La reconstruction européenne (4/6)

C L’Info vous propose une série de six épisodes, répartis sur six semaines autour de l’oeuvre de Stefan Zweig Le Monde d’Hier. Écrivain, dramaturge, biographe, Stefan Zweig, né en 1881 à Vienne, aura vu glisser sa ville et sa vie de l’élévation spirituelle et culturelle la plus haute à la décadence morale et à l’échec. Zweig fuit le nazisme et s’exile à Londres dès 1934, puis au Brésil en 1941. Il commence alors la rédaction du “Monde d’Hier, souvenirs d’un Européen”, livre nostalgique, mais d’une nostalgie active, c’est un “cri de papier”. Livre-Testament d’un monde qui n’est plus, celui de la sécurité et du “Progrès” ; Livre-Témoignage sidéré d’un européen face à ce qu’il appelle “l’échec de la civilisation”. En 1942, Stefan Zweig se suicide, précisément au lendemain d’avoir posté le manuscrit du “Monde d’hier” à son éditeur. “Le Monde d’Hier” sera publié en 1944.

1917 … Que s’était il passé ? Rien, sinon que la guerre durait déjà depuis deux ans et demi. Le temps avait fait son oeuvre de cruel dégrisement, après la terrible saignée des champs de bataille. Les hommes regardaient le visage de la guerre avec des yeux plus froid et plus durs que dans les premiers mois d’enthousiasme, et le sentiment de solidarité commençait à se relâcher. Une méfiance exaspérée commença peu à peu à s’emparer de la population, à l’égard des généraux, officiers, communiqués de gouvernement … En pleine guerre, Zweig repartit faire son tour d’Europe en commençant par la Suisse, où il rencontra un groupe d’étrangers rassemblés autour de journaux indépendants, avec lequel il collabora, ce qui lui permit de discuter autour de la guerre d’une nouvelle manière. En 1918, de Genève, l’auteur rentra chez lui, en Autriche, après la défaite des armées allemandes et autrichiennes, dans une Autriche qui, sur la carte de l’Europe n’était plus qu’une « lueur crépusculaire », une ombre grise incertaine. Les frontières étaient encore indéterminées, car le congrès de paix avait à peine commencé. « Pour la première fois dans l’histoire, se produisit ce fait paradoxal qu’on contraignit un pays à une indépendance qu’il déclinait lui-même avec acharnement » écrit Zweig, tandis que l’Autriche souhaitait être unie aux côtés des états européens.

Le retour en Autriche pour Zweig fut vécu comme une épreuve, tout d’abord parce qu’il fallait se réhabituer à un climat, mais surtout car les frontières étaient clôturées et que l’entrée n’y  pas facilitée. Ce passage de la frontière Autrichienne fut ainsi ressenti comme un moment historique, un bouleversement, pour un changement de tradition fort. L’homme choisit de s’installer dans une maison trouvée pendant la guerre, à Salzbourg, dans les hauteurs. Chaque descente en ville était alors un évènement bouleversant, car pour la première fois, Zweig s’inquiéta d’une famine dans la ville. Il sentit ainsi la pauvreté de l’après-guerre, la manière dont les hommes se tenaient, les différentes rues pillées … Sur la politique intérieure de son pays, l’Autriche, Zweig ne parvient plus à se rappeler la manière dont l’état à  gouverné après-guerre, mais se souvient simplement que les hommes dépensaient quotidiennement pour vivre tant bien que mal. Cependant, l’auteur nous expliquera par la suite que la pauvre et malheureuse Autriche à pu se conserver avec la république des conseils communistes. Plus tard dans le récit, Zweig écrivit que le monde qui l’entourait revenait peu  peu à ordre, que le temps était passé, pour un auteur qui, au milieu de sa vie peut continuer à s’affirmer librement …

Après trois paisibles années de reconstruction passées à Salzbourg, l’envie du voyage, d’expérimentation nouvelle réapparu chez l’auteur. L’Italie fut le premier pays d’après guerre visité par Zweig. Vérone, Milan, Florence, Venise, il parcouru le pays au travers des artistes, penseurs et intellectuels de l’époque. Cette première « escale » fut pour l’auteur le premier avertissement que l’Europe était pleine de dangereux courants. Excité de nouveau par le goût du voyage, il se rendit à Berlin, devenu le « Babylone du monde », empli de bars, parc d’attractions, les Allemand mettant dans la perversion toute leur véhémence et tout leur esprit de système. A Berlin, chacun voulait pouvoir raconter ses aventures, et plus elles étaient exotiques, plus elles étaient prisées, histoires plus pathétiques les unes des autres car toutes fausses. Ainsi, en 1924, le monde semblait vouloir se reconstruire. Paris, Vienne, Berlin, New York, Rome, les villes des vainqueurs comme des vaincus se faisaient plus belles que jamais, l’avion rendait les communications plus rapides, les prescriptions relatives aux passeports s’adoucissaient et les fluctuations monétaires avaient cessés. « On pouvait même de nouveau rêver et  une Europe unie ».

18 ans, Etudiant en première année de relations internationales, passionné par l’actualité depuis le plus jeune âge.
Créateur de C L’Info

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