Quel bilan pour les dimanches après-midi de France 2 ?

Très peu évoquée au moment de la rentrée médiatique, la restructuration des programmes du dimanche après-midi de France 2 était pourtant un des chantiers majeurs de Delphine Ernotte. Plus d’un mois après le début de la saison télévisuelle, voici venu le temps du premier bilan.

La saison 2016 – 2017 aura été plus que complexe pour France 2. Plombée par la faiblesse des audiences de ses après-midis, la chaîne avait même réalisé en janvier 2017 sa plus basse audience mensuelle de son histoire avec 12,3 % de part de marché. Dans ce marasme généralisé, les dimanches après-midi de la chaîne publique avaient également connu d’énormes difficultés. La rediffusion d’On n’est pas couché, sur le créneau historique de Vivement Dimanche a été abandonnée en cours de saison, faute d’audience, au même titre que l’avancée de l’horaire de Stade 2. Une situation délicate qui a donc forcé Caroline Got, directrice exécutive de France 2, à proposer une nouvelle grille pour les dimanches après-midi de la chaîne. Les Enfants de la télé, Code Promo, Stade 2, Vivement Dimanche et 19h00 le dimanche ont donc reçu la mission périlleuse de ramener le public sur cette tranche horaire sinistrée par les multiples changements de programmation. Plus d’un mois après la rentrée médiatique, y sont-ils parvenus ? Eléments de réponse.

Les Enfants de la télé : la bonne surprise

Fraichement débarqué de TF1, le programme phare qu’avait lancé Arthur en 1994 sur France 2 a été confié à Laurent Ruquier. Redynamisée par la production EndemolShine France, l’émission a trouvé son public et a fait peau neuve. France 2 a réussi à moderniser une émission qui avait perdu son public, et sa fraîcheur, depuis plusieurs années sur TF1. A sa tête, Laurent Ruquier est très bon, dans un rôle de chef d’équipe qui lui sied à merveille. Porté par une très bonne programmation des invités, le programme devient un véritable rendez-vous hebdomadaire, qui nous fait revivre avec plaisir les grandes heures de la télévision, sans pour autant tomber dans la nostalgie et le passéisme. La production a également eu la brillante idée d’ajouter une performance live en fin d’émission, conclusion parfaite à un programme qui ne manque pas de rythme et d’intensité. Côté audience, le bilan est plus que satisfaisant pour France 2. Après six émissions, Les Enfants de la télé semblent avoir attiré un public de fidèles le dimanche entre 14h20 et 15h40. Réunissant entre 1,2 millions et 1,4 millions de téléspectateurs, le programme s’est stabilisé autour de 11% de part de marché et permet à France 2 d’être devant M6 sur ce même créneau horaire. La direction a de quoi être satisfaite.

Code Promo a du mal à se lancer

C’est la nouveauté qui a été lancée le plus tard. Code Promo n’est en effet arrivé sur nos écrans que ce dimanche 1er octobre. Le principe de cette production de Catherine Barma est simple : une bande d’humoristes vient donner des conseils aux invités accueillis par Stéphane Bern pour assurer leur promotion. Si le concept et les intentions sont bons, le rendu final est plus que médiocre. Le programme casse le rythme insufflé par Les Enfants de la télé. On nous avait vendu une émission fraîche, impertinente, dynamique et novatrice, on a tout le contraire ! Le programme est empreint d’un faux rythme ambiant, que la médiocrité des sketches n’arrive pas à relancer. Stéphane Bern, sur un canapé bleu rappelant étrangement Michel Drucker, n’apporte aucune plus value et Olivier de Benoist, co-créateur de l’émission a du mal à relever le niveau. Les deux premières émissions ont en tout cas laissé un drôle de goût en bouche et le programme va devoir monter en gamme s’il veut fidéliser ses téléspectateurs. Code Promo, qui  avait réalisé une audience convenable de 1,13 millions de téléspectateurs pour 10% de part de marché pour sa première diffusion, a vu son audience chuter ce 8 octobre et passer à 1,05 millions de téléspectateurs pour 9,1% de part de marché. Sur cette tranche, M6 repasse devant France 2 avec Maison à vendre. Si l’émission veut repartir à la hausse, elle devra se montrer plus convaincante et peut-être plus irrévérencieuse.

Stade 2 n’enraye pas la chute

Stade 2 a fait peau neuve cet été. Céline Géraud évincée et nommée à la tête de Tout le Sport, en alternance avec Thomas Touroude, Matthieu Lartot a été désigné pour animer l’émission de sport mythique de France 2, en attendant que Clémentine Sarlat le rejoigne en janvier 2018. En perte de vitesse côté audience depuis plusieurs saisons, l’émission a été réduite de près de 20 minutes. Le programme, qui débute à 16h55, dure ainsi depuis la rentrée médiatique un peu moins de 55 minutes, afin de laisser la place à Michel Drucker à 18h00. Sur ce créneau, Stade 2 peine à trouver son public. Ainsi, ce dimanche, l’émission sportive à fédérer 931 000 téléspectateurs pour seulement 7,8% de part d’audience. Un creux dans les après-midi dominicales de France 2 qui peut en partie s’expliquer par la case horaire à laquelle est diffusé le magazine. En plein milieu de l’après-midi, Stade 2 doit faire face à la concurrence de nombreux évènements sportifs. Ainsi, les fans de sport, susceptibles de regarder le programme, sont sur les chaînes spécialisés au même moment. La tache sera encore plus compliquée pour Stade 2, dans la mesure où huit de ses émissions vont passer à la trappe cette saison, notamment lors des week-ends de Coupe d’Europe de rugby sur France 2. Si la saison dernière, après les rencontres de rugby, la chaîne proposait Stade 2 en lead-out, cette année, c’est Vivement Dimanche qui sera diffusé après la Coupe d’Europe. Il apparait clair que la mythique émission sportive de France 2 n’est pas la priorité de Caroline Got cette année.

Vivement Dimanche Prochain ramène du public

C’est donc à Michel Drucker que revient la tâche de ramener sur France 2 le public égaré par Code Promo et Stade 2. Et pour ce faire, le monstre sacré de la télévision française s’appuie sur son désormais classique Vivement Dimanche prochain. C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures comme on dit. Et force est de constater que la marque Vivement Dimanche a encore quelques beaux jours devant elle. Valeur sure des dimanches de France 2, le programme, diffusé à un nouveau créneau horaire (18h05 au lieu de 19h00), arrive à se stabiliser autour de 10,2% de part de marché et devrait continuer à augmenter d’ici les prochaines semaines. La recette est la même pour Michel Drucker et fonctionne plutôt bien. Pendant une heure, l’animateur reçoit des invités dans le cadre de leur promotion et accorde une place importante à ses fidèles humoristes. L’émission ramène du rythme aux après-midi de France 2 et montre chaque semaine qu’elle reste un des programmes forts de la première chaîne publique. S’il n’est plus la pierre angulaire des dimanches de la chaîne, Michel Drucker est tout de même toujours aussi essentiel à France 2 en lui permettant de retrouver une partie de l’audience perdue par Code Promo et surtout Stade 2.

Le pari risqué de Laurent Delahousse

C’est la véritable nouveauté, et le plus gros pari, de France 2. Pour succéder à Michel Drucker, Caroline Got a décidé de lancer une grande tranche d’information de 19h00 à 20h50, portée par Laurent Delahousse. Le journaliste à la mèche rebelle arrive donc cette saison avec 19h00 le dimanche. Un programme qu’il a conçu lui-même et qu’il réclamait depuis des années. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le présentateur des journaux du week-end semble prendre du plaisir à la tête de ce nouveau format. Elégant, à l’aise, parfois drôle, Laurent Delahousse se montre parfait dans cet exercice et démontre chaque dimanche soir qu’il est né pour animer ce genre de formats. L’émission est, d’autre part, portée par un cadre absolument époustouflant. Plateau immense, habillage chic et réalisation soignée, 19h00 le dimanche est un objet télévisuel épatant. Sur le fond, la tranche propose des sujets très pédagogiques, à l’image de ce que fait la chaîne France Info, mais aussi des reportages au style proche de ceux réalisés par Quotidien avec des journalistes qui se mettent eux-mêmes en scène. Petit bémol en revanche pour la partie humour qui n’arrive toujours pas à convaincre après plusieurs émissions. Au cœur d’un carrefour de l’information déjà très dense à 19h00, le nouveau format réalise des audiences inférieures à celles réalisées par Vivement Dimanche prochain sur la même case horaire les saisons précédentes. 19h00 le dimanche reste sous la barre des 9% de part de marché et tourne autour de 1,9 millions de téléspectateurs. Il faudra laisser du temps à ce programme léché et très esthétique pour trouver son public et devenir un véritable rendez-vous de la grille de France 2.

Pour relancer ses dimanches après-midi, France 2 a misé sur le contenu original et sur les émissions en plateau quand M6 enchaîne les rediffusions et TF1 les magazines ou reportages. Si les intentions sont bonnes, il ressort tout de même que le résultat est assez mitigé. Les Enfants de la télé sont incontestablement une réussite et ont déjà trouvé leur public. Code Promo va devoir monter en gamme s’il veut fidéliser son public. Le créneau horaire de Stade 2 semble plomber le magazine sportif. A 18h00, Vivement Dimanche prochain permet à France 2 de retrouver des couleurs et montre qu’il reste une marque importante de la chaîne. Magnifique produit télévisuel, 19h00 le dimanche n’est quant à lui pas assez fédérateur et France 2 va devoir lui laisser le temps de trouver son public, face à la concurrence de Sept à Huit et 66 Minutes. Caroline Got a tout de même réussi son pari et a apporté une certaine stabilité à la programmation des dimanches après-midi de France 2. Dans ce contexte plus serein, nul doute que l’audience de la chaîne va progresser et monter en puissance tout au long de la saison.

Michel Field : chronique d’un échec

Cinq jours après l’annonce de l’éviction de David Pujadas du journal de 20 heures, Michel Field a décidé de quitter la direction de l’information de France Télévisions ce lundi 22 mai. Une démission, résultat de l’incapacité de Michel Field à tisser un lien suffisamment fort entre lui et sa rédaction, qui n’a surpris personne en interne. Nommé en décembre 2015, l’ancien journaliste d’Europe 1 avait enchaîné les erreurs et suscité de nombreuses tensions au sein du service de l’information de France Télévisions, tensions qui ont atteint leur paroxysme la semaine dernière. Retour sur les 17 mois d’un mandat tendu.

Nommé directeur de l’information par Delphine Ernotte en décembre 2015, il faut moins de 4 mois à Michel Field pour créer la polémique et se mettre en dos l’ensemble de ses équipes. Le 10 avril 2016, l’ancien chroniqueur de Ciel mon mardi ! est ainsi l’invité du Supplément de Canal +. Le directeur de l’information est amené à y évoquer les tensions internes au sujet de la fusion entre les rédactions de France 2 et France 3. Michel Field, prostré, d’un ton sec et glacial répond que les revendications de ses équipes rédactionnelles lui « en touchent une sans faire bouger l’autre ». Paraphrasant Jacques Chirac, le directeur de l’information fait ici la preuve d’un mépris et d’une condescendance effroyable, à un moment où il faut calmer et apaiser les inquiétudes de l’ensemble du service de l’information de France Télévisions. Toujours dans le Supplément, Michel Field répond à la question de l’avenir de Nicolas Poincaré dont la place à la tête de Complément d’Enquête est menacée selon certaines rumeurs persistantes. L’ancien animateur d’Europe 1 s’adresse alors à son journaliste : « Nicolas, si tu nous écoutes, ne te suicide pas tout de suite ». Une réponse terrible qui vient déjà sceller la rupture entre Michel Field et ses équipes. La polémique engendrée par cette interview vient ici témoigner du problème crucial du mandat de Michel Field, sa communication catastrophique. Sa rédaction lui reprochera en effet pendant 17 mois son incapacité à dialoguer avec elle. Le problème du directeur de l’information, c’est qu’il a toujours annoncé ses décisions ou affiché ses avis dans les médias avant d’en parler avec ses rédactions. En 17 mois, Michel Field n’arrivera jamais à tisser un lien solide avec ses équipes, lien pourtant primordial pour gérer une rédaction aussi dense et morcelé. La tâche de Directeur de l’information était déjà âpre, mais Michel Field se l’est rendue encore plus difficile voire impossible en enchaînant les maladresses dans les médias comme ce 10 avril 2016.

Outre cette communication déroutante et rapidement jugée désobligeante par les rédactions de France Télévisions, Michel Field rendra sa situation encore plus précaire par la manière dont il traitera ses équipes en interne. Ainsi, toujours en avril 2016, le directeur de l’information est visé par une motion de défiance par sa rédaction. Cette dernière se lève en effet contre Michel Field, jugeant déplacé son comportement à l’égard de Guilaine Chenu et Françoise Joly, présentatrices d’Envoyé Spécial depuis 2001 renvoyées par l’ancien journaliste d’Europe 1. Les journalistes du service de France Télévisions ont alors stigmatisé «le mépris, la désinvolture et parfois la grossièreté affichés par le directeur de l’information». S’attirant les foudres de sa rédaction par sa communication maladroite et déplacée, Michel Field s’est définitivement coupé de ses équipes par certaines de ses réflexions en interne. Ainsi, le directeur de l’information aurait enchaîné les réflexions sexistes, notamment à l’égard de Nathalie Saint-Cricq et Léa Salamé. Michel Field aurait en effet fait le choix d’éloigner Nathalie Saint-Cricq de la présentation de Dialogues Citoyens, interview spéciale de François Hollande, afin de favoriser la journaliste de France Inter jugée plus « virevoltante et sexy ». Toujours en marge de la préparation de cette émission spéciale, le directeur de l’information aurait été jugé trop complaisant avec les équipes de communication de François Hollande. Quelques mois plus tard, c’est son opposition à Elise Lucet qui va cristalliser les tensions en interne. Le 29 septembre 2016, Envoyé Spécial diffuse un sujet sur l’affaire Bygmalion. En interne, le sujet a engendré de nombreux débats entre Elise Lucet et son directeur de l’information qui souhaitait ne pas diffuser le reportage. L’ancienne présentatrice du 13 heures de France 2 expliquera alors quelques mois plus tard au Parisien qu’« à certains moments, on n’a pas écouté l’équipe d’Envoyé Spécial et notamment son rédacteur en chef Jean-Pierre Canet.” avant d’ajouter que “le calendrier politique a pris plus d’importance.”. En moins d’un an, Michel Field s’est ainsi mis à dos l’ensemble de ses équipes de rédaction, rendant impossible toute forme de communication interne.

Au-delà de ces tensions, c’est le comportement général de Michel Field qui aura également provoqué de nombreux étonnements au sein de l’information de France Télévisions. Trop absent, trop hautain, trop désinvolte, Michel Field aurait fait preuve d’un énorme mépris envers ses équipes tout au long de son mandat. Ainsi, le directeur de l’information n’aurait que très rarement assisté aux conférences de rédaction quotidiennes et n’aurait été que peu présent au sein de sa rédaction. Michel Field n’aurait d’autre part jamais assisté au journal de 20 heures dont il critiquait pourtant régulièrement le contenu. Comment légitimer sa position et ses avis en étant aussi peu présent ? Comment se rendre populaire auprès d’équipes pour lesquelles il n’aura affiché que du mépris ? C’est ici le fond du problème, la principale raison de l’échec de Michel Field. L’incapacité à fédérer autour de lui l’immense rédaction et les nombreuses équipes du service d’information de France Télévisions. Un directeur de l’information se doit d’être au contact de ses équipes. Agir, décider, trancher, nécessite de sentir le sentiment général des hommes qui composent un service. Or, trop absent en interne, Michel Field a pratiquement toujours pris des décisions qui allaient à contresens des sentiments et revendications de ses équipes. L’éviction de David Pujadas en est le dernier exemple. La décision a été prise sans tenir compte de l’avis d’une rédaction qui appréciait son journaliste star. Comme si le cas de David Pujadas incarnait tous les maux du mandat de Michel Field, le jour-même, la tribune du directeur de l’information dans Libération vint définitivement mettre le feu au poudre. Pour calmer les tensions, Michel Field n’eût alors d’autre choix que de démissionner.

Par sa communication catastrophique et son comportement global en interne, Michel Field a rendu sa tâche à la tête du service de l’information de France Télévisions impossible. Désinvolte, méprisant et absent en interne, Michel Field s’est coupé dès le mois d’avril 2016 de ses équipes de rédaction. Une situation qu’il n’aura jamais réussi à rétablir, peut-être même n’en ayant pas vraiment la volonté. En 17 mois, Michel Field n’a jamais pris la mesure des enjeux de sa position et des obligations que cette position engendrait. Peut-être n’était-il pas conscient de la nécessité de fédérer ses équipes autour de lui par sa présence physique au sein de la rédaction et de l’importance d’agir en fonction des opinions générales de ses équipes. Nul doute que Delphine Ernotte aura pour objectif principal de choisir un directeur de l’information capable d’apaiser les tensions d’un service qui affiche des beaux résultats d’audience à l’antenne mais qui fonctionne sur la base de clans rédactionnels qui s’affrontent violemment en interne. Appréciée par les rédactions et légitime de par son ancienneté au sein de France Télévisions, Elise Lucet pourrait être la candidate idéale pour le poste…