Sujet santé – traitements anti-tabac

Sujet santé : traitements anti-tabac 

Aujourd’hui, nous allons nous montrer positifs. Pour une fois, nous allons féliciter une mesure prise par le gouvernement. C’est une nouvelle qui a été annoncée fin mars mais qui est un peu passée inaperçue, noyée au milieu de thèmes médiatisés comme les grèves à la SNCF, les manifestations et les blocus dans les lycées et les facultés. Il s’agit de la décision de rembourser intégralement les traitements anti-tabac. Avant d’en venir au fait, il peut être utile de rappeler quelques chiffres. Chaque année, le tabac cause la mort de 73.000 personnes en France, et de 7 millions dans le monde, selon l’OMS. Il est aussi responsable de 90 % des cancers du poumon dans notre pays. 34,5 % de la population française fume soit un tiers environ. En termes de sexe et d’âge, 41,4 % des hommes de 25 à 34 ans fument et 25,2% des femmes du même âge. Pas besoin de sombrer dans le pathos et la culpabilisation des fumeurs mais ce sont là les chiffres. Chaque jour, des centaines de personnes en meurent. 

Face à cette cause de mortalité importante, la France offrait auparavant un forfait de remboursement de 150 euros annuels pour les fumeurs souhaitant arrêter. Désormais, tous les traitements, tel que les patch anti tabac, ou les gommes à mastiquer vont être totalement couverts par la sécurité sociale. Alors, dans quel but ? Evidemment, il s’agit d’une mesure d’incitation à l’arrêt de la cigarette. Depuis une vingtaine d’années, le nombre d’hommes et de femmes qui ont utilisé ces traitements a beaucoup augmenté.  Ils étaient 2 millions en 2003 et 2004 contre seulement 500 000 en 1998. Depuis, ce chiffre oscille entre 1,5 millions et un plus de 2 millions, d’après l’observatoire français des drogues et toxicomanies.
En 2017, ce chiffre est monté à plus de 2 700 000 contre 2 100 000 en 2016, soit 27,5 % d’augmentation. 

MARTIN : Si ces traitements sont plus utilisés, il y avait donc un intérêt sérieux à les rembourser ?  

Et bien Martin, c’est justement là qu’on voit l’utilité qu’il y avait à rembourser intégralement les patch anti tabac car ces « timbres transdermiques » ont connu une hausse d’utilisation ces 4 dernières années. En 2014, 468 329 personnes ont opté pour ce moyen et 1 071 332 en 2017. Du côté du célèbre Champix qui était remboursé à 65%, on est passé de 41 340 utilisateurs à 84 765 en 2017, soit plus du double ! 

De nombreux Français veulent arrêter de fumer et c’est une excellente raison pour ne pas les laisser tomber. Il n’est question ici de juger ceux qui ne veulent pas arrêter. L’Etat n’a pas à être un Etat-Nounou – ce qu’il tend malheureusement à devenir quand il fait des campagnes de publicité sur les fruits et légumes, quand il infantilise les Français en leur disant par exemple de bien se couvrir. Mais il doit cependant faire de son mieux pour préserver le bien-être et la santé de ses concitoyens. C’est aussi le but du remboursement total des traitements anti-tabac. Un coup de pouce, quand les gens sont prêts.

Par ailleurs, ce remboursement est une mesure sociale. On ne parle pas assez de la sociologie du tabac car on tend tous à connaître des gens de toutes les classes sociales qui fument. Mais il existe quand même des marqueurs sociaux indéniables. Toujours selon l’observatoire français des drogues et toxicomanies, « les personnes aux bas revenus fument plus qu’en 2010 (37,5% contre 35,2%), tandis que les revenus les plus élevés ont diminué leur consommation (23,5% contre 20,9%) ». Plus de la moitié des chômeurs fument. Et ces différences s’observent aussi en fonction du niveau d’études.

MARTIN : C’est une mesure qui devrait satisfaire tout le monde alors, les fumeurs mais aussi les non fumeurs qui connaissent des fumeurs qui veulent arrêter ?

Les détracteurs ont toutefois des arguments à avancer. Sur les réseaux sociaux, j’ai noté un certain nombre de commentaires critiquant ce remboursement et, même si twitter reste une fois encore un microcosme, les remarques étaient intéressantes et méritent d’être contrées. 

L’argument qui revient le plus est le suivant : « Les fumeurs ont décidé de fumer, ils doivent assumer et payé eux-mêmes. Pourquoi devrais-je cotiser à la sécurité sociale et financer des traitements pour leurs erreurs, leur négligence et leurs bêtises ? »

Face à cet argument, plusieurs réponses. En premier lieu, il faut préciser que les cotisations maladie en France ne sont pas proportionnées à nos propres besoins. Ensuite, il faut rappeler que ces cotisations en matière de santé sont les piliers du système de remboursement de la sécurité sociale. Les pathologies et les maux qui sont couverts correspondent souvent à des enjeux de santé publique, comme c’est le cas du tabac. C’est là le mot clé : publique. En acceptant de cotiser, nous mettons notre petite pierre à l’édifice de la solidarité nationale. Nous apportons notre aide dans ces grands enjeux de santé publique.  C’est de l’altruisme malgré nous. Car nous avons, en France, un modèle social, basé sur cette solidarité ; on pourrait objecter qu’individuellement, si nous ne fumons pas, nous n’avons pas envie de cotiser pour quelque chose que l’on réprouve. Mais nous le faisons quand même, par solidarité nationale. Car dans la société française telle qu’elle est conçue depuis la création de la sécurité sociale par l’ordonnance du 4 octobre 1945, nous envisageons la santé comme l’affaire de tous. Chacun a droit à l’erreur et chacun a droit à une seconde chance. Chacun peut être un jour concerné par une maladie. Nos opinions personnelles, intellectuelles, politiques, religieuses, n’ont rien à voir avec la participation au système de remboursement. Cet argument de l’individualité est d’autant moins recevable et d’autant plus pernicieux qu’il pourrait être appliqué à d’autres sujets de santé dans ce cas. 

MARTIN : Si on admettait cette théorie individualiste, quels autres sujets pourraient être concernés par exemple ? 

 Quels autres sujets ? Et bien quid de la pilule et de l’IVG ? C’est un domaine très intime. Dans l’absolu, si l’on conçoit un système de santé ultra libéral, totalement individualiste, alors pourquoi demander aux citoyens de cotiser pour le remboursement de la pilule et de l’IVG des femmes ? Aux Etats-Unis, Donald Trump a fait annuler une disposition de la Loi Obama Care qui garantissait le remboursement obligatoire de la pilule. Car dans ce schéma de pensée individualiste, la vie sexuelle et maternelle des autres femmes me concernent-elles ? Non. Suis-je préoccupée par le remboursement de la pilule de ma voisine ? Non et désolée pour le manque de connivence ovarienne. Mais l’accès à la contraception est essentiel, de même que l’accès à l’IVG. Ce sont aussi des enjeux de santé publique. On parle de ces deux problématiques sous l’angle exclusivement individualiste et féministe de nos jours, en oubliant que les lois qui les ont autorisées étaient avant tout des lois de santé publique. C’est une question de pragmatisme. On ne veut pas doubler le nombre d’IVG ? Alors remboursons la pilule. On ne veut pas que des femmes aillent se faire avorter dans des conditions horribles? Alors remboursons l’IVG. Il s’agit d’apporter son aide à des individualités dont les vies, les choix, les-non choix, parfois les erreurs, les insouciances, ne nous concernent pas mais qui pourraient nous concerner un jour. Nous sommes tous faillibles, parfois faibles, oublieux.

MARTIN : Y’a-t-il d’autres thèmes où le remboursement peut être encore insuffisant ? 

Oui, il y a encore à faire dans ce domaine du remboursement. Les perruques pour les femmes et hommes atteints de cancers et qui ont perdu leurs cheveux, sont encore très mal remboursées. Actuellement, la sécurité sociale offre un forfait de 125 euros par perruque médicale. Mais pour obtenir une bonne perruque, il faut plutôt 600 ou 700 euros. Il n’est pas rare de dépasser les 1000 euros. Rembourser intégralement la perruque médicale serait un choix social et prouverait que l’on se soucie qu’une femme ou un homme se sente mieux dans un corps malade, souvent épuisé, qui ne lui appartient plus, et même si son cancer est causé par un passif tabagiste. Il n’est pas seulement question de rapport social vis-à-vis des autres mais de s’appartenir soi-même. L’esthétique n’est pas toujours superficiel. Et puis, avec ce remboursement de la perruque, cela donnerait la possibilité d’avoir le choix : le crâne chauve, le turban ou la perruque, sans être contraint par des motifs financiers.  Aider Autrui sans le juger, quand il est à terre, quand il est en souffrance, quand il a besoin d’une aide collective, même si elle est impersonnelle, c’est aussi ça notre système de cotisation et de remboursement alors soutenons-le.

Martin Arnal Auteur

18 ans, Etudiant en première année de relations internationales, passionné par l'actualité depuis le plus jeune âge. Créateur de C L'Info

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