Syrie; bientôt la paix armée

Depuis 2011 la guerre civile fait rage en Syrie et la résolution du conflit paraît impossible, au moins à court terme. Pourtant en coulisses différentes diplomaties s’activent pour négocier lentement la fin des combats. Mais de nombreux obstacles se dressent encore sur la route de la paix.

Des ambitions revues à la baisse

Si il y a un espoir pour le retour de la paix en Syrie, il réside dans l’abandon de fait par le Qatar, la Syrie et la Russie de leurs objectifs initiaux. En effet l’émirat gazier, grand soutien financier des rebelles, semble ne plus viser le renversement de Bachar Al-Assad. Au contraire, selon le chercheur en relations internationales Jonathan Spycer, le Qatar jouerait le rôle de médiateur dans les négociations entre le Régime syrien et la rébellion1. Régime syrien qui, lui, aurait abandonné l’espoir de reconquérir l’intégralité de son territoire. Il devient alors possible de trouver des accords sur l’évacuation de petites enclaves rebelles vers des territoires plus grands et mieux contrôlés par la rébellion. En avril dernier par exemple, des combattants anti-Assad contrôlant quatre petites villes à l’ouest de Damas ont été transféré vers le bastion rebelle d’Idlib. Le tout avec la bénédiction de la Russie qui pourrait se contenter de la sécurisation de sa base navale de Tartous et de sa victoire de prestige sur l’Organisation Etat Islamique (OEI) à Palmyre. Les différents cessez-le-feu locaux négociés par la diplomatie russe vont d’ailleurs dans ce sens. La paix en Syrie pourrait donc s’obtenir de part la division du pays en plusieurs zones qui seraient placées sous le contrôle de différents protagonistes du conflit. Le statut-quo serait maintenu par le fait qu’aucun camp ne se sente capable de complètement vaincre l’autre et donc que la reprise du conflit aurait des coûts disproportionnés par rapport aux maigres bénéfices possibles. Une paix armée en somme. Mais cette solution se heurte à plusieurs difficultés.

Front syrien au 17 août dernier. En rouge les territoires sous contrôle du régime et de ses alliés, en jaune celui sous contrôle des kurdes, en noir l’OEI, en vert les rebelles.

L’inconnue Kurde

À première vue les forces à majorités Kurdes du Parti de l’Union Démocratique (PYD), qui contrôlent une grande partie du nord du pays, pourraient s’insérer sans difficulté dans la paix armée décrite précédemment. Les rebelles et le Régime n’auraient rien à gagner à un conflit avec les puissantes milices kurdes et ces dernières n’ont pas vocation à étendre leur domination sur toute la Syrie. Mais c’est sans compter sur la Turquie qui voit d’un très mauvais œil l’autonomie et la montée en puissance des kurdes de Syrie, très proches du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène une guérilla dans le sud-est de la Turquie depuis 1978. l’armée turque est d’ailleurs intervenue en Syrie pour, sous prétexte de combattre l’OEI, empêcher les kurdes d’unifier leurs territoires. Mais pour l’instant Ankara ne peut pas attaquer frontalement le PYD car celui-si soutenu par les États-Unis qui voient en eux les soldats les plus compétents dans la lutte contre Daesh. Ceci place les Kurdes dans une situation complexe, leurs victoires contre l’OEI les protègent contre une agression turque, mais une fois Daesh définitivement vaincu, quelles raisons auraient les États-Unis de continuer leur soutien ?

Il est important de comprendre que les kurdes mènent à la fois le combat contre l’OEI et une révolution à l’intérieur des zones qu’ils contrôlent. Cette dernière est basée sur le féminisme, le respect de minorité et la démocratie directe.

L’inconnue Américaine

Selon le diplomate américain James Jeffrey il existe un « vide stratégique » concernant le comportement des États-Unis en Syrie2. Si la volonté de battre Daesh est assez claire, l’administration Trump fait preuve d’hésitation quant à sa position vis-à-vis du régime et de la rébellion. Le candidat Trump qui avait paru plutôt accommodant avec Vladimir Poutine et Bachar Al-Assad lors de sa campagne présidentielle a finalement décidé des tirs de missile contre le Régime en avril dernier. Tirs de missiles qui sont restés sans suites jusqu’à maintenant. Cette imprévisibilité renforce le flou autour de l’avenir de la Syrie. Car tout est alors envisageable pour l’avenir, comme une intervention au sol ou un soutien massif aux rebelles, par exemple, pourraient complètement rebattre les cartes du jeux syrien et briser le fragile début d’équilibre qui s’y dessine.

Le morcellement de la rébellion

Si il y a une chose qu’il faut savoir à propos de la rébellion syrienne, c’est qu’elle est loin de former un bloc uni. Elle ne consiste en fait plus qu’en une collection de milices s’entendant plus ou moins bien selon les circonstances, allant parfois jusqu’à s’opposer militairement comme les groupes Ahrar-al-Cham et Tahrir-al-Cham dans la province d’Idleb. Et l’on sait que plus le nombre de parties est grand, plus trouver un terrain d’entente entre toutes est difficile. De plus on sait que des groupes comme Ahrar-al-Cham sont étroitement liés à Al-Qaïda, pas sur que les États-Unis et leurs alliés acceptent que ces derniers prennent le contrôle d’une partie du territoire Syrien.

Perspectives

J’aurais pu encore citer beaucoup d’obstacles au scénario d’une paix armée, il suffirait en effet qu’un des camps en présence change de politique ou raidisse sa position et ce mince espoir de paix serait compromis . En résumé même si cette solution est encore loin d’être acquise, elle reste un horizon de sortie de conflit probable mais qui devra certainement attendre quelques années de gestation dans le meilleurs des cas.

1http://foreignpolicy.com/2017/05/19/syria-has-ceased-to-exist-rebels-airstrikes-isis-russia-iran/

2http://foreignpolicy.com/2017/05/09/trumps-plan-to-arm-kurds-lays-bare-the-strategic-vacuum-in-syria/

Mickey Monstre Auteur

Patriote-Marxiste affirmé

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