Les catholiques et la présidentielle: entre séduction, déception et tentation

« Déception Fillon, tentation Le Pen, séduction Macron »: un prêtre du diocèse de Rennes résume ainsi le dur dilemme auquel est confronté avant la présidentielle l’électorat catholique divisé sur son candidat phare François Fillon, les débats sociétaux et l’accueil des migrants exigé par le pape François.

Pour les catholiques, qui penchent majoritairement à droite, cette campagne brouille les cartes. En décembre à Rennes, ils avaient voté massivement à la primaire pour un candidat réputé pour sa droiture et son honnêteté. Ils sont souvent échaudés, amers. Les « cathos de gauche » sont eux aussi perplexes face aux divisions du camp socialiste. A la messe à la paroisse Saint-Augustin où beaucoup se retrouvent, l’appel à refuser le vote Le Pen et toute xénophobie est ferme. Mais les autres candidats ne séduisent pas pour autant le diacre de la paroisse, Paul Bosse-Platière: « Mélenchon? on ne va pas faire du Chavez en France ! Hamon est trop irréaliste ! Macron on ne le sent pas ! Fillon c’est donner aux riches ».

Dans une autre paroisse, Germain Bertrand, qui se situe à gauche, milite pour les migrants et fait partie en même temps des Veilleurs, mouvement actif dans la Manif pour tous, s’inquiète: « J’ai vu craquer les barrages face à Le Pen, j’ai vu se fendre les résistances ». Alain Mignot, professeur de math à la retraite, engagé au Secours catholique dans l’aide aux migrants, confirme: « Le Pen tient un discours de plus en plus social. J’en connais, ils le disent en petit comité, qui vont voter le Pen, ça ne leur pose pas de problèmes ». Un catholique engagé à la Manif pour tous, qui a requis l’anonymat, avait voté Jean-Frédéric Poisson à la primaire et voit en Fillon « un imposteur ». Il ne sait pas encore pour qui voter.

On ne peut être franc-mac et chrétien

« On espérait de nouvelles têtes, mais, après le meeting du Trocadéro, ils sont revenus, les François Baroin, les Luc Chatel, ce même Chatel qui a introduit la théorie du genre à l’école », dit-il. « On ne peut être franc-mac et chrétien! »

Beaucoup de catholiques, selon lui, vont voter pour Fillon malgré leur déception: « Fillon, c’est le meilleur programme économique, le seul à avoir potentiellement la capacité d’avoir une chambre des députés avec lui ». Et, ses ennuis judiciaires, « ça finit par se retourner en sa faveur, à cause de l’acharnement » des médias, qui leur donne l’impression d’être impulsé par le pouvoir socialiste.

Et l’inconnue Emmanuel Macron ? Antoine Cressard, catholique pratiquant, juppéiste, conseiller municipal du groupe « Alternance 2020 » à Rennes, qui rejette les extrêmes, estime que le report des voix sur le candidat d’En Marche! sera faible: « La base du programme de la droite, aussi défendue par Alain Juppé, est la seule qui peut rétablir la situation du pays. Ceux qui ont soutenu Fillon, je ne pense pas qu’ils iront chez Macron au premier tour. Ils ne veulent plus du hollandisme. Macron est vu comme l’héritier du hollandisme ».

« Ceux qui sont déçus de Fillon pourraient s’abstenir », juge-t-il.

Écologie intégrale

Camille Rodriguez, étudiante à Sciences-Po, est séduite par le candidat de 39 ans et son désir de surmonter le clivage droite-gauche: « Macron défend la valeur travail, sans restrictions budgétaires à outrance ». Que les catholiques aient des priorités différentes, le social d’abord, ou bien la famille et la vie, c’est bien normal, mais pas le « renvoi des étrangers » préconisé par Marine Le Pen, inacceptable pour un catholique, juge-t-elle.

Elle renvoie dos à dos François Fillon et Benoît Hamon: « l’un veut rayer de la carte l’acquis en matière de sécurité sociale », l’autre veut « détruire la valeur travail, au cœur des valeurs catholiques » avec son revenu universel.

Pour un curé des environs de Rennes, le critère de jugement du catholique doit être « l’écologie intégrale, au centre duquel est l’être humain, prônée par le pape François ». Pas question donc selon lui de voter pour Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon qui veulent inscrire l’euthanasie et l’avortement dans la Constitution.

« On assiste, fait-il valoir, à une dérégulation non seulement économique mais aussi sociétale et morale » que les catholiques ne devraient pas accepter.

La Chine abaisse son objectif de croissance

La Chine a abaissé dimanche son objectif de croissance économique pour 2017, prenant acte de l’envolée de sa dette et d’une conjoncture mondiale morose, mais le régime communiste entend se donner les moyens de stabiliser l’activité avant un remaniement politique crucial à l’automne.

Pékin révise ses ambitions, après avoir visé en 2016 une croissance « entre 6,5% et 7% ». Le PIB de la deuxième économie mondiale avait finalement progressé de 6,7%, sa pire performance depuis 26 ans.

En ouvrant la grand-messe annuelle de la chambre d’enregistrement du régime, sous les ors du Palais du peuple, M. Li a joué les équilibristes, alternant l’énumération de « graves difficultés » et celle des réformes économiques.

La Chine a abaissé dimanche son objectif de croissance économique pour 2017, prenant acte de l’envolée de sa dette et d’une conjoncture mondiale morose, mais le régime communiste entend se donner les moyens de stabiliser l’activité avant un remaniement politique crucial à l’automne.

« On attend une croissance d’environ 6,5%, même si nous nous efforcerons de faire mieux », a déclaré le Premier ministre Li Keqiang devant les près de 3.000 membres du Parlement chinois (ANP).

Pékin révise ses ambitions, après avoir visé en 2016 une croissance « entre 6,5% et 7% ». Le PIB de la deuxième économie mondiale avait finalement progressé de 6,7%, sa pire performance depuis 26 ans.

En ouvrant la grand-messe annuelle de la chambre d’enregistrement du régime, sous les ors du Palais du peuple, M. Li a joué les équilibristes, alternant l’énumération de « graves difficultés » et celle des réformes économiques.

De fait, Pékin est sur la corde raide: prônant un douloureux rééquilibrage vers les services et la consommation intérieure, mais également soucieux de préserver la stabilité sociale et l’emploi.

Quitte pour ce faire à maintenir à flot des groupes étatiques structurellement déficitaires et à gonfler les dépenses publiques dans de colossaux chantiers d’infrastructures.

Ouverture de la session annuelle du Parlement chinois au Palais du Peuple, le 5 mars 2017 à Pékin

Li Keqiang a certes déploré le « marasme de l’économie mondiale » et reconnu les épées de Damoclès suspendues au dessus du système financier chinois: une dette dépassant 270% du PIB, l’envol des créances douteuses des entreprises, l’essor d’une « finance de l’ombre » non-régulée.

Ciel bleu

En abaissant considérablement le coût du crédit depuis 2014, Pékin voulait doper l’activité mais ces énormes liquidités ont surtout alimenté la spéculation et une énorme bulle dans l’immobilier, que les autorités s’efforcent désormais de dégonfler –comme l’a admis M. Li.

Le Premier ministre Li Keqiang fait une déclaration à l’ouverture de la session annuelle du Parlement chinois au Palais du Peuple, le 5 mars 2017 à Pékin

Cependant, le Premier ministre s’est empressé de rassurer: « Les fondamentaux économiques sont robustes. Nous avons les capacités de maîtriser les risques systémiques », a-t-il martelé, rappelant que le désendettement des entreprises, particulièrement les groupes d’Etat, était « une priorité ».

Les banques –qui ferment leurs portes aux firmes privées pour privilégier les groupes publics et les placements spéculatifs– doivent « se concentrer » sur le financement de « l’économie réelle », a tonné M. Li.

Avant de retrouver ses accents réformistes de 2013: les « pouvoirs discrétionnaires » de l’Etat seront réduits pour « offrir au marché des marges de manœuvre accrues », a-t-il affirmé, promettant des simplifications administratives et « un environnement fiscal transparent et plus équitable ».

De fait, l’abaissement de l’objectif de croissance « laisse de l’espace pour poursuivre les réformes structurelles », celles qui visent les mastodontes mal gérés et les « zombies » du secteur étatique, a indiqué à l’AFP Wendy Chen, économiste de Nomura.

De quoi pouvoir, également, continuer de sabrer les colossales surcapacités de production dans la sidérurgie et le charbon, note-t-elle.

Le pays réduira de 150 millions de tonnes les capacités annuelles du secteur du charbon (une baisse de 800 millions est visée d’ici 2020), a assuré M. Li, se faisant fort de « mener une guerre sans merci » pour rendre à la Chine « un ciel bleu ».

Le charbon assure toujours quelque 60% de l’électricité chinoise, alimentant la pollution qui embrume les métropoles du pays.

Consolider son pouvoir-

En revanche, Pékin n’entend aucunement retirer ses « béquilles » très dirigistes à l’économie, quitte à laisser filer son déficit: il investira cette année 355 milliards d’euros dans des projets ferroviaires, d’autoroutes et voies fluviales.

Le président Xi Jinping paraît tenté de s’en remettre aux recettes traditionnelles pour maintenir l’économie à un niveau acceptable, tout en s’attachant à mieux encadrer les dérives du secteur financier, à travers une chasse très médiatisée aux « crocodiles » de la Bourse.

Objectif: préserver la stabilité, avant le remplacement attendu à l’automne d’une majorité des sept membres du Comité permanent du bureau politique du Parti communiste, l’organe tout puissant du régime.

« Li Keqiang donnait l’impression de vouloir préparer les esprits » à l’éclatement d’une crise financière, observe le politologue Jean-Pierre Cabestan, de l’Université baptiste de Hong Kong. « Mais les risques économiques n’empêcheront pas Xi de consolider son pouvoir et de placer ses hommes au sommet ».

Mélenchon et le chiffrage de son programme

Ce dimanche, en direct de sa chaîne youtube, Jean-Luc Mélenchon le candidat à la présidentielle de la France insoumise présentait le chiffrage de son programme.

Encore une fois le candidat de l’extrême gauche n’a pas fait comme les autres. Après l’hologramme lors de son meeting du 5 février dernier qui lui avait permis à la fois d’être présent du côté de Paris et du côté de Lyon, il a cette fois utilisé sa chaîne youtube sur laquelle il compte plus de 200 000 abonnés pour réaliser en direct le chiffrage officiel de son programme présidentiel.

Durant ce direct plusieurs thèmes ont été abordés : une séquence sur l’urgence sociale, une sur la relance écologique de l’activité économique, une autre sur le progrès humain et enfin une dernière sur la révolution fiscale. Puis aux alentours de 19 heures, nous avons eu droit à un débat avec différents journalistes venus de quatre médias : BFM Business, Challenges, l’Humanité et le Figaro. Et ainsi après presque 5h30 en live tous les éléments étaient disponibles pour connaitre en profondeur les volontés de Mélenchon pour redresser économiquement le pays.

Augmentation du SMIC de 15%

Aujourd’hui situé à 1 139,81 euros net, le SMIC pourrait donc, avec une telle augmentation (près de 170 euros), passer la barre des 1300 euros. Ainsi autour de cette hausse, il estime qu’un partage équilibré de la part des ménages entre l’épargne et une réinjection au sein de l’économie permettrait une relance de l’activité de cette dernière.

Baisser le taux de chômage

Voilà l’une des grandes mesures de Jean-Luc Mélenchon : abaisser le taux de chômage. Il espère passer de 10% aujourd’hui à 6% en 2022. Cette volonté irait de pair avec une autre promesse, celle d’une croissance de la richesse nationale supérieure à 2% par an dès l’année prochaine.

La jeunesse à tout prix

Une autre volonté forte du candidat de gauche est d’investir pour la jeunesse et surtout les 18-24 ans. En effet, il souhaite proposer un service citoyen de neuf mois, une allocation d’autonomie pendant trois ans ainsi que des contrats jeunes pouvant aller jusqu’à cinq ans. Soit, au total, plus de 21 milliards d’euros d’investissement pour cette tranche de la population.

La Sécurité

En matière de sécurité, thème très présent au sein des programmes des candidats à la présidentielle, son projet est clair puisqu’il désire créer 10 000 postes d’agents (police et de gendarmerie) supplémentaires. Cette mesure qui tourne autour de 355 millions d’euros est calquée autour de différents axes. Il y a d’abord un refus de l’état d’urgence permanent, puis une volonté de remplacer l’opération Sentinelle par un travail de la police et enfin de miser sur la police de proximité. Il propose également la légalisation du cannabis.

Une relance à 100 milliards 

Enfin un dernier gros point de son programme concerne le plan de relance sur les logements sur lequel il s’appuie pour faire la différence. Ainsi sur ce total Mélenchon souhaite en investir 45 dans «l’urgence sociale» soit les logements publics, les places de crèches, les places en maisons de retraite (EHPAD) et l’accessibilité des personnes en situation de handicap. Les recettes espérées sont de l’ordre de 55 milliards de ressources fiscales supplémentaires pour l’Etat au bout de 5 ans.

Ainsi si on ajoute ces dépenses aux 173 milliards d’euros de dépenses publiques diverses, dans des infrastructures ou en dépenses sociales, sous la forme de bourses pour les étudiants notamment, on arrive à un total élevé, mais modeste par rapport à ses concurrents, de 273 milliards d’euros d’investissements au cours du quinquennat.

De quoi convaincre suffisamment les électeurs de voter pour lui le 23 avril prochain ?

Nicolas Baverez – « La France est depuis longtemps l’homme malade de l’Europe »

Nicolas Baverez est invité de C L’Info. Avocat, Historien et Essayiste Français, il est l’auteur de
« Chronique du Déni Français » aux éditions Albin Michel. Son ouvrage est une sélection des édito hebdomadaires du Point et du Figaro.


Vous avez toujours été négatif sur votre système en France comment évolue t-il aujourd’hui selon vous ?
La France, incontestablement continue et accélère même son déclin. Plusieurs éléments doivent être pris en compte. D’abord, l’accélération de la crise économique et sociale. Aujourd’hui, notre pays a décroché, y compris face à la zone euro. La Zone euro ne va pas si mal qu’on le dit : elle a cru de 1,8% l’an dernier, le chomage a diminué de 12,2% à 9,8% en 2 ans, elle dégage un excédent commercial de 250 milliards d’euros, le déficit public est revenu à 1,8% et la dette est stabilisée à 90% du PIB. En revanche, les performances sont bien moindres pour la France. La croissance, comme vous le savez plafonne à 1,1%. 6,6 millions de nos concitoyens sont touchés par le chomage, le déficit commercial continue à représenter plus de 2,2% du PIB et par ailleurs, la dette ressort à 98% du PIB. Ainsi, lorsque nous regardons ces grands indicateurs, on voit très bien que macro-économiquement, la France à raté la reprise des pays dévloppés qui s’est affirmée à partir de 2010. Deuxième réalité à prendre en compte, c’est le fait que, sous le quinquennat de Francois Hollande, se sont passées deux choses nouvelles. La première, c’est que la paix civile est désormais menacée. La France est, depuis janvier 2015 le troisième pays le plus touché par des actes de terrorisme en dehors des zones de guerre avec plus de 230 morts et près de 800 blessés graves. Nous voyons bien que la socéitéé française est maintenant extrêmement fracturée, dans une sorte de guerre civile froide. La deuxième, qui ne relève pas de nous, c’est la dégradation de l’environnement et la montée des risques. D’un coté le djiadisme et les démocratures mais surtout, ce qui est le grand evenement de 2016 c’est la fragilisation du coeur des démocraties avec le Brexit qui fragilise la zone euro, et avec l’éléction de Donald Trump, qui fait que le système mondial, en particulier le camp occidental n’est plus assuré par les États-Unis, qui sont en train d’être embarqués dans une dérive à la fois nationaliste protecionniste et xénophobe. C’est ainsi que nous vivons un moment extrêmement critique dans l’histoire de notre pays. La crise économique et sociale est devenue une crise profondément nationale avec les problèmes de paix civiles, et une crise politique, en témoigne la désintégration du système poltiique lors de la présidentielle, et puis, de l’autre coté, ce qui étaient les cadres qui nous assuraient un peu stabilité, c’est à dire l’Union européenne et l’organisation de l’occident, avec en clé de voute les États-Unis.

Nous vivons un moment extrêmement critique dans l’histoire de notre pays

Dans votre livre, vous n’hésitez pas à décrier le mandat de Francois Hollande que vous qualifiez de « naufrage ». Est ce que l’élection présidentielle de mai 2017 va permettre de faire émerger un chef de l’Etat capable de redresser le pays ? Ces candidats sont-ils ancrés dans le réel ?
Nul ne sait ce qui va arriver ! En France comme dans toutes les démocraties nous savons maintenant que tout es possible. Ce qui est vrai, c’est qu’après le Brexit et l’élection de Trump, l’Europe va affronter une série de scrutins très importants en 2017. N’oublions pas qu’il y a des élection générales aux Pays Bas en Allemagne et très probablement en Italie (depuis que la cour constitutionelle à censuré la réforme du mode de scrutin, notamment le scrutin à deux tours). Dans ces élections, l’enjeu véritable va se faire entre les réformistes et les populistes. En France, nous voyons aujourd’hui que cette élection, d’abord parfaitement écrite comme une revanche de 2012 entre Francois Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen., s’est ensuite apparemment jouée lors du deuxième tour de la primaire à droite. Tout cela était évidemment faux. Nous nous retrouvons maintenant avec cette opposition populiste réformiste, quatre grands blocs qui aujourd’hui sont à peu près à égalité au départ de cette campagne contre toute attente. Un bloc d’extreme gauche, avec Jean-Luc Mélenchon et le Parti socialiste dans sa version Benoit Hamon. Un bloc d’extreme droite avec Marine le Pen, pour les populistes. Et de l’autre coté pour les réformistes, Emmanuel Macron, incarnant désormais la social démocratie, et Francois Fillon qui lui, représente la droite libérale avec un projet de redressement fort, mais un candidat aujourd’hui affaibli.

Quelles sont vos réformes à vous pour redresser le pays ?
Je crois qu’il faut partir de trois paradoxes. Le premier, c’est que la France est depuis longtemps l’homme malade de l’Europe, et du monde développé. Le pays a là, un choix exceptionnel, si elle choisit le réformisme, de donner un coup d’arrêt aux populistes et de changer le regard que l’Europe et le reste du monde pose sur elle. La deuxième chose, c’est que, lorsqu’on regarde les autres pays qui se sont réformés, il n’y pas de modèle. Il faut inventer un modèle original qui tienne compte de la situation, mais aussi de l’histoire de notre pays, de sa structure démographique, sociologique … Il ne s’agit d’imiter ni le Royaume Uni, ni l’Allemagne, la Suède ou tels autres pays. Il faut partir des atouts français, qui existent. On a, à la fois une main d’oeuvre, pour une partie très bien formée et un capital humain parfois exceptionnel comme on le voit avec la Fench Tech. Nous avons des pôles d’excellences dans le secteur public et privé, des infrastructures, des services publiques, une diplomatie, une culture, une gastronomie, un mode de vie, une civilisation qui ont peu d’équivalents dans le monde et qui font que la France est un pays ou l’on peut faire à la fois de l’agriculture, du tourisme, de l’immobilier, du service et de la finance. Il faut donc utiliser ces atouts pour reconstruire un modèle économique qui soit adapté au monde du 21e siècle. A partir de là, il y a une toute une série de grands pactes que l’on devrait nouer.
Un pacte productif car il faut absolument remettre en route la prouction pour créer des emplois et permettre de dégager la dette public. Il faut donc libérer les entreprises du carcan fiscal dans lesquelles elles ont été engagées. Il faut aussi un pacte dans le travail autour de la flexi-sécurité, l’idée étant de réformer la protection sociale pour moins protéger les emplois mais plus protéger les travailleurs. Donc d’un coté plus flexibilité sur le marché du travail et de l’autre, un suivi, une accompagnement plus individuel qui permettrait de lutter contre la pauvreté et l’exclusion.

Il faut aussi un pacte dans le travail autour de la flexi-sécurité, l’idée étant de réformer la protection sociale pour moins protéger les emplois mais plus protéger les travailleurs

Il faut absolument faire un effort sur l’éducation. Notre enseignement supérieur est comme notre pays, écartelé entre des institutions au meilleur niveau mondial, mais un niveau moyen qui décline. Quatrième effort, cette fois-ci dans les finances publiques avec des efforts de coupes dans les dépenses improductives mais, en revanche, une réorientation vers l’investissement. Enfin, un pacte sécuritaire. Il faut se souvenir que la sécurité c’est évidemment fondamental pour la liberté, pour la démocratie et pour le développement économique, comme on le voit avec le tourisme. Le tourisme c’est 8% du PIB et l’an dernier il a régressé de près de 10% car la France et Paris sont devenues des zones extrêmement peu sûres.
Si l’on fait ces cinq grands pactes, à ce moment là on pourra conclure le sixième qui est un pacte avec l’Allemagne pour relancer l’Union européenne, à la fois conforter ses acquis qui sont formidables : le grand marché, l’état de droit, la monnaie unique, des acquis qui vont être de plus en plus appréciés par le reste du monde, quand on voit le grand trouble qui s’est emparé des États-Unis et du Royaume Uni. Parallèlement à cela, il faut compléter ceci par une Union européenne de la sécurité, avec trois missions : la lutte contre le terrorisme, la protection des infrastructures et le contrôle des frontières. Il faut transformer Frontex en une véritable police des frontières à l’extérieur de l’union. De l’autre coté, il faut que nous harmonisions nos règles en matière d’asile et d’immigration. L’Europe ne doit pas être un continent fermé.

« La France ne fait des réformes qu’à l’occasion des révolutions » déclaration du Général de Gaulle que vous avez repris dans votre bouquin …
Je pense que cette phrase décrit très bien le choix fondamental entre réformisme et populisme. Si nous ne faisons aucune réforme, nous aurons la révolution, et il se trouve que dans un moment qui ressemble aux années 30 avec la déflation, les risques de sécurité intérieure et extérieure et par ailleurs la division des démocraties et leur affaiblissement, la révolution elle à basculé à l’extreme droite, une catastrophe pour notre pays.

Les Français seront ils un jour prêt à accepter la réforme ?
Ce qui ne faut pas oublier sur les réformes, c’est que celles-ci sont difficiles à faire dans toutes les démocraties. Ce sont des régimes conservateurs. Comment fait-on les réformes ? Avec un vrai projet, des leaders, mais surtout de la pédagogie vis à vis des citoyens. C’est ce qui s’est passé en Suède et au Canada dans les années 90, en Allemagne au début des années 2000, plus récemment au Portugal, en Espagne ou en Italie. Et c’est donc la dessus que nous devons travailler. Il n’y a pas de fatalité à ce que la France soit réformée. C’est simplement un pays qui alterne des phases brillantes de redressement, tel la belle époque, les années 20 et les trente glorieuses, et les phases de décrochage, les années 30 et malheureusement le cycle dans lequel nous sommes enfermés depuis le début des annes 1980. C’est ça qui faut arriver à changer mais, par le passé, la France à montré qu’elle savait se réformer. Simplement, elle se réforme par des grands changements. C’est pour ça qu’on ne peut pas faire de réformes partielles, progressives, ou sausiconnés. En France il n’y a que la thérapie de choc qui fonctionne, comme on l’a vu en 1958.

En France il n’y a que la thérapie de choc qui fonctionne

Est ce que l’année 2016 n’a pas remis en cause une certaine forme d’équilibre du monde, que l’on connait depuis 1991, mais plus largement depuis 1945 ?
C’est très juste, finalement depuis 1945 il y a bien sûr eu 1989-1991, avec la chute du mur, l’effondrement de l’URSS et la réunification de l’Europe. Il est vrai que 2016 est une sorte de grand tournant des démocraties, avec d’un coté le Brexit, qui remet en question l’Union européenne, et de l’autre côté l’election de Donald Trump qui est devenu président des États-Unis, à travers le slogan America first. Un slogan qui, en réalité risque bien d’être China First et d’offrir par ailleurs au djihadistes de nouvelle perspectives d’expansion. On constate que ce tournant nationaliste et xénophobe remet en cause tous les cadres et les règles qu’on avait essayé d’installer pour donner un mimimum de stabilité au monde. Ces règles, c’était les traités d’alliances, les traités de libre échange, le fonctionnement des institutions multi-latérales, qu’il s’agisse de la Banque Mondiale ou du FMI. Le fait d’affaiblir voire de supprimer ces cadres va renforcer la dangerosité du monde. Compte tenu de ces événements, c’est la dernière chance de réformer la France de manière pacifique et démocratique. Il faut nous remettre à niveau. L’Europe s’est construire dans les années 1950 autour de la résistance contre le communisme, de la garantie de sécurité et de l’unité des américains, du droit et du couple franco allemand. Tout ceci à volé en éclat. Il faut refonder cette Europe et il faut la refonder en lui permettant d’être beaucoup plus souveraine. Il faut avant tout se mettre en position d’assurer sa sécrurité, ce qui suppose un effort massif de réarmement des politiques globales parce que la sécurité n’est jamais que sécurité. Il faut avoir des politiques globales qui articulent le militaire, le policier, l’économique, le social, le diplomatique et l’aide au développement. Et il faut reconstruire un cadre avec une Europe beaucoup plus souveraine beaucoup plus orientée vers le régalien et qui finalement soit recentrée sur ce qu’est sa raison d’être c’est à dire la réassurance des grands risques globaux du 21e siècle sur lesquels nos pays séparés comptent peu. Seul l’Allemagne comptera dans les 10 premières puissance sécomiques du monde en 2030. On voit bien que face à Poutine, Erdogan, Trump, si nous voulons jouer séparés, nous comptons peu. A l’inverse, si nous voulons nous grouper, avec le grand marché, la monnaie unique, une vraie capacité à assurer notre sécurité, à ce moment là nous pouvons compter dans le monde du 21e siècle et nous pouvons gérer ces risques et en tout cas nous comporter de manière souveraine dans la gestion de l’Amérique.

 Le fait d’affaiblir voire de supprimer ces cadres va renforcer la dangerosité du monde

Le décret Trump, mesure assez symbolique il n’est finalement effectif « que » 90 jours, qu’en pensez vous ? Assez peu de réactions internationales depuis l’élection de Trump ?
Ce décret n’est pas symbolique il a une portée politique très forte et il appelle précisément des réactions très fortes des européens pour interdire qu’il puisse y avoir quelque fore de discrimination que ce soit contre leurs citoyens. Pourquoi est ce que ce décret est tout à fait négatif ? Parce qu’il introduit d’abord une discrimination qui vise exclusivement les musulmans. Donc finalement, il laisse entendre que les États-Unis sont en train de conduire une guerre de religion contre l’islam. C’est exactement le signal qu’attend l’Etat Islamique, qui conforte tous les jihadistes du monde, en leur affirmant que le monde occidental est en guerre contre l’islam. Ensuite, au sein même du monde musulman, on crée des discriminations en fonction de l’intérêt commercial puisque l’Arabie Saoudite est exclue de ce décret, alors que 35 des 39 terroristes qui ont perpétrés les attentats du 11 septembre 2001 étaient de nationalité saoudienne. On laisse entendre finalement que, les principes des démocraties obéissent simplement à des critères économiques et commerciaux. Ainsi, le résultat de ce décret, c’est d’abord de diviser profondément la société américaine, de diviser évidemment les démocraties, de laisser entendre que leurs valeurs sont en fait à géométrie variable en fonction de leurs intérêts commerciaux et, par ailleurs de faire le jeu de tous les extrémistes et du djihadisme.
Je pense que cette initiative est extemement négative. La seule bonne nouvelle, c’est que les contre pouvoirs américains fonctionnent : plusieurs états ont attaqué cette mesure, il y a également un certain nombre d’actions juridiques qui ont été conduites par des associations ou par des gens qui se sont vu arrêter à la frontière. Ce que l’on peut souhaiter c’est que le système judiciaire américain bloquera très vite l’application de ce décret.

La seule bonne nouvelle, c’est que les contre pouvoirs américains fonctionnent

On a parlé de l’Europe, des États-Unis, et la Chine dans tout cela, Xi Jinping défend le libre échange, Trump défend le protectionnisme, monde à l’envers ou mise en avant du nouveau monde, et d’un nouvel ordre mondial ?
C’est malheureusement un peu les deux. Nous vivons une grande inversion. C’est vrai que nous avons vu Xi Jinping, noyau dur du Parti communiste chinois défendre le libre échange, la mondialisation, au moment même ou Donald Trump, nouvellement élu déchirai les traités de libre échange et introduisait des discriminations contre les musulmans et fragilisait tous les cadres et toutes les règles qui font de ce qui peur exister d’ordre mondial. Par ailleurs, coté chinois, même si Xi Jinping plaide pour le libre échange, la Chine est loin d’en respecter les règles, notamment en matière de réciprocité sur l’accueil des investissements étrangers, ou encore les formes de contrôle d’échange ou de contrôle des participations, sans même parler du fonctionnement de l’Etat de Droit. Il faut faire attention … Les mots sont toujours importants en politique, parce que la politique est beaucoup faite de mots et de symboles, mais elle est aussi faite de réalités : il existe quand même un grand écart en Chine entre les positions de Xi Jinping et la réalité de la politique Chinoise.
En revanche, c’est vrai, nous changeons bel et bien de monde. Nous changeons de monde parce que c’est un monde qui devient beaoucp plus dangereux, avec une très grande instabilité, une volatilité des acteurs. Il suffit de voir ce qui se passe aujourd’hui au Royaume Uni ou Theresa May est en train de défaire la régulation qui avait quand même été imaginée par Mme Tatcher. C’est aussi vrai aux États-Unis, ou Donald Trump remet en cause toute une série d’équilibres fondamentaux de la société américaine et de l’ordre mondial qu’avait pensé réassuré les États-Unis depuis 1945.

Nous changeons de monde parce que c’est un monde qui devient beaucoup plus dangereux, avec une très grande instabilité, une volatilité des acteurs

Des acteurs qui sont volatiles, des situations qui sont aussi extrêmement dangereuses, et des cadres qui s’affaiblissent, que ce soit des cadres commerciaux, stratégiques, de sécurité. Et donc, incontestablement, la nécessité pour la France et pour l’Europe de tenir compte de ces mouvements, et de travailler très fortement à leur sécurité, mais comme je l’ai dit, travailler à la sécurité, c’est bien sur se réarmer, c’est moderniser les forces de polices, coopérer beaucoup mieux entre nous, mais c’est aussi coordonner toutes les formes d’action publique, y compris en matière économique et sociale ou en matière d’aide au développement.

« Chronique du Déni Français » c’est quoi le « déni » en quelques mots pour conclure Nicolas Baverez ?
Le déni c’est le refus de la réalité. Et en France il y a un double déni des dirigeants.
Déni du décrochage du pays. On continue à expliquer tout va bien et que la France est une grande puissance, il suffit de voir les réactions de Michel Sapin en face d’une croissance extrêmement faible (1,1%), le ministre des finances explique que la croissance à été forte. On est là dans un vrai déni du réel et on est là dans un moment où les mots divergent d’avec les choses et avec les faits, et ça c’est extrêmement dangereux pour les démocraties.
Le deuxième déni, c’est le fait que le monde est en train de changer à très vive allure, et malheureusement pas dans un sens agréable. C’est un monde qui, par coté ressemble aux années 1930 avec des formes de déflation, avec une forme de déstabilisation des classes moyennes, avec la montée des risques intérieurs et extérieurs et avec des démocraties qui se défont et se désunissent. Il faut donc qu’il y ait un grand ressaisissement des démocraties, que nous réformions nos pays et que nous ayons le courage de rappeler cette chose fondamentale : uni, nous sommes forts, désuni, nous sommes faibles. Nous sommes faibles notamment face au djihadistes, et face au démocratures. Aujourd’hui, après les illusions de la fin de l’histoire, on est obligé de reconnaitre qu’il existe de nouveau une alternative à la démocratie. Ca s’appelle des démocratures, des régimes avec des hommes forts, le contrôle de l’économie, de la société, et des médias, avec des politiques extérieures agressives, un investissement très important en matière d’armement. Ces pays s’appellent la Chine de Xi Jinping, la Russie de Poutine, la Turquie d’Erdogan. Nous devons impérativement nous mettre en situation de dialogue stratégique avec ces pays. Pour avoir ce dialogue, il faut soit même être fort, donc il faut se développer, consolider la société, et aussi être uni et savoir coopérer entre deux coups.

Uni, nous sommes forts, désuni, nous sommes faibles

On voit bien qu’à travers ce confit, entre les démocraties, l’extrémisme musulman et les démocratures, ce qui se joue, c’est le sort de la liberté politique. Thucydide face à l’écroulement d’Athènes dans le guerre du Péloponnèse avait dit : se reposer ou être libre il faut choisir. Il faut absolument que nous nous remettions au travail pour rester libre.