Toutes les questions que vous vous posez sur le Brexit

Affolement dans les rédactions des journaux Britanniques ce vendredi 10 Mars, la rumeur a couru que Theresa May pourrait déclencher l’article 50 dès MARDI et dire ByE Bye à l’UE.


 

Est-ce si simple ?

Non, pas tant que cela. Une fois que l’article 50 aura été approuvé par le Parlement, peut-être ce Lundi, Theresa May peut informer l’UE que la Grande-Bretagne largue les amarres. A partir de là, il y a des tas d’étapes plus ou moins importantes qui vont se succéder ? Voudriez-vous les connaitre ? Oui vous en brulez d’envie. Alors les laissez-moi être votre guide pour découvrir cette carte de tendre que d’aucun pensait ne jamais traverser.

Donc Theresa May pourrait décider de déclencher l’article 50 dès Mardi si tout se passe bien pour elle, à la chambre des Lords. Cela n’est pas gagné, car les Lords ont renvoyé le texte avec deux amendements : un sur la garantie des droits des citoyens de l’UE au Royaume-Uni et l‘autre plus ennuyeux pour Madame le Premier Ministre, sur le pouvoir de veto du Parlement après la conclusion des négociations sur Brexit, et à la chambre des communes où cela se complique doucement, les députés de sa majorité ayant peur de perdre leur siège suite aux pressions des remainers. Les optimistes pro-Brexit pensent que le projet de loi sur l’article 50 pourrait être adopté tard dans la soirée de lundi. A voir …

Extrait de l’article 50 du traité de Lisbonne

Theresa May avait prévu, il y a plusieurs jours, de s’adresser à la Chambre des communes mardi – et des sources ont rapporté au Guardian qu’elle pourrait utiliser son allocution pour annoncer que le déclenchement, compos mentis, de l’article 50. Si ce n’est pas mardi, elle pourrait le faire la semaine prochaine. Les sources du Guardian sont-elles si bien informées ?

Ce qui est sur c’est qu’il y a urgence. Le calendrier est trés chargé : élections législatives Hollandaises le 15 Mars, et 60e anniversaire du Traité de Rome.

La Grande-Bretagne va être confrontée aux négociations les plus intenses, les plus ardues et les plus complexes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais l’Europe aussi. il s’agit d’une première que les créateurs de l’Union Européenne, comme un certain Jacques Attali, ont voulu obscure, difficile et non balisée, pour éviter que des pays soient tentés par cette voie qui semble périlleuse et sans issue.

La Grande-Bretagne va être confrontée aux négociations les plus intenses, les plus ardues et les plus complexes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale

Ce qui est sur c’est qu’aucune des deux parties n’a idée de comment les négociations vont se dérouler. Donc voici la nouvelle carte de tendre, dans laquelle je vais vous guider. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Brexit sans jamais oser le demander : de ce qui pourrait se passera partir de Mardi, sans oublier les acteurs clés et les questions qui pourraient accélérer ou faire dérailler les négociations.


Que va-t-il se passer si le vote de Lundi est sans accroc pour Theresa May ?

Theresa May enverra une lettre avant la fin de Mars à l’Union européenne qui notifie le départ du Royaume-Uni de l’UE. La lettre du Premier ministre devrait comporter la liste des souhaits du gouvernement concernant le calendrier et le contenu des pourparlers du Brexit.

Quand la lettre va-t-elle partir ou arriver à Bruxelles ?

On ne peut, malheureusement, que spéculer. Theresa May pourrait attendre le 27 mars, après le sommet des dirigeants de l’UE en Italie le 25 mars pour marquer le traité de Rome qui a conduit à la fondation de la Communauté économique européenne il ya 60 ans. Politesse toute Britannique !

Quand commenceraient les négociations?

Michel Barnier, le « Négociateur en Chef »

Aucune discussion ne commencera pendant plusieurs semaines. L’UE ne s’attend à aucune négociation avant la mi-avril au plus tôt. Michel Barnier, de la Commission européenne, a été nommé négociateur en chef de l’UE. Mais M. Barnier doit prendre ses instructions des dirigeants des 27 autres pays de l’UE – le Conseil de l’Europe présidé par Donald Tusk. Les discussions Brexit ne peuvent commencer qu’une fois que l’UE des 27 se sera réunie. Le Parlement européen doit également donner son feu vert aux pourparlers. Une date provisoire du 6 avril a été discutée par l’UE des 27 pour le sommet, mais le calendrier dépend de quand l’article 50 est déclenché. Evidemment, il faut s’attendre à des retards car il y a de nombreux aspects techniques qui doivent être analyses et revus avant l’approbation finale pour commencer les pourparlers.

Qui dirigera les pourparlers?

Les négociations, coté Britannique, seront supervisées par Theresa May et dirigées par David Davis, le Secrétaire de l’Etat pour la sortie de l’UE. Le plus gros du boulot sera fait par Oliver Robbins, le secrétaire permanent du ministère de la sortie de l’Union européenne, Sir Tim Barrow, ambassadeur de Grande-Bretagne à Bruxelles et son adjoint Shan Morgan. Le négociateur principal de l’UE est Michel Barnier, obscure ministre des Affaires étrangères sous Jacques Chirac, plus connu pour l’organisation parfaite des Jeux Olympiques d’Hiver de 1992 à Alberville en compagnie de Jean-Claude Killy.

Theresa May et David Davis

Il sera assisté par le Belge Didier Seeuws, ancien chef de cabinet du tristement fameux Herman Van Rompuy, et d’une équipe de 30 officiels. Excusez du peu !

Combien de temps les négociations du Brexit prendront-elles?

Une fois que Theresa May aura déclenché l’article 50 une fenêtre de deux ans s’ouvre jusqu’à la conclusion des négociations. Pour Michel Barnier, 18 mois suffiront. Qu’en sait-il ? Aucune négociation ne pourra commencer avant que le Conseil européen n’ait défini les lignes directrices, ce qui pourrait prendre plusieurs semaines. Ensuite, les pourparlers devraient être achevés à temps pour que le Parlement européen et le Conseil européen les ratifient. Cela signifie que les discussions devront se terminer d’ici octobre 2018.

Sera-t-on dans les temps?

Il existe une petite chance qu’un accord puisse être conclu avant octobre 2018, mais beaucoup de gens proches du dossier pensent que cela prendra beaucoup plus de temps. Mme May a indiqué que le Royaume-Uni chercherait à obtenir des « dispositions transitoires » – ce qui signifie continuer à négocier selon les règles de l’UE pour permettre la prolongation des négociations. Mais cela nécessiterait l’approbation du Parlement européen et des 27 autres pays.

A quels autres problèmes Theresa May peut-il faire face?

L’accord final confirmant le Brexit – approuvant le départ du Royaume-Uni de l’UE – peut être ratifié par une majorité qualifiée des 27 dirigeants de l’UE la majorité qualifiée est atteinte si deux conditions sont satisfaites: que 55 % des membres du Conseil votent pour (c’est-à-dire 16 sur 27), et les membres du Conseil en faveur représentent les pays de l’UE constituant au moins 65 % de la population totale de l’UE.

Octobre 2017 … Bruxelles somme la Wallonie de dire « oui » au Ceta

Mais tout nouvel accord commercial nécessite un vote unanime des 27 pays et probablement l’approbation de leurs parlements nationaux et, dans certains pays, régionaux, comme en Belgique. Le traite de libre-échange entre le Canada et l’UE est actuellement en panne parce-que la Wallonie s’est opposée aux termes. Le Brexit pourrait connaitre la même mésaventure.

Quel est le premier point sur lequel portera les négociations?

Le premier point à l’ordre du jour sera de convenir de la forme et du calendrier des négociations. Pas facile. Tactiquement, stratégiquement celui qui fera accepter a l’autre la forme et le calendrier des négociations aura déjà gagné. Donc comme en Judo on devrait se retrouver dans des discussions techniques et ennuyeuses de guerre de tranchées ou chacun essaiera de trouver le Kumi kata de l’autre et maintenir son avantage.

Comme en Judo on devrait se retrouver dans des discussions techniques et ennuyeuses de guerre de tranchées

La Grande-Bretagne estime que le libellé de l’article 50 signifie qu’elle peut négocier un nouveau traité commercial en même temps que la négociation de notre sortie de l’UE. Si la Commission européenne dit que la Grande-Bretagne doit accepter la sortie de l’UE avant que toute négociation sur le commerce puisse commencer, cela constituerait un premier point d’achoppement. Comment pourra-t-il se régler ? Pour l’instant personne n’a de réponse.

Les négociations porteront ensuite sur les droits des citoyens de l’UE et du Royaume-Uni, l’accès au marché unique et à l’union douanière et l‘adhésion de la Grande-Bretagne à divers organes de l’UE tels que l’Agence européenne des médicaments, Europol et l’Agence spatiale européenne.

Quelles sont les chances d’obtenir un accord?

Theresa May souhaite le « plus grand accès possible » au marché unique grâce à un accord de libre-échange. Elle veut aussi une forme d’accord d’union douanière. En même temps, elle veut reprendre le contrôle des frontières et mettre fin au fait que le Royaume-Uni soit soumis à la Cour de justice européenne. Michel Barnier a déclaré que sa priorité était de « préserver l’unité » de l’UE des 27. Que veut-il dire par-là ? Qu’il va négocier de telle façon que chacun des 27 aura peur d’utiliser l’Article 50 ? Il a également dit que l’approche sélective le Royaume-Uni « n’est pas une option » quand il s’agit de l’accès au marché unique. On est en pleine prise de Kumi Kata.

Les discussions seront aussi grandement influencées par la stratégie de l’UE. Est-elle disposée à faire passer ses intérêts commerciaux avant ses intérêts politiques? Ou l’inverse? Avec Michel Barnier aux manettes, européiste convaincu, on se doute que ce sont les intérêts politiques qui seront défendus en premier lieu. Il voudra certainement maintenir des liens commerciaux avec le Royaume-Uni, mais ne voudra pas lui donner des faveurs spéciales qui porteraient atteinte à la cohésion de l’UE en accordant aux non membres des conditions égales aux membres.

Avec Michel Barnier aux manettes, européiste convaincu, on se doute que ce sont les intérêts politiques qui seront défendus en premier lieu

Il n’est pas impossible qu’un autre négociateur a la sensibilité plus économique lui soit adjoint pour faire contre-poids et ne pas se fâcher avec la cinquième puissance économique mondiale, qui est aussi un partenaire trés important pour l’Allemagne et pour la France qui a avec elle une balance commerciale excédentaire. C’est assez rare pour le signaler !

Mais la beauté de toutes ces réflexions, de toutes ces stratégies et de toutes ces analyses est impressionnante n’est-ce, mais elle ne pèse pas lourd si l’on pense qu’il y a de grandes chances que tout soit rayé d’un trait de plume si la France élit Marine Le Pen comme Président de la République en Mai et si Angela Merkel perd les élections allemandes en septembre.

Comme l’écrivait Blaise Pascal dans Pensées : « Nous souhaitons la vérité, et ne trouvons en nous qu’incertitude. »

Patriote-Marxiste affirmé

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