du “Monde d’hier” à son éditeur. “Le Monde d’Hier” sera publié en 1944.

Pour évoquer la sécurité, Zweig cite Goethe, qui déclare “Nous éprouvons des sensations et ce que nous avons senti”. Selon l’auteur, la période de l’avant guerre était l’âge d’or de la sécurité, la monnaie circulant en de brillantes pièces d’or. Chaque famille avait son budget bien établi, elle savait ce qu’elle aurait à dépenser pour vivre, sans la précaution de réserver une petite somme pour les imprévus. Ce sentiment de sécurité était le trésor de millions d’êtres, leur idéal de vie commun, le plus digne d’efforts. Dans cette touchante confiance ou l’on était sur de pouvoir entourer sa vie de palissades sans la moindre brèche par où le destin eut pu faire irruption, il y avait, malgré tout, la sagesse rangée et toute la modestie des conceptions de vie. Selon lui, la baisse de sécurité passe par le “progrès” ininterrompu et irrésistible en ce temps là. Déjà, grâce au téléphone, les hommes pouvaient conserver à distance des données enregistrées. Il nous est aisé, à nous, les hommes d’aujourd’hui qui depuis longtemps avons retranché le mot sécurité de notre vocabulaire comme une chimère, de railler le délire optimiste de cette génération aveuglée par l’idéalisme, pour qui le progrès technique de l’humanité devait entraîner fatalement une ascension morale tout aussi rapide. Maintenant que le grand orage l’a depuis longtemps fracassé, nous savons de science certaine que ce monde de sécurité n’était qu’un château de nuées, les êtres bénéficiants dune protection particulière contre les assauts de vents. “La famille de mon père était originaire de Moravie”, région forte en communauté juive, présente dans de petites agglomérations campagnardes, en harmonie avec la paysannerie et la petite bourgeoisie. Pour parler de sa mère, Mademoiselle Brettauer, Zweig parle de plusieurs origines différentes, du sud de l’Italie à l’Allemagne. Puis, l’auteur nous exprime sa vision de la communauté juive, représenté par la passion de la richesse, un degré intermédiaire, un moyen d’atteindre son but véritable. Vienne, la grande ville dans laquelle l’auteur écrit, au début de sa vie, raconte une expérience de vie où l’aspiration à la culture est bien plus passionnée que dans le reste de l’Europe, grâce à son histoire, inspirée des Romains, des Flamands et des Européens de l’Ouest. On vivait bien, on menait une vie facile et insouciante dans cette vieille ville de Vienne, convoitée par l’Europe entière pour ses cafés, opéras, où se regroupaient nombres d’intellectuels. Zweig se vante ainsi d’être né dans un siècle ou le temps était passion, un monde ordonné aux stratifications claires et aux transitions tranquilles, un monde sans hâte.

“Il allait de soi qu’après l’école primaire on m’enverrait au lycée” écrit Zweig dans ce monde où toutes les familles fortunées demandent à avoir des fis cultivés, par l’apprentissage des langues, de la musique. “Pendant cinq années d’école primaire et huit ans de lycée, il fallait passer cinq à six heures par jour sur les bancs de la classe, puis une fois les cours terminés, faire ses devoirs”, telle était la vision très scolaire de l’auteur, qui, sans critiquer l’école autrichienne relate une trop forte schématisation des plans scolaires dans lesquels les élèves doivent rester droit. En effet, “l’Autriche était un vieil empire régi par un vieillard, gouverné par de vieux ministres, un Etat qui, sans ambition, espérait uniquement se maintenir intact dans l’espace européen en se défendant de tout changement radical”. L’auteur nous explique également comment il a souffert, durant des années de l’école et de cette parole vide de toute camaraderie, autoritaire, doctrinaire, altière, avec qui, il s’entendit jusqu’à ses 14, 15 ans. En vient la critique des auteurs de son époque et de celles passées, Balzac et sa conception Napoléonienne, Hofmannsthal et son existence physique, ou bien encore les premiers pas de Rilke. L’auteur décrit son enfance comme la vie de jeunes gens qui ne se soumettent à aucune convention imposée. Il regrette de voir la littérature du XIXe comme une vague de désordre d’une jeunesse en quête de repères, lorsque Madame Bovary sera, dans un premier temps, interdit par un tribunal français avant d’être publié bien des années après. Ainsi, le rôle de la femme est expliqué par Zweig comme un acharnement afin de maintenir une femme de la “bonne société”, qui doit être mariée de force, une pensée qu’il critiquera, en poursuivant sur la l’effroyable extension de la prostitution en Europe jusqu’à la Guerre Mondiale. Il exprime ainsi son désarroi quant à la position officielle de l’Etat et de sa morale en face de ces sombres affaires, qui ont marqué son enfance et adolescence.

“Enfin était venu le moment longtemps attendu où, avec la dernière année du siècle, nous pûmes claquer derrière nous la porte du lycée abhorré”, telle est la pensée inspirante du renouveau pour l’auteur. L’université en Autriche, était appréciée des étudiants, vue d’une singularité héritée, les étudiants jouissant de certains privilèges qui les plaçaient bien au dessus de leurs compagnons d’âge. Les universités d’Autriche avaient, pour la plupart, été fondées au Moyen-Âge, époque où les occupations scientifiques passaient pour quelque chose d’extraordinaire afin d’inciter les jeunes gens à se consacrer pleinement aux études. Au fil du temps, avec la démocratisation croissante de la vie publique, alors que toutes les autres corporations du Moyen-Âge se dissolvaient, cette position privilégiée des universitaires se perdit dans toute l’Europe, sauf en Allemagne et en Autriche, où le sentiment de classe à toujours prévalu sur les idées démocratiques. Zweig explique ainsi que c’est lui, dans la famille, qui à été choisi pour étudier à l’université, son frère ainé étant entré dans l’entreprise industrielle de ses parents. Zweig entreprit des études de lettres, restant cependant persuadé qu’un être peut devenir philosophe, historien, ou bien juriste sans aucune année d’université. Dans son ouvrage, l’auteur cite des moments positifs de sa vie universitaire, pleine d’encouragements, de réussites et de passion. En plus de ses études, Zweig officiera en tant que journaliste dans les journaux, l’occasion pour lui de rencontrer Théodore Herzl, le premier journaliste à mettre en place l’idée d’un Etat autonome juif à la fin du XIXe siècle. Au travers de la lecture de ce chapitre, nous comprenons ainsi que la vie étudiante de Zweig s’est transformée en une vie journalistique, dans laquelle il a pu rencontrer différents auteurs. En peu de temps, il devient une personnalité influente, et quitte sa ville natale d’Autriche pour se rendre à Berlin, dans le but d’approfondir ses recherches sur les grands hommes de la fin du XIXe siècle. Zweig écrit “Les grands consortiums, les familles opulentes venaient s’installer à Berlin, et une nouvelle richesse, associée à l’audace de l’esprit d’entreprise offrait à l’architecture, au théâtre, plus de possibilités qu’en aucune des grandes villes d’Allemagne” pour décrire l’immensité de la ville dans laquelle il s’instruit. Dîners, entretiens, écriture et traductions de textes, Zweig resta attaché à cette ville durant près de 3 années, qu’il retiendra comme parmi les meilleures de son existence.