Interview d’Alex Taylor

A l’occasion de la 4ème édition des Idées mènent le Monde à Pau, notre correspondant sur place Franck Paillanave, a pu interroger le franco-britannique Alex Taylor, ancien journaliste et désormais militant pro-UE. Il parle avec nous de sa passion et de son point de vue sur l’Europe.

Le Duplex de C L’Info depuis Barcelone

Pour la 3ème semaine de suite, notre reporter et envoyé spécial en Catalogne Franck Paillanave, fait le point sur la situation depuis Barcelone après la mise en détention d’ex-ministres catalans et le mandat d’arrêt demandé contre le président de la Catalogne, Carles Puigdemont.

Les médias catalans menacés par Madrid

Ce mercredi, les médias publiques catalans (TV3, Catalunya Radio et ACN) organisaient une conférence de presse pour parler de leurs inquiétudes avant une possible mise sous tutelle des médias catalans par Madrid, en vertu de l’article 155 de la constitution espagnol.

Notre envoyé spécial en Catalogne a pu s’entretenir avec Montserrat Besses, ancien correspondante à Paris et journaliste pour la télévision catalane.

De nombreux journalistes arboraient à cette occasion des t shirts disant que sans les médias publiques, il n’y avait pas de démocratie.

Photo Franck Paillanave pour C L’info

TV3 qui était très intéressé a même interrogé notre envoyé spécial à Barcelone et spécialiste média sur la situation.

EVENEMENT – C L’info de retour à Barcelone

Ce mardi, notre reporter Franck Paillanave est revenu à Barcelone 10 jours après un premier reportage pour voir l’évolution de la situation autour de l’indépendance de la Catalogne et l’utilisation de l’article 155 de la constitution espagnol par Madrid. Il nous livre son récit à travers ce duplex enregistré mardi soir.

EVENEMENT – C L’info à Barcelone

A l’occasion des derniers évènements survenus à Barcelone suite au référendum sur l’indépendance, notre reporter Franck Paillanave s’est rendu ce jeudi à Barcelone pour réaliser un reportage sur les anti indépendants et sur l’atmosphère régnant en Catalogne.

Pour voir le duplex :

(BONUS : Quelques photos prises pendant cette journée)

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Brexit: un minuscule village allemand, nouveau centre de l’Europe

Le drapeau de l’Union européenne flottant sur la place du minuscule village allemand de Gadheim en Bavière constitue le seul indice pour expliquer la venue de médias du monde entier dans ce coin perdu.

Une poignée de demeures sont nichées sur les collines de cette région viticole du sud de l’Allemagne, jalonnant une route bordée de champs où se dressent des éoliennes.

En 2019, à la fin prévue des négociations de sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, les 89 habitants de Gadheim se retrouveront au centre géographique de l’UE, selon l’Institut Géographique National (IGN) à Paris.

La plupart ont appris la nouvelle à la radio, affirme Jürgen Götz, maire de Veitshöchheim, une commune proche. Gadheim est trop petit pour avoir un maire.

“Nous avons pensé à un poisson d’avril”, s’amuse l’édile, attablé à l’hôtel du village.

Mais ses habitants sont fiers du coup de projecteur donné à leur région bucolique. Et ont déjà planté un drapeau bleu foncé aux étoiles sur la place du village.

“Mon mari a toujours dit que nous étions le centre du monde”, plaisante Inge Diek, une villageoise représentant la Fédération allemande des agriculteurs.

“Il existe une légende locale selon laquelle Dieu a embrassé la Terre une seule fois, à l’endroit où se trouve Veitshöchheim. Gadheim en fait partie”, raconte Jürgen Götz.

Les habitants de Gadheim ont même lancé un groupe WhatsApp pour s’amuser de leur renommée et signaler l’endroit.

Un sentiment d’amertume

La plus surprise d’entre eux est Karin Kessler, cheveux noirs, teint buriné dans ses habits de fermière: c’est précisément dans son champ planté de colza que le futur centre post-Brexit de l’Union européenne a été localisé.

“Mais c’est dommage que cela se produise à cause du Brexit”, dit-elle, regrettant la décision des Britanniques.

Pour elle, l’un des avantages majeurs de l’UE est de traverser la frontière sans contrôle, comme lorsqu’elle se rend en France pour ses vacances.

“Et puis, mon père a fait la Seconde guerre mondiale. Il était prisonnier de guerre en France. J’ai de bonnes raisons d’apprécier” l’UE, conçue pour rassembler les ennemis héréditaires, explique-t-elle.

Karin Kessler attend avec impatience le moment où le Brexit sera définitif, histoire de montrer à son père le drapeau qui flottera alors dans son champ pour marquer le centre de l’UE.

Mais “si les Britanniques réfléchissaient à nouveau, alors je serais aussi heureuse…”, dit-elle.

Le centre se déplace

Le centre de gravité de l’Union européenne est situé en Allemagne depuis le 1er mai 2004 et le passage de 15 à 25 pays membres, selon l’IGN. Auparavant, il aura été en Belgique pendant près d’une décennie.

Mais depuis 2004, il a changé plusieurs fois de place sur le sol allemand. Quand la Croatie a rejoint l’UE en juillet 2013, c’est le village bavarois de Westerngrund, à environ 60 km au nord-ouest de Gadheim, qui a ainsi hérité de ce statut.

Il le perdra avec la sortie de la Grande-Bretagne, au grand dam de sa maire, Brigitte Heim. Car depuis que le centre est ici, “ils savent à Munich, la capitale du Land (État régional), que Westerngrund fait encore partie de la Bavière…”, dit-elle – bien que le dialecte des villageois et leur préférence pour l’Apfelwein (vin de pomme) les rattachent davantage à la Hesse voisine.

Environ 6.000 personnes issues de 93 pays – y compris l’Australie et la Mongolie – ont signé le livre d’or de la commune, conservé depuis 2013 à l’abri sur une pelouse soignée et bordée d’une rangée de drapeaux: ceux de la ville, le canton, l’État régional, l’Allemagne et l’UE.

“Nous pensions que les bus de touristes chinois déferleraient ici chaque semaine. Il n’en a rien été”, regrette toutefois le boulanger local Christoph Biebrich, qui a conçu des pains en forme d’anneau avec un “nombril de l’UE” au centre.

Il souligne que les locaux et les touristes de passage aiment pique-niquer à cet endroit, ou bien randonner à pied ou en VTT le long de la piste reliant Westerngrund… au précédent centre désigné de l’UE, situé dans la commune de Meerholz, à une quinzaine de kilomètres de là, en Hesse.

Les habitants de Westerngrund et de Gadheim font un vœu: celui que la prochaine fois, le centre de l’UE se déplace en raison de l’adhésion d’un nouveau membre et non d’un départ. “Le Brexit est un pas en arrière, ça ne peut pas continuer”, juge Brigitte Heim.

Et “bien sûr, nous espérons que la France n’empruntera pas le même chemin…”, lance-t-elle en allusion à l’élection présidentielle française, où la candidate d’extrême droite Marine Le Pen, qualifiée pour le 2e tour, prône un référendum sur l’appartenance à l’UE.

Schengen: l’UE mettra fin aux contrôles aux frontières en novembre

La Commission européenne va mettre un terme en novembre aux dérogations exceptionnelles accordées depuis 2015 aux pays européens confrontés à un fort afflux migratoires pour des contrôles aux frontières internes de l’espace Schengen, a-t-elle annoncé mardi.

Bruxelles estime que, dans les six mois à venir, l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Suède et la Norvège doivent mettre fin aux contrôles systématiques à certaines de leurs frontières.

“Ce sera la dernière prolongation”, a prévenu le commissaire européen à la Migration, Dimitris Avramopoulos, lors d’une conférence de presse.

“Il est temps de prendre la dernière mesure concrète pour revenir progressivement au fonctionnement normal de l’espace Schengen”, a-t-il déclaré à Bruxelles.

Les Etats membres doivent encore formellement adopter cette “recommandation” de la Commission pour qu’elle se concrétise.

La Suède a toutefois déjà annoncé, un peu plus tôt dans la journée, la suppression de ses contrôles systématiques à sa frontière avec le Danemark.

En mai 2016, l’exécutif européen avait accepté pour la première fois une prolongation exceptionnelle –au-delà de la durée autorisée en temps normal– des contrôles rétablis en 2015 à certaines frontières de ces cinq pays membres de l’espace Schengen.

La Commission avait assuré qu’il s’agissait d’une situation exceptionnelle, justifiée par la porosité alors anormale des frontières extérieures de l’UE et s’était fixé pour objectif un retour à la normale d’ici la fin 2016.

Mais elle avait ensuite donné deux fois son feu vert à des prolongations, qui couraient jusqu’à la mi-mai.

La Commission justifie cette “dernière” prolongation par le nombre toujours important de migrants présents en Grèce en attente d’une décision sur leur statut de réfugiés, les risques de “mouvements irréguliers” le long de la route des Balkans occidentaux, le programme de relocalisation depuis la Grèce vers d’autres Etats membres qui tourne au ralenti ou encore la mise en place du corps des garde-frontières européen qui nécessite “encore quelques efforts”.

En parallèle de cette nouvelle échéance de fin des contrôles, la Commission suggère de renforcer le recours à des “contrôles de police proportionnés sur le territoire des Etats membres” et plus particulièrement le long des frontières.

Présidentielle: Bruxelles dit ‘ouf’ même si la défiance anti-UE persiste

Le soulagement était palpable lundi à Bruxelles après la qualification du pro-européen Emmanuel Macron pour la finale de la présidentielle française, même si le scrutin a une nouvelle fois illustré une forte défiance face à l’UE.

La dirigeante d’extrême droite du Front national, Marine Le Pen, s’est qualifiée dimanche pour le deuxième tour avec 7,6 millions de voix (21,53%), derrière M. Macron (23,75%).

Avec le score important du candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon (19,64%), le vote de défiance face à l’Union européenne d’aujourd’hui dépasse les 40%, souligne Catherine Fieschi, directrice du centre de recherche sur les populismes Counterpoint, basé à Londres.

L’empressement avec lequel les dirigeants européens ont adressé dimanche soir leurs félicitations à Emmanuel Macron illustre l’inquiétude qui régnait quant à l’essor des mouvements populistes et europhobes, après le référendum sur le Brexit et l’élection aux Etats-Unis de Donald Trump.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, est même sorti de la réserve habituelle pour féliciter dès dimanche soir le candidat centriste et lui souhaiter “bon courage pour la suite”. Marine Le Pen “vise la destruction de l’Europe”, a justifié lundi son porte-parole, Margaritis Schinas.

“Bruxelles était inquiet, il y a un soulagement”, mais “il ne faut pas crier victoire car le second tour n’est pas joué”, a pour sa part souligné le commissaire européen à l’Economie, le Français Pierre Moscovici (socialiste), en appelant à voter en faveur de M. Macron.

Electeurs aliénés

Il faut “combattre pied à pied les impostures du Front national : l’imposture du Frexit (sortie de la France de l’UE sur le modèle du Brexit, ndlr) et de la sortie de l’euro”, a-t-il insisté, jugeant “assez effrayant” que “7,6 millions de Français (aient) mis ce bulletin dans l’urne”.

“Il ne faut pas sous-évaluer le vote Le Pen parce qu’il est l’indice d’un mécontentement qui se manifeste non seulement en France, mais dans beaucoup de pays européens”, a constaté de son côté le président du Parlement européen, Antonio Tajani.

En Autriche, le parti d’extrême droite autrichien FPÖ a célébré “un nouveau succès” pour “le printemps patriotique en Europe”. “Les vieux partis de l’establishment et leurs représentants discrédités vont graduellement disparaître jusqu’à devenir insignifiants dans toute l’Europe”, a espéré son président Heinz-Christian Strache.

Après la victoire des partisans de la sortie du Royaume-Uni de l’UE en juin 2016 et la saga présidentielle autrichienne, finalement remportée par un écologiste face au FPÖ en décembre, les formations europhobes espéraient engranger victoire sur victoire en 2017, marquée par des élections aux Pays-Bas, en France et en Allemagne (en septembre prochain).

Mais comme Marine Le Pen dimanche, le dirigeant d’extrême droite néerlandais Geert Wilders, longtemps donné en tête par les sondages, est arrivé deuxième lors des législatives à la mi-mars. Il a toutefois engrangé “500.000 électeurs de plus (qu’en 2012) à un moment où il y a très peu de chômage et où les Pays-Bas vont bien”, souligne Catherine Fieschi.

“Même quand il y a une reprise économique en Europe, comme c’est actuellement le cas, cette reprise ne semble avoir aucun impact sur la déception et la mobilisation des électeurs populistes”, analyse-t-elle.

“A moins de faire une politique plus proche de gens, en traitant leurs problèmes au quotidien, comme la question des services publics ou la façon dont ils se sentent valorisés socialement, ces électeurs vont se sentir de plus en plus aliénés”, juge-t-elle.

Mais d’autres voient un tournant dans la présidentielle française, que M. Macron pourrait remporter, selon les sondages, avec plus de 60% des voix au deuxième tour le 7 mai prochain.

Présentation du duel du second tour avec cartes des résultats de chaque candidat par département au premier tour, sondage pour le second tour et résultats des autres candidats

“Après les élections aux Pays-Bas et en Autriche, et alors que (la formation populiste) AfD chute dans les sondages en Allemagne, le premier tour en France suggère que les populistes ont perdu énormément de terrain en 2017”, estime Stefan Kreuzkamp, analyste chez Deutsche Asset Management.

“Le pire de la vague de colère populiste pourrait bientôt être passé en Europe”, veut croire aussi Holger Schmieding, analyste chez Berenberg.

Et l’élection de “l’europhile” Emmanuel Macron “pourrait insuffler une nouvelle vie au +moteur+ franco-allemand”, prédit Giles Merritt, directeur du centre de réflexion Friends of Europe.

Un Brexit géologique ou comment la Grand-Bretagne est devenue une île

Une gigantesque chute d’eau large de dizaines de kilomètres a rompu une crête rocheuse qui reliait l’Angleterre au continent européen il y a près de 500.000 ans, déclenchant une inondation catastrophique qui a creusé la Manche et créé l’île de la Grande-Bretagne, selon une étude publiée mardi.

Une équipe internationale de géologues a mené un véritable travail de détective pour parvenir à assembler les morceaux d’un puzzle qui occupe leur profession depuis plus d’un siècle. Pour leur enquête, ils sont remontés à un âge glaciaire il y a 450.000 ans, lorsqu’une grande partie de l’hémisphère nord était couverte par une dalle glacée épaisse et que le niveau de la mer était nettement plus bas qu’aujourd’hui.

A l’époque, la Manche était à sec et selon les scientifiques, elle s’élevait vers une crête rocheuse crayeuse qui reliait la Grande-Bretagne et le continent au niveau de ce qui est désormais le détroit de Douvres. Dans un article publié dans la revue Nature Communications, les scientifiques suggèrent qu’un énorme lac, alimenté par des rivières continentales, s’est créé dans le sud de la Mer du Nord, entre le bord de la calotte glaciaire et cet escarpement rocheux présumé. Le lac a commencé à déborder, passant au dessus de la crête rocheuse, créant une chute d’eau d’environ 32 kilomètres de large et de 100 mètres de haut et se déversant dans la vallée en dessous. La chute d’eau a érodé la crête du barrage. Celui-ci a fini par craquer et s’effondrer, provoquant une gigantesque inondation qui a creusé ce qui est devenu la Manche.

Brexit Acte 1

“La rupture de ce pont terrestre entre Douvres et Calais a été incontestablement un des événements les plus importants de l’histoire de la Grande-Bretagne, contribuant à façonner l’identité insulaire de la nation aujourd’hui encore”, déclare Sanjeev Gupta, géologue à l’Imperial College London, l’un des auteurs de l’article. “Quand cet âge de glace a pris fin et que le niveau de la mer est monté, inondant le sol de la vallée pour de bon, la Grande-Bretagne a perdu son lien physique avec le continent”, dit le chercheur. “Sans cet épisode dramatique, la Grande-Bretagne ferait encore partie de l’Europe. C’était le Brexit 1.0 — un Brexit pour lequel personne n’a voté”. L’hypothèse selon laquelle un lac glaciaire est à l’origine de la formation de la Manche a été avancée il y a déjà un siècle. L’étude apporte de nouveaux éléments en faveur de cette thèse.

L’un des principaux indices réside dans d’étranges trous géants découverts dans le lit de la Manche. Remplis de graviers et de sable, ils peuvent faire plusieurs kilomètres de diamètre et environ 100 mètres de profondeur. Ils ont été trouvés par hasard dans les années 1960 et 1970 lorsque les ingénieurs foraient le fond de la mer pour préparer la construction du tunnel sous la Manche. Les sédiments dans ces trous étaient si meubles que les ingénieurs ont dû changer le tracé du tunnel pour les éviter. Les scientifiques pensent que ces trous sont des bassins de plongée qui se forment sous les chutes d’eau.

Ces trous peuvent devenir si gros que la falaise d’où tombent les chutes d’eau, finit par devenir instable et s’effondrer. En utilisant un sonar et une technique permettant d’obtenir des informations sur les structures du sous-sol, les chercheurs ont découvert que sept de ces trous géants formaient une ligne droite remarquable, allant du port de Calais à celui de Douvres – le bord de la fameuse crête présumée. Ils ont également découvert des preuves d’une ancienne vallée géante sur le fond marin, signes d’une inondation massive. Le “Brexit 1.0” s’est fait en deux temps. Il y a d’abord eu une rupture dans la barrière rocheuse puis un deuxième grand événement, plus tard, probablement causé par un déversement d’autres lacs plus petits, selon l’étude.

Sans ce coup du sort géologique, la Grande-Bretagne serait restée attachée au continent, un peu comme le Danemark.

L’agonie de la paix rendue effective par Hitler 
(6/6)

C L’Info vous propose une série de six épisodes, répartis sur six semaines autour de l’oeuvre de Stefan Zweig Le Monde d’Hier. Écrivain, dramaturge, biographe, Stefan Zweig, né en 1881 à Vienne, aura vu glisser sa ville et sa vie de l’élévation spirituelle et culturelle la plus haute à la décadence morale et à l’échec. Zweig fuit le nazisme et s’exile à Londres dès 1934, puis au Brésil en 1941. Il commence alors la rédaction du “Monde d’Hier, souvenirs d’un Européen”, livre nostalgique, mais d’une nostalgie active, c’est un “cri de papier”. Livre-Testament d’un monde qui n’est plus, celui de la sécurité et du “Progrès” ; Livre-Témoignage sidéré d’un européen face à ce qu’il appelle “l’échec de la civilisation”. En 1942, Stefan Zweig se suicide, précisément au lendemain d’avoir posté le manuscrit du “Monde d’hier” à son éditeur. “Le Monde d’Hier” sera publié en 1944.

Cela reste une loi inéluctable de l’histoire, et elle défend précisément aux contemporains de reconnaître dès leurs premiers commencements et les grands mouvements qui déterminent une époque. Ainsi, pour la première fois, Zweig entendit le nom d’Adolf Hitler, ce nom auquel nous voyons obligés de penser ou de prononcer à propos de telle ou telle conjoncture. Ce nom, vide et sans poids pour l’auteur fut, au départ négligé … Une négligence qui sera effacée lorsque les premiers SS arriveront aux localités frontières de l’Allemagne et de sa petite ville de Salzbourg, à seulement deux heures de Munich en empruntant les chemins de fers. Le petit nombre des écrivains qui s’étaient vraiment donné la peine de lire le livre de Hitler, au lieu de s’occuper sérieusement de son programme, ralliaient l’enflure de sa méchante prose. Les grands journaux démocratiques, au lieu de mettre en garde les lecteurs, rassuraient quotidiennement, expliquant que ce mouvement devait inévitablement s’effondrer de lui même. Zweig s’interroge ainsi comment l’Europe à sous estimée la personne et la puissance croissante d’Hitler. Rien n’a autant aveuglé les intellectuels allemands que l’orgueil de leur culture, en les engageant  ne voir en Hitler que l’agitateur des brasseries qui ne pourrait jamais constituer un danger sérieux. Et même quand, en ce jour de Janvier 1933, il fut devenu chancelier, la grande masse et même ceux qui l’avaient poussé à ce poste le considèrent comme un simple intérimaire. C’est alors que se manifesta pour la première fois dans un très grand style la technique géniale et cynique d’Hitler. Même les sociaux démocrates ne voyaient pas son ascension d’un mauvais œil, ces derniers espérant être débarrassés de leurs ennemis jour, les communistes. Le plus étonnant fut la réaction des Juifs allemands, eux mêmes peu inquiets, se flattant d’avoir un ministre Jacobin. Puis vint l’incendie du Reichstag, d’un seul coup, tout droit  supprimé en Allemagne. On apprenait en frissonnant l’existence des camps de concentrations. Tout cela ne pouvait être qu’un accès premier de rage insensée, selon l’opinion public de l’époque. Pourtant, ce n’était que le commencement … Selon Zweig, Hitler a inventé cette tactique géniale consistant à sonder lentement l’opinion mondiale et à aggraver sans cesse et progressivement ses mesures contre une Europe de plus en plus faible moralement et militairement.

Zweig poursuivi alors, et expliqua comment Hitler parvenait  à effacer l’intelligence culturelle de l’humain, par la propagande, utilisée dans tout son empire. Dans le même temps, l’auteur restait dans sa maison de Salzbourg, et observait ainsi la situation menacée de l’Autriche, premier pays envahi lors de la guerre de 1939-1945. L’exil de l’auteur se poursuivit très rapidement, partant successivement pour la France où il y effectua des rencontres avec les intellectuels de l’époque, l’Angleterre à Londres, où il vécu peu de temps avant de traverser l’Atlantique pour se retrouver à New York. Tous les lecteurs des journaux de New York, Londres et Paris avaient une connaissance plus exacte de ce qui se passait réellement.


Dans ses mémoires écrites peu de temps avant qu’il ne se donne la mort en 1942, Stefan Zweig retrace 50 ans d’histoire, de la Vienne riante de la Belle Époque aux bruits de bottes ayant précédé la seconde guerre mondiale. Ses différents voyages lui auront permis, de dresser un bilan de vie très positif, plein de réalisme cependant. Stefan Zweig aura ainsi réussi à cerner un monde, notre monde …

Brexit: comment sauver l’image de marque “Grande-Bretagne” ?

Il faut sauver la marque “Grande-Bretagne”: l’image du pays réputé ouvert sur le monde risque de souffrir du Brexit, préviennent des publicitaires réunis à Londres, mais le Royaume-Uni garde aussi de solides atouts dans sa manche.

De la musique au cinéma, la culture populaire britannique a promu ces dernières décennies l’image d’un pays moderne et dynamique. La facilité d’émigrer et de travailler sur place a construit pour sa part la réputation d’une société accueillante et hospitalière.

Mais le “no” à l’Europe crié le 23 juin 2016 par une majorité de Britanniques lors d’un référendum historique a envoyé un message troublant à cet égard, avec la perspective d’un resserrement des contrôles aux frontières notamment via la sortie du marché unique. “Le Brexit constitue une auto-mutilation parce qu’il met à mal l’image d’ouverture. Envoyer le message comme quoi le Royaume-Uni est ouvert aux affaires est donc d’une importance cruciale”, explique à l’AFP Matt Scheckner, fondateur et directeur général de “l’Advertising Week” (“la semaine de la publicité”). “Ce qui fait que la culture britannique est unique va rester. A savoir la musique, la mode, la télévision, les films, les contenus créatifs, tout ça n’est pas vraiment en danger. Mais pour le tourisme, les affaires au sens large qui emploient des jeunes talents, le risque est d’être perçu désormais comme un endroit peu accueillant”, ajoute-t-il. Ce New-Yorkais volubile organisait cette semaine la cinquième édition londonienne d’une série de conférences et rencontres pour les publicitaires. Né à New York en 2004, le principe a essaimé depuis non seulement dans la capitale britannique, mais aussi à Tokyo et bientôt à Mexico et Sydney. Près de 40.000 professionnels du secteur se sont pressés selon les organisateurs pour assister pendant quatre jours à une série d’événements organisés dans le quartier branché de Soho, à travers divers lieux comme le club de jazz Ronnie Scott’s ou le vaste cinéma Picturehouse Central.

Regarder vers le large

Parmi ces publicitaires au profil international, plutôt jeunes et arborant des tenues décontractées, rares sont ceux qui applaudissent la perspective du Brexit. “C’est un processus nombriliste et insulaire par essence”, regrette Melanie Read, de l’agence Aesop.

Mais la plupart jugent néanmoins possible de sauver la “marque Royaume-Uni”, son image positive, à condition de parler juste. “Il faudra remettre en avant nos points forts, comme nos capacités en terme de création culturelle”, propose Matt Donegan, directeur de l’agence marketing Social Circle.

Dans la même idée, les professionnels estiment que le pays pourrait mettre en exergue un certain nombre d’atouts quasi intangibles: un système politique stable, une main-d’oeuvre qualifiée parlant anglais, ou encore la capacité du peuple britannique à tirer le meilleur des influences culturelles étrangères.

Selon les publicitaires, les promoteurs pourraient aussi souligner la diversité des opinions au sein du Royaume-Uni, afin d’éviter au pays de passer pour un bloc uniforme, vieillissant et tourné sur lui-même.  Richard Staplehurst, un trentenaire aux cheveux argentés et au regard brillant, travaille au sein de l’agence Latimer sur les attentes de la jeunesse, qui a voté pour le maintien dans l’UE à une large majorité. Il se dit malgré tout optimiste, car même si le Brexit restreint la liberté d’entrée au Royaume-Uni, “il y aura beaucoup de gens qui insisteront sur le fait que nous restons ouverts, qui seront actifs sur les réseaux sociaux pour dire +tout ceci n’est pas juste et nous restons accueillants+”. Cet activisme pourrait faire contrepoids dans l’espace public et quelque peu sauvegarder l’image du pays à l’étranger, au-delà des vicissitudes politiques. “Par nature, nous regardons vers le large”, assure à l’AFP Liam Fox, le ministre du Commerce international, pour balayer toute crainte d’un peuple britannique devenu casanier et frileux.

L’enjeu de l’image est fondamental pour cette population insulaire de 65 millions d’âmes qui va d’ici deux ans larguer les amarres d’un bloc continental de près de 450 millions d’habitants, et devra convaincre le monde de sa capacité à sortir gagnant d’une navigation solitaire.

Soleil couchant … (5/6)

C L’Info vous propose une série de six épisodes, répartis sur six semaines autour de l’oeuvre de Stefan Zweig Le Monde d’Hier. Écrivain, dramaturge, biographe, Stefan Zweig, né en 1881 à Vienne, aura vu glisser sa ville et sa vie de l’élévation spirituelle et culturelle la plus haute à la décadence morale et à l’échec. Zweig fuit le nazisme et s’exile à Londres dès 1934, puis au Brésil en 1941. Il commence alors la rédaction du “Monde d’Hier, souvenirs d’un Européen”, livre nostalgique, mais d’une nostalgie active, c’est un “cri de papier”. Livre-Testament d’un monde qui n’est plus, celui de la sécurité et du “Progrès” ; Livre-Témoignage sidéré d’un européen face à ce qu’il appelle “l’échec de la civilisation”. En 1942, Stefan Zweig se suicide, précisément au lendemain d’avoir posté le manuscrit du “Monde d’hier” à son éditeur. “Le Monde d’Hier” sera publié en 1944.

La période allant de 1924 à 1933 fut une époque de tranquillité relative, avant qu’un seul homme boulversé une nouvelle fois notre monde, justement parce qu’il avait souffert des troubles de là générations de paix relative. Le principal sentiment de cette période était de rattraper ce que les mauvaises années de guerre et d’après-guerre avaient volées à à vie. On travaillait davantage, on voyageait et l’on découvrait le monde en pleine liberté. Zweig aussi, voyageai beaucoup, mais c’était, pour lui, un autre temps de voyage, car partout, l’auteur retrouvait des amis, connaissances et rencontres. L’auteur pensait ainsi qu’il avait accès au grand monde, avec l’agrément et la facilité de n’avoir  importuner personne.

Un voyage qui marqua l’auteur fut son périple Russe, en 1914, quelques semaines avant la guerre. La Russie, par l’expérience du bolchevisme  devenue pour tous les hommes le pays le plus fascinant de l’après-guerre, et suscitait de nombreuses admirations enthousiastes, aussi bien que des haines fanatiques. C’est ainsi qu’au printemps 1928, Zweig retourna en Russie, après qu’une invitation pour assister aux fêtes du centième anniversaire de la naissance de Léon Tolstoï lui fut parvenue. Les quinze jours passés en Russie Soviétique s’écoulèrent ainsi dans un état constant de haute tension, où l’on voyait, entendait, admirait et s’enthousiasmait pour de nombreuses choses. La ville de Moscou en elle-même avait déjà deux visages, la place Rogue et ses murailles et ses traditions byzantines, à côté d’une horde  de géants américains, de gratte-ciel modernes qui rendait un paysage mouvementé. Moscou donnait l’impression d’être bondé, surpeuplé et dans un  de confusion indescriptible, dans une ville où partout, les gens se pressaient dans les théâtres, magasins … Cependant, bien des choses magnifiques persistaient. Leningrad avant tout, cette ville génialement conçue par des princes audacieux, avec ses larges perspectives, ses palais immenses. Après quinze jours en Russie, Zweig fut comblé par le voyage, mais il resta consterné par la cordialité impulsive des hommes, persuadés qu’il participaient à une oeuvre formidable qui intéressait l’humanité entière.

Il faisait bon voyager dans ce dernières années d’accalmie, mais il était aussi agréable de retourner chez sois. La petite ville de Salzbourg, forte de ses 40 000 habitants que Zweig avait choisi pour son isolement s’était transformée d’une manière surprenante, devenue la capitale artistique du monde entier. C’est ainsi que dans sa propre ville, Zweig vivait tout  coup au centre de l’Europe, au milieu d’un destin comblé. Ainsi, les années passaient et Zweig continuait à travailler, à voyager, jusqu’au matin de Novembre 1931, où il arrivait à ses 50 ans. Le cinquantième anniversaire de l’auteur fut ainsi inscrit dans les journaux Européens, l’auteur ayant grandit depuis …

Les 60 ans du Traité de Rome

Le 25 mars 1957, l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas signent à Rome deux traités : le premier crée la Communauté économique européenne (CEE) ; le second crée la Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA ou Euratom). Ces deux traités sont entrés en vigueur le 14 janvier 1958. Les nouvelles Communautés sont alors apparues comme un facteur de renforcement économique pour les Etats membres. 

La CEE a pour mission, par l’établissement d’un marché commun et le rapprochement progressif des politiques économiques des États membres, de promouvoir un développement harmonieux des activités économiques dans l’ensemble de la Communauté, une expansion continue et équilibrée, une stabilité accrue, un relèvement accéléré du niveau de vie, et des relations plus étroites entre les États qu’elle réunit.

Prenant pour base le traité CECA de 1951, le traité de Rome élargit le champ de la coopération supranationale et relance ainsi la construction européenne, ralentie par l’échec, en 1954, du projet politique de Communauté européenne de défense (CED). Le domaine économique, moins sujet aux résistances nationales, apparaît comme un champ consensuel de coopération.

La Communauté Euratom est d’une nature différente. Il ne s’agit pas de mettre en commun des activités économiques déjà existantes, mais de contribuer à la formation et à la croissance d’une industrie nucléaire européenne. Cette Communauté existe toujours.

La Communauté économique européenne

Dans le préambule du traité, les Etats membres déclarent :

  • “[être] déterminés à établir les fondements d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens
  • [être] décidés à assurer par une action commune le progrès économique et social de leurs pays en éliminant les barrières qui divisent l’Europe ;
  • avoir pour but essentiel l’amélioration constante des conditions de vie et d’emploi de leurs peuples ;
  • reconnaître que l’élimination des obstacles existants appelle une action concertée en vue de garantir la stabilité dans l’expansion, l’équilibre dans les échanges et la loyauté dans la concurrence
  • [être] soucieux de renforcer l’unité de leurs économies et d’en assurer le développement harmonieux, en réduisant l’écart entre les différentes régions et le retard des moins favorisées
  • [être] désireux de contribuer, grâce à une politique commerciale commune, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux
  • vouloir confirmer la solidarité qui lie l’Europe et les pays d’outre-mer, et assurer le développement de leur prospérité, conformément aux principes de la Charte des Nations Unies
  • [être] résolus à affermir, par la constitution de cet ensemble de ressources, les sauvegardes de la paix et la liberté, et appel[er] les autres peuples d’Europe qui partagent leur idéal à s’associer à leur effort”

La libre circulation et les politiques communes

Le marché commun implique une union douanière entre les Etats membres, c’est-à-dire l’élimination des droits de douane et des contingents pour les marchandises qu’ils échangent, ainsi que l’établissement d’une politique commerciale et d’un tarif douanier communs à l’égard des Etats tiers. Une période de transition de 12 ans est alors prévue.

Le marché étant fondé sur le principe de la libre concurrence, le traité interdit les ententes entre entreprises, ainsi que les aides d’Etat (à l’exception de celles à caractère social). Outre la libre circulation des marchandises, le Marché unique prévoit également “l’abolition, entre les Etats membres, des obstacles à la libre circulation des personnes, des services et des capitaux”.

Son fonctionnement rend nécessaire le rapprochement des législations nationales et l’élaboration de politiques communes. Le traité prévoit l’instauration de politiques communes non seulement dans le domaine du commerce et de la concurrence, mais dans ceux du transport et de l’agriculture également.

Les départements (DOM) et territoires d’outre-mer (PTOM) sont associés au marché commun dans le but d’accroître les échanges et de poursuivre en commun l’effort de développement économique et social.

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Emission "Le Dessous des Cartes" de Septembre 2015

L’Europe en Danger ?

Un système institutionnel nouveau

Les institutions de la CEE

Au nombre de cinq, ces institutions subsistent encore aujourd’hui :

– la Commission européenne
– le Conseil des ministres
– le Parlement européen
– la Cour de Justice
– le Conseil économique et social

La CEE et la Communauté Euratom sont moins ouvertement supranationales que la CECA. Elles sont ainsi perçues comme moins menaçantes pour le respect des souverainetés nationales. Le traité de Rome met ainsi en place des institutions et des mécanismes décisionnels permettant l’expression à la fois des intérêts nationaux et d’une vision communautaire.

Un exécutif indépendant des gouvernements nationaux est créé : la Commission européenne, qui a un droit d’initiative exclusif.

A la différence de ce que prévoit le traité CECA, l’essentiel des compétences décisionnelles est détenu par le Conseil des ministres, composé de représentants des gouvernements. Il s’agit d’un organe intergouvernemental qui statue soit à la majorité qualifiée soit à l’unanimité.

En 1965, avec le traité de Fusion, le Conseil et la Commission deviennent des institutions communes aux trois Communautés (CECA, CEE, Euratom). Le Parlement européen n’a à l’origine qu’un pouvoir consultatif et ce n’est qu’en 1976 qu’est décidée son élection au suffrage universel direct, dont la première aura lieu en 1979.

La Cour de Justice, instituée dès 1952, assure le respect du droit communautaire dans l’application et l’interprétation des traités.

Un Conseil économique et social est fondé sur le modèle français pour donner un avis consultatif sur les projets qui lui sont soumis.

Le traité prévoit la création du FSE, Fonds social européen, en vue d’améliorer les possibilités d’emploi des travailleurs et de contribuer au relèvement de leur niveau de vie ; et de la BEI, Banque européenne d’investissement, destinée à faciliter l’expansion économique de la Communauté par la création de ressources nouvelles.

L’application du traité et ses modifications

Les effets du démantèlement douanier et de la suppression des restrictions quantitatives des échanges pendant la période de transition (1958-1970) sont spectaculaires : le commerce intracommunautaire est multiplié par 6, tandis que les échanges de la CEE avec les pays tiers sont multipliés par 3. Le PNB moyen progresse de 70%. Mais des obstacles sous forme de réglementations diverses continuent à peser sur la libre circulation.

La signature de l’Acte Unique européen, en 1986, fixe l’achèvement du marché intérieur au 1er janvier 1993.

Avec le traité de Maastricht signé en 1992, l’Union européenne est créée : la coopération européenne est renforcée dans de nouveaux domaines politiques et la décision est prise d’adopter une monnaie unique.

Le traité d’Amsterdam (1999) et letraité de Nice (2001) vont ensuite prolonger l’évolution de l’Union et chercher à adapter son système institutionnel en perspective des élargissements à venir.

Après le rejet du traité établissant une constitution pour l’Europe (TECE) en 2005, le traité de Lisbonne (2009) adapte en profondeur les règles des anciens traités pour permettre une meilleure coordination à 27 Etats membres.

La reconstruction européenne (4/6)

C L’Info vous propose une série de six épisodes, répartis sur six semaines autour de l’oeuvre de Stefan Zweig Le Monde d’Hier. Écrivain, dramaturge, biographe, Stefan Zweig, né en 1881 à Vienne, aura vu glisser sa ville et sa vie de l’élévation spirituelle et culturelle la plus haute à la décadence morale et à l’échec. Zweig fuit le nazisme et s’exile à Londres dès 1934, puis au Brésil en 1941. Il commence alors la rédaction du “Monde d’Hier, souvenirs d’un Européen”, livre nostalgique, mais d’une nostalgie active, c’est un “cri de papier”. Livre-Testament d’un monde qui n’est plus, celui de la sécurité et du “Progrès” ; Livre-Témoignage sidéré d’un européen face à ce qu’il appelle “l’échec de la civilisation”. En 1942, Stefan Zweig se suicide, précisément au lendemain d’avoir posté le manuscrit du “Monde d’hier” à son éditeur. “Le Monde d’Hier” sera publié en 1944.

1917 … Que s’était il passé ? Rien, sinon que la guerre durait déjà depuis deux ans et demi. Le temps avait fait son oeuvre de cruel dégrisement, après la terrible saignée des champs de bataille. Les hommes regardaient le visage de la guerre avec des yeux plus froid et plus durs que dans les premiers mois d’enthousiasme, et le sentiment de solidarité commençait à se relâcher. Une méfiance exaspérée commença peu à peu à s’emparer de la population, à l’égard des généraux, officiers, communiqués de gouvernement … En pleine guerre, Zweig repartit faire son tour d’Europe en commençant par la Suisse, où il rencontra un groupe d’étrangers rassemblés autour de journaux indépendants, avec lequel il collabora, ce qui lui permit de discuter autour de la guerre d’une nouvelle manière. En 1918, de Genève, l’auteur rentra chez lui, en Autriche, après la défaite des armées allemandes et autrichiennes, dans une Autriche qui, sur la carte de l’Europe n’était plus qu’une “lueur crépusculaire”, une ombre grise incertaine. Les frontières étaient encore indéterminées, car le congrès de paix avait à peine commencé. “Pour la première fois dans l’histoire, se produisit ce fait paradoxal qu’on contraignit un pays à une indépendance qu’il déclinait lui-même avec acharnement” écrit Zweig, tandis que l’Autriche souhaitait être unie aux côtés des états européens.

Le retour en Autriche pour Zweig fut vécu comme une épreuve, tout d’abord parce qu’il fallait se réhabituer à un climat, mais surtout car les frontières étaient clôturées et que l’entrée n’y  pas facilitée. Ce passage de la frontière Autrichienne fut ainsi ressenti comme un moment historique, un bouleversement, pour un changement de tradition fort. L’homme choisit de s’installer dans une maison trouvée pendant la guerre, à Salzbourg, dans les hauteurs. Chaque descente en ville était alors un évènement bouleversant, car pour la première fois, Zweig s’inquiéta d’une famine dans la ville. Il sentit ainsi la pauvreté de l’après-guerre, la manière dont les hommes se tenaient, les différentes rues pillées … Sur la politique intérieure de son pays, l’Autriche, Zweig ne parvient plus à se rappeler la manière dont l’état à  gouverné après-guerre, mais se souvient simplement que les hommes dépensaient quotidiennement pour vivre tant bien que mal. Cependant, l’auteur nous expliquera par la suite que la pauvre et malheureuse Autriche à pu se conserver avec la république des conseils communistes. Plus tard dans le récit, Zweig écrivit que le monde qui l’entourait revenait peu  peu à ordre, que le temps était passé, pour un auteur qui, au milieu de sa vie peut continuer à s’affirmer librement …

Après trois paisibles années de reconstruction passées à Salzbourg, l’envie du voyage, d’expérimentation nouvelle réapparu chez l’auteur. L’Italie fut le premier pays d’après guerre visité par Zweig. Vérone, Milan, Florence, Venise, il parcouru le pays au travers des artistes, penseurs et intellectuels de l’époque. Cette première “escale” fut pour l’auteur le premier avertissement que l’Europe était pleine de dangereux courants. Excité de nouveau par le goût du voyage, il se rendit à Berlin, devenu le “Babylone du monde”, empli de bars, parc d’attractions, les Allemand mettant dans la perversion toute leur véhémence et tout leur esprit de système. A Berlin, chacun voulait pouvoir raconter ses aventures, et plus elles étaient exotiques, plus elles étaient prisées, histoires plus pathétiques les unes des autres car toutes fausses. Ainsi, en 1924, le monde semblait vouloir se reconstruire. Paris, Vienne, Berlin, New York, Rome, les villes des vainqueurs comme des vaincus se faisaient plus belles que jamais, l’avion rendait les communications plus rapides, les prescriptions relatives aux passeports s’adoucissaient et les fluctuations monétaires avaient cessés. “On pouvait même de nouveau rêver et  une Europe unie”.

En Europe, une entreprise peut bannir sous conditions le port de signes religieux

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a estimé mardi que le règlement interne d’une entreprise pouvait sous certaines conditions prévoir l’interdiction du port visible de signes religieux ou politiques, comme le foulard islamique.

Une telle interdiction “ne constitue pas une discrimination directe”, explique la Cour, mais elle doit être justifiée par la poursuite d'”un objectif légitime”, par exemple une politique affichée de neutralité vis-à-vis des clients.

Elle se prononçait sur deux dossiers, en Belgique et en France, de femmes musulmanes estimant avoir été discriminées au travail, en l’occurrence licenciées, car elles portaient le voile.

La Cour basée au Luxembourg a harmonisé son argumentaire juridique mais publié deux arrêts distincts. Dans le cas français, l’absence a priori de règlement interne dans l’entreprise rend les circonstances particulières.

Il appartiendra in fine aux plus hauts juges français et belges, qui demandaient à la Cour son interprétation du droit, de trancher légalement ces litiges.

Le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) a jugé les avis “en demi-teinte”, tandis qu’en Belgique l’Unia, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances, s’est félicité d’un arrêt qui “apporte de la clarté juridique”.

“La législation antidiscrimination se prêtait à des interprétations différentes, ce qui a donné lieu à une jurisprudence très divergente, reflétant diverses sensibilités à l’égard de la place de la religion dans la société”, note le directeur d’Unia Philippe Charlier.

Amnesty International a déploré de son côté une décision qui “donne plus de marge aux employeurs pour discriminer des femmes – et des hommes – sur la base de leur croyance religieuse”.

La question du port du foulard islamique reste complexe dans l’UE, où les opinions et les pratiques sont très variées. En France comme en Belgique, deux Etats historiquement attachés aux principes de laïcité et de neutralité, les signes religieux visibles sont bannis pour les travailleurs du secteur public.

Contact avec les clients

La justice se devait de prendre en compte deux libertés potentiellement en conflit : celle d’adhérer à une religion et de le manifester, et celle de la liberté d’entreprise.

L’entrée de la Cour de justice de l’Union européenne, le 5 octobre 2015 à Luxembourg

Dans l’affaire belge, les juges concluent que “l’interdiction de porter un foulard islamique, qui découle d’une règle interne d’une entreprise privée interdisant le port visible de tout signe politique, philosophique ou religieux sur le lieu de travail, ne constitue pas une discrimination directe fondée sur la religion ou sur les convictions”.

Dans ce dossier, l’employée, Samira Achbita, ne portait pas le foulard au moment de son embauche en Belgique comme réceptionniste en 2003 par le groupe G4S, qui fournit des services de surveillance et de sécurité, mais a fait part de son souhait de le porter trois ans plus tard.

Or une règle interne, orale dans un premier temps puis mise par écrit par l’entreprise, interdit le port de signes politiques, philosophiques ou religieux. Samira Achbita avait été renvoyée en 2006.

La Cour ajoute toutefois un certain nombre de conditions pour dédouaner l’entreprise, détaillant la situation de discrimination “indirecte”.

L’obligation de neutralité ne doit pas entraîner de “désavantage” pour des personnes adhérant à une religion ou à des convictions et doit être justifiée par un “objectif légitime”, au travers de moyens “appropriés et nécessaires”.

Principales tenues islamiques

Les juges de Luxembourg demandent à la justice belge de vérifier si le règlement de G4S s’appliquait de manière indifférenciée, s’il visait uniquement le personnel en contact avec les clients, ou encore s’il était possible de proposer un autre poste, sans contact avec les clients, à Mme Achbita.

Dans le deuxième dossier, transmis par la haute autorité judiciaire française, la CJUE estime qu’en l’absence de règle interne en matière de neutralité, comme cela semble être le cas, l’entreprise ne peut justifier le licenciement.

Une ingénieure d’étude employée par la société française Micropole portait le foulard au moment de son embauche en 2008. A l’issue d’un rendez-vous, un client s’était plaint et avait exigé qu’elle ne le porte plus lors de leurs rencontres. La société avait transmis la requête à son employée, que celle-ci avait refusée avant d’être licenciée en juin 2009.

La décision finale revient là encore aux autorités nationales, en l’occurrence la cour de Cassation française.

Royaume-Uni: May garde le suspense sur la date du déclenchement du Brexit

La Première ministre britannique a annoncé mardi qu’elle allait déclencher le Brexit d’ici quelques jours mais a refusé de dévoiler la date de lancement du processus, chamboulé par la demande écossaise d’un référendum d’indépendance.

Alors que le feu vert donné lundi par le Parlement présageait un déclenchement du divorce dès cette semaine, Theresa May a expliqué mardi devant les députés qu’elle attendait désormais l’assentiment de la reine, une formalité qui devrait intervenir selon elle “dans les prochains jours”.

“Je reviendrai devant cette chambre avant la fin du mois pour notifier ma décision une fois que j’aurai déclenché formellement l’article 50” du traité de Lisbonne, qui lancera officiellement la procédure, a-t-elle dit. Elle s’est refusée à utiliser le terme de divorce “souvent synonyme de mauvaises relations après coup”, a-t-elle expliqué.

A Bruxelles, le porte-parole de la Commission européenne Alexander Winterstein a déclaré ne pas savoir quand “la lettre va arriver. Mais ce que je sais c’est que nous sommes prêts”. Reste à savoir si ce sera avant ou après la date hautement symbolique du 25 mars, anniversaire du traité de Rome qui a fondé la Communauté européenne.

Devant les députés, Mme May a affirmé que “la nouvelle relation (avec l’UE) sera positive pour tout le Royaume-Uni”, à l’intention en particulier des bancs du parti indépendantiste écossais SNP.

Londres et l’UE: de complexes relations

La chef du SNP, la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, a annoncé lundi qu’elle allait demander la tenue d’un nouveau référendum d’indépendance fin 2018-début 2019, venant compliquer la stratégie de négociations de Mme May.

Mme Sturgeon a précisé qu’elle demanderait la semaine prochaine au Parlement régional écossais l’autorisation de réclamer l’accord du gouvernement britannique pour lancer la procédure. Une telle consultation requiert en effet l’accord de Londres et un vote du parlement de Westminster.

Mardi, elle a mis en garde Londres contre toute tentative de blocage, affirmant aussi que c’est au Parlement écossais qu’il appartient de déterminer “quand” la consultation aurait lieu et quelle question serait posée aux Écossais.

Manifestation pour le maintien du statut de citoyen européen, le 13 mars 2017 à Londres

Le Sinn Fein aussi

Mme Sturgeon a justifié sa demande par “le mur d’intransigeance” opposé par Londres aux demandes des Écossais concernant le Brexit, alors qu’ils veulent notamment rester dans le marché unique européen. Or Mme May souhaite un Brexit clair et net impliquant la sortie du marché unique afin de pouvoir reprendre le contrôle de ses frontières et de l’immigration.

“Il est évident que le Royaume-Uni est de plus en plus divisé”, a souligné mardi le chef du PPE (droite, majoritaire) au Parlement européen, Manfred Weber. “Mme May n’a pas su rallier l’ensemble du pays derrière elle”, a-t-il relevé, évoquant aussi la question de l’Irlande du Nord, où la population a également voté contre le Brexit.

Theresa May a elle une nouvelle fois dénoncé un projet qui “crée de l’incertitude au moment où le pays doit s’unir”. “L’indépendance ne signifiera pas l’adhésion à l’Union européenne“, a-t-elle mis en garde.

Si elle a le pouvoir de refuser la tenue du référendum, cette position serait politiquement difficile à tenir, risquant d’attiser encore plus la flamme indépendantiste.

Mme Sturgeon a justifié sa demande par “le mur d’intransigeance” opposé par Londres aux demandes des Écossais concernant le Brexit, alors qu’ils veulent notamment rester dans le marché unique européen. Or Mme May souhaite un Brexit clair et net impliquant la sortie du marché unique afin de pouvoir reprendre le contrôle de ses frontières et de l’immigration.

“Il est évident que le Royaume-Uni est de plus en plus divisé”, a souligné mardi le chef du PPE (droite, majoritaire) au Parlement européen, Manfred Weber. “Mme May n’a pas su rallier l’ensemble du pays derrière elle”, a-t-il relevé, évoquant aussi la question de l’Irlande du Nord, où la population a également voté contre le Brexit.

Dans cette province britannique longtemps marquée par les violences, les nationalistes du Sinn Fein ont enregistré une progression importante aux élections législatives anticipées organisées début mars. Emboîtant le pas à Nicola Sturgeon, ils ont appelé à la tenue d’un référendum d’union avec la République d’Irlande “dès que possible”.

Pour Quentin Peel, membre associé au centre de réflexion Chatham House, le pays est désormais entré “en terre inconnue”. “Nous ne savons pas où nous allons, si la menace écossaise combinée avec la possible menace d’une rébellion en Irlande du Nord peut au final empêcher Theresa May de faire ce qu’elle fait”, s’alarme-t-il.

Le précédent référendum sur l’indépendance en Écosse, en septembre 2014, s’était soldé par un maintien dans le Royaume avec 55% des voix, mais le Brexit a changé la donne, avec près de la moitié des Écossais (48%) désormais favorables à la séparation, selon un sondage publié lundi.

La crise diplomatique entre la Turquie et l’Europe en 5 questions

Meetings pro-Erdogan annulés en Europe, accusations turques de “nazisme” et menaces de représailles : voici un point sur la crise diplomatique opposant Ankara et plusieurs capitales européennes, qui n’ont pas toutes la même approche.

Que font les ministres turcs en Europe ?

Les Turcs sont appelés à voter sur une réforme constitutionnelle censée élargir les pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan et ses ministres se sont lancés dans une tournée européenne pour mobiliser la diaspora.

Après l’interdiction de plusieurs de meetings en Europe, cette thématique est devenue un point central de la campagne électorale.

“Erdogan se cherche des ennemis étrangers imaginaires pour courtiser sa base nationaliste à l’approche du référendum. C’est aussi simple que cela”, résume pour l’AFP Soner Cagaptay, analyste spécialiste de la Turquie au Washington Institute.

Le président turc surfe aussi, selon des analystes, sur le ressentiment d’une partie de sa population, notamment compte tenu de la paralysie des négociations d’adhésion à l’UE de la Turquie.

Pourquoi la crise a-t-elle commencé en Allemagne ?

Avec trois millions de représentants, la plus grosse diaspora turque au monde vit en Allemagne. Quelque 1,4 millions d’entre eux peuvent voter au référendum du 16 avril, une manne non négligeable et a priori plutôt pro-Erdogan.

Le gouvernement allemand s’est dit étranger à l’annulation de quatre meetings de campagne de ministres début mars, soulignant que les autorités municipales étaient compétentes et que celles-ci invoquaient des problèmes logistiques ou de sécurité.

Mais en parallèle, Berlin a dit craindre qu’Ankara exporte les conflits politiques entre Turcs et Kurdes mais aussi entre pro et anti-Erdogan.

Les deux pays ont donc croisé le fer, M. Erdogan accusant Berlin de soutenir le camp du “non” par des méthodes “nazies”.

La tension est finalement retombée après que la Turquie eut fourni une liste des meetings prévus jusqu’au vote du 16 avril.

La relation germano-turque reste cependant difficile, Berlin ayant notamment vivement dénoncé l’incarcération d’un journaliste germano-turc en février et d’une manière générale les purges en Turquie depuis la tentative de coup d’Etat de juillet dernier.

Comment les Pays-Bas se sont-ils retrouvés en 1ère ligne ?

Des manifestants turcs accusent les Pays-Bas de fascisme, devant le consulat néerlandais à Istanbul, le 12 mars 2017

La crise entre La Haye et Ankara intervient juste avant des législatives cruciales du 15 mars aux Pays-Bas, et à l’issue d’une campagne où l’islam et l’immigration ont été mis au coeur des débats par l’un des favoris, le candidat de l’extrême droite Geert Wilders.

Le 5 mars, celui-ci martèle que s’il était Premier ministre il empêcherait toute campagne référendaire turque.

Six jours plus tard, La Haye empêche la venue du chef de la diplomatie turque et refoule la ministre de la famille. Des affrontements entre policiers et manifestants pro-Erdogan éclatent.

Le vice-Premier ministre néerlandais Lodewijk Asscher assure qu’une “ligne rouge” a été tracée et dénonce les “intimidations” visant la population d’origine turque au même titre que les opposants politiques à Erdogan en Turquie depuis la tentative de putsch.

Pour le spécialiste de la Turquie Soner Cagaptay, La Haye “est tombé dans le piège” tendu par M. Erdogan pour galvaniser ses électeurs.

Pourquoi la France n’a-t-elle pas interdit un meeting ?

Dimanche le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a pu s’exprimer à Metz (est) devant un millier de membres de la communauté turque.

Le ministère français des Affaires étrangres a indiqué qu'”en l’absence de menace avérée à l’ordre public, il n’y avait pas de raison d’interdire cette réunion”, une décision dénoncée par la droite et l’extrême droite.

Et quid de l’UE ?

La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a souligné que c’est aux Etats de décider d’autoriser ou non des manifestations politiques turques. Berlin est sur cette même ligne, tandis que Vienne appelle à une interdiction générale dans l’UE.

Pour Didier Billon, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), “le fond du problème c’est que les Européens doivent remettre à plat le dossier de la relation avec la Turquie”, un partenaire dans l’Otan et dans la lutte contre l’immigration clandestine mais dont l’évolution sur les principes démocratiques inquiète.

“Aujourd’hui, c’est le bal des hypocrites. On prétend que les négociations d’adhésion existent encore, mais c’est faux. (…) Il n’y a rien de pire que la situation actuelle. Elle laisse le populisme d’Erdogan s’exprimer”, dit-il.

Les premiers jours de la guerre
 (3/6)

C L’Info vous propose une série de six épisodes, répartis sur six semaines autour de l’oeuvre de Stefan Zweig Le Monde d’Hier. Écrivain, dramaturge, biographe, Stefan Zweig, né en 1881 à Vienne, aura vu glisser sa ville et sa vie de l’élévation spirituelle et culturelle la plus haute à la décadence morale et à l’échec. Zweig fuit le nazisme et s’exile à Londres dès 1934, puis au Brésil en 1941. Il commence alors la rédaction du “Monde d’Hier, souvenirs d’un Européen”, livre nostalgique, mais d’une nostalgie active, c’est un “cri de papier”. Livre-Testament d’un monde qui n’est plus, celui de la sécurité et du “Progrès” ; Livre-Témoignage sidéré d’un européen face à ce qu’il appelle “l’échec de la civilisation”. En 1942, Stefan Zweig se suicide, précisément au lendemain d’avoir posté le manuscrit du “Monde d’hier” à son éditeur. “Le Monde d’Hier” sera publié en 1944.

L’été 1914 fut inoubliable pour l’auteur, qui  vécu dans le luxe estival, dans un ciel rempli de bleu de soie … En pleine contradiction avec ce qui se produira par la suite. Zweig raconte ainsi que la le 29 Juin, date du début des combats, il fut interrompu dans sa lecture lorsque la musique se tut. “Les nouvelles les plus graves s’accumulaient et se faisait et de plus en plus menaçantes”, telle est décrit ce début de guerre  la mi-août. L’auteur ne se rendit, au départ pas compte de l’horreur qu’il allait subvenir dans les semaines suivantes, tout comme le reste de la population, tout le monde s’attendant  de courts combats furtifs. Dès lors que Zweig appris la déclaration de guerre de l’Autriche à la Serbie, il prit le dernier train pour se réfugier en Allemagne, et surtout obtenir de nouveaux renseignements sur cette guerre qui s’annonçait comme “paisible”. Peu de temps après, Zweig poursuivi sa route vers l’Autriche pour suivre la guerre que “personne n’avait voulue”. Peu à peu, cette guerre commençait à être redoutée par la population et par l’auteur lui-même, ne souhaitant pas voir sa vie effacée ou même oubliée. “Au cours de ces premières années de la guerre de 1914, il devient impossible d’échanger avec quiconque une parole raisonnable”, l’auteur expliquant les plus pacifiques étaient en virés par les vapeurs de sang, n’amenant aucun débat et se terminant uniquement par de grossières accusations. Il ne restait, pour lui, qu’une seule chose  faire,  se replier sur soi même et se taire aussi longtemps que dureraient la fièvre et le délire des autres, avant que Zweig déménage pour se réinstaller dans une banlieue, afin de commencer une nouvelle guerre, qu’il nommera “guerre personnelle”. Cette guerre personnelle se traduisit par de nombreux écrits, envoyés dans des journaux, ou des lettres personnelles attribuées à l’ensemble de ses connaissances. Ainsi, il fut lu dans des journaux allemands et autrichiens, et communiqua avec les plus grands auteurs, la première guère mondiale conservant ainsi la parole libre, contrairement  la seconde. Cette liberté de parole fut pour lui une grande fierté, l’auteur recueillant un champ d’influence étendu.