Prix du livre d’économie : Pierre Veltz et « La Société hyper-industrielle » récompensés

Gare aux idées toutes faites. Non, à Bercy, on ne croise pas que des forts en thème qui ont un attaché-case et une calculatrice implantée dans le cerveau. En tout cas, pas aujourd'hui. En cette fin après-midi, dans une salle surchauffée, Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, en bras de chemise, a remis le prix du livre d'économie 2017 devant un parterre de 300 lycéens remontés à bloc. Il faut dire que le ministre de l'Économie, qui clôturait cette Journée du livre d'économie, succédait, sur scène, à Cyprien, casquette à l'envers, le youtubeur aux millions de vues, stars chez les adolescents. « On a souvent dit que le bac économique, autrefois appelé bac B [bac ES aujourd'hui, NDLR], était un bac bâtard pour des élèves ni assez littéraires ni assez scientifiques. On disait même B comme brêle, rigole le ministre. Mais vous voyez, avec un bac économique, on peut devenir ministre des Finances ou bien premier youtubeur de France. »

Pierre Veltz, La société hyper-industrielle, Seuil, février 2017, 11,80 euros, 128 pages. © DR

Grosse ambiance pour cette journée, organisée par l'association Lire l'économie, fondée et présidée par Luce Perrot. Le prix du livre d'économie, qui est décerné par un jury présidé par Marc Ladreit de Lacharrière, président de Fimalac, et récompense un ouvrage paru dans l'année écoulée dont les vertus sont notamment pédagogiques et favorisent analyse et réflexion, a été décerné à Pierre Veltz, ingénieur et sociologue, ancien président de l'établissement public Paris-Saclay et auteur de l'ouvrage La Société hyper-industrielle (*), publié au Seuil. Il succède au journaliste François Lenglet, qui avait reçu ce prix l'an dernier pour son ouvrage Tant pis ! Nos enfants paieront. Après Le Nouveau Monde industriel publié en 2008, Pierre Veltz a donc repris la plume pour nous expliquer cette fois que les services, le numérique et l'industrie convergent pour donner naissance à ce qu'il appelle une « société hyper-industrielle ». Il décrit une réalité bien éloignée de l'économie de services – au sens étroit du terme – que l'on nous avait promise pour l'économie française. L'auteur pourfend au passage quelques idées reçues, « souvent radicalement fausses » : « la désindustrialisation est massive », « les robots et le numérique vont tuer l'emploi », « la concurrence des pays à bas salaires est la source du chômage », « nous entrons dans une société de l'immatériel ». Dans le panorama qu'il dresse, l'auteur s'arrête notamment sur l'enjeu crucial du contrôle des données. Radicalement optimiste, Pierre Veltz prédit que l'Europe et, singulièrement, la France ont de nombreux atouts et sont bien placées pour tirer leur épingle du jeu dans ce bouleversement mondial qui se joue sous nos yeux.

Autant de thèmes qui ont été largement abordés au cours de cet après-midi de débats à l'occasion de la 19e Journée du prix du livre d'économie. Avec des personnalités aussi diverses que Sandra Le Grand, fondatrice de Yapuka.org, Mathias Vicherat, directeur général adjoint de la SNCF, Frédéric Mazzella, PDG de BlaBlaCar, Valérie Rabault et Brigitte Bourguignon, députées, a été évoqué l'avenir des entreprises face aux enjeux du XXIe siècle. Il a beaucoup été question des métiers de demain, de la robotisation (provoquera-t-elle une pénurie d'emplois ?), de la transformation numérique des entreprises et de la possibilité de la création d'une alternative européenne aux Gafa. Le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a également remis le prix lycéen Lire l'économie à Jean Meilhaud, pour son ouvrage Ils ont révolutionné le commerce. Pour tous les intervenants, l'enjeu est évidemment d'éveiller la curiosité économique des jeunes. Alors que « l'inculture économique » des Français, ce déficit de compétence économique générale de la société française, est souvent pointée du doigt comme étant une cause de la pauvreté des débats politiques dans le pays, cette initiative a pour but de donner envie d'économie. Et cela se joue, tout le monde s'accorde à le dire, dès le lycée. « L'économie, c'est la vie quotidienne des gens. Et le sens de l'économie, c'est vous qui allez le donner, car vous êtes les nouvelles générations, a exhorté Bruno Le Maire. Vous avez l'avenir devant vous et l'avenir sera ce que vous en ferez. »

Pierre Veltz, La Société hyper-industrielle, Seuil, février 2017, 11,80 euros, 128 pages.

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