Comment Linkin Park s’est-il perdu ?

Trois ans après son sixième album, Linkin Park nous est revenu ce 16 février avec un niveau single. Heavy. Et comment vous dire ? Le résultat est inquiétant dans l’attente de son septième album qui sortira le 19 mai prochain. En 17 ans, le groupe a perdu toute son ADN. A trop vouloir se renouveler, la formation californienne a oublié le son originel qui faisait toute sa spécificité et sa saveur. Et son parcours s’apparente à une lente et tragique régression depuis maintenant 10 ans.

Le 24 octobre 2000, c’est une petite bombe qui sort chez les disquaires américains. Un jeune groupe de Californie fait paraître Hybrid Theory, son premier album. Linkin Park n’invente rien mais propose un son nouveau résultant d’un savant mélange entre éléments rap, rock et pop. L’album est une expérience musicale à part entière, un coup de poing envoyé dans le ventre de celui qui l’écoute. Des chansons qui s’enchaînent à un rythme effréné, il se dégage une énergie qui transcende chacune des compositions de Mike Shinoda et Chester Bennington. L’album est une bouffée d’air frai. Tous les ingrédients y sont : des rythmiques appliquées avec justesse, des arrangements précis et une parfaite alchimie entre l’interprétation puissante de Chester Bennington et l’efficacité des raps de Mike Shinoda. Hybrid Theory est un album ancré dans son époque. Il est le résultat de toutes les influences musicales de ce début de XXIème siècle. Il est l’héritier de Gun’s Roses ou de The Smiths pour son côté rock, les touches et arrangements électroniques se posent dans le sillage des innovations techniques apportées par Depeche Mode tandis que les rythmiques sont empreintes des sonorités Rap US des années 90. Linkin Park a su fusionner tous les éléments musicaux de son temps pour produire un album moderne et puissant. Le groupe, sans rien inventer, propose un son novateur, résultat de toutes ses influences. Les Californiens se sont trouvés un son, ils ont leur propre touche, leur singularité. Avec son premier album, la formation s’est installée comme un groupe emblématique du néo-métal. Et son deuxième album vient réaffirmer le statut de la bande californienne. En 2003, Linkin Park revient avec Meteora. Les ingrédients de cet opus sont les mêmes que ceux d’Hybrid Theory. Les fans originaux en ont pour leurs oreilles. L’album combine une nouvelle fois avec brio sonorités rock, arrangements précis et éléments rap. Les guitares prennent encore plus de place tandis que l’interprétation de Chester Bennington est encore plus puissante. Les mélodies sont faciles mais terriblement efficaces. Le groupe propose là encore des sons entêtants et prenants qui laissent à terre ses fans. Au cœur de l’album, le groupe propose Session, un formidable titre instrumental qui vient démontrer toute la panoplie du talent des membres de la formation. Meteora est un second opus efficace. Il vient confirmer les Californiens dans leur  statut de futurs tauliers du néo-métal et insiste sur le caractère novateur de la bande. Linkin Park devient un groupe incontournable, s’installant petit à petit comme l’emblème des adolescents de ce début de XXIème siècle. Il incarne un état d’esprit et enchaîne les tubes. Mais après deux albums très similaires, Linkin Park veut surprendre. Le troisième album sera celui du renouveau.

C’est ainsi que sort en 2007, Minutes to Midnight. Le début de la fin ? En tout cas le premier raté dans le parcours du groupe. Linkin Park ne sait pas où il veut aller, cet opus en est le symbole. Le cap n’est pas fixé et l’album s’apparente à une lente succession de chansons en tout genre qui n’ont que pour seul point commun leur manque d’intérêt. L’album est poussif et aucun fil conducteur ne s’en dégage. Le groupe veut être plus doux, moins brutal. Il perd toute sa saveur. Les membres de la formation ont souhaité montrer qu’ils étaient capables de proposer autre chose qu’une précise fusion entre rock et rap. Shinoda et Bennington ont eu l’intention surprendre. C’est un échec. A vouloir montrer qu’il était capable de tout faire bien, Linkin Park ne réussit rien dans cet album. Les transitions sont foireuses et le résultat est mauvais. Mike Shinoda à lui-seul arrive sur quelques chansons à sauver l’album. Mais l’énergie n’est pas là. Ce souffle, cette vigueur, cette intensité qui faisaient la force de Linkin Park sur ses deux premiers opus sont totalement absents sur celui-ci. Minutes to Midnight est mou. Le rythme n’est pas là. Et le groupe vient de perdre un peu tout le monde avec un album pas loin de la catastrophe industrielle. Le seul moyen d’apprécier réellement Minutes to Midnight serait de l’écouter, après avoir subi, et c’est bien le terme juste, son successeur, A Thousand Suns. Avec son quatrième album sorti en 2010, Linkin Park arrive à faire encore pire qu’avec son troisième opus. La performance est assez remarquable. L’album marque définitivement la rupture du groupe avec ses origines néo-métal. Tous les ingrédients rocks, mêlés à une rythmique parfaitement appliquée et aux éléments raps énergiques ont totalement disparu. Linkin Park est mort. Vive Linkin Park ! L’album baigne dans une bouillie électro indigente. Le groupe propose son pire album depuis sa création. La frustration est immense. Les interprétations de Chester Bennington n’ont jamais été aussi poussives. Il chante comme un chien aboie le matin alors qu’il est encore à moitié endormi. Ce n’est pas du Linkin Park. A Thousand Suns fait l’exploit d’être encore plus mou que son prédécesseur. En deux albums, le groupe californien s’était installé comme un taulier du néo-métal. Il lui en aura fallu autant pour disperser l’ensemble de son public.

Avec Living Things en 2012, Linkin Park reprend quelques couleurs, sans pour autant renouer avec l’efficacité de ses deux premiers albums. Ce cinquième opus est finalement un mélange des quatre autres albums de Linkin Park. On y retrouve des guitares et une double interprétation Bennington – Shinoda. Mais la lenteur de Minutes to Midnight et A Thousand Suns est également présente. La première écoute de l’album ne fait pas bonne impression. C’est finalement après avoir pu l’ouïr à plusieurs reprises que les aspects positifs de Living Things émergent. Burn It Down ressemble à du Linkin Park originel. Le son est intense et efficace. Il reste bien en tête et il semble rappeler, l’instant de 3 minutes, les raisons pour lesquelles le groupe était au sommet au début des années 2000. D’autres chansons sont à l’inverse insignifiantes et s’éloignent trop de l’esprit initial du groupe. Mais l’album a le mérite d’être meilleur que les précédents opus du groupe et laisse l’espoir d’un renouveau de la formation californienne. Ce renouveau, ce retour aux sources, Linkin Park semble vouloir l’assumer avec The Hunting Party en 2014.  Le groupe renoue avec des sons brutaux, des guitares au son saturé et avec les interprétations puissantes et violentes de Chester Bennington. Mais la magie n’est pas là. L’album respire les bonnes intentions, mais reste un compromis entre les origines néo-métal de Linkin Park et ses déviances pop-électro. Le résultat n’est pas probant. La formation n’assume pas entièrement son retour en arrière. Pris entre deux positions, l’album est assez moyen. Dans la lignée de Living Things. Au final, Linkin Park veut nous en mettre plein la vue… et provoque notre overdose. Trop d’arrangements, trop d’effets, trop de bruits pour pas grand-chose. L’album est rempli d’artifices qui viennent couvrir une trame finalement sans aucune surprise et déjà entendue. Il n’y a rien d’original. Le retour aux sources est raté. Linkin Park a pensé que pour contenter ses fans originels, il fallait surproduire l’album et le surdoser de guitares saturées et de batteries frappant sans finesse. Les fans attendaient juste de retrouver l’esprit initial du groupe, qui était marqué par des sons efficaces, qui n’avaient, alors, pas l’intention d’épater la galerie.

Finalement, le tord du groupe a été de se perdre au fil des albums face à ses volontés d’expérimenter et d’évoluer. Mike Shinoda, voulant surprendre et étonner, a perdu le son qui faisait la spécificité et l’originalité de Linkin Park et les albums plats, sans liants et sans intérêts se sont enchaînés. Voulant conserver ses fans, Linkin Park a tenté de revenir à ses recettes d’antan, sans succès. Tiraillés entre ses objectifs commerciaux et sa volonté d’aller vers des compositions plus poussées, la formation américaine s’est oubliée et a perdu en route ceux qui en étaient tombés amoureux au début des années 2000. Proposant une solution intermédiaire, Linkin Park a finalement produit des albums indigents, surproduits et sans surprise.

Ce 16 février, la formation a donc fait son retour avec un nouveau single, Heavy, qui ne pousse pas forcément à l’optimisme après première écoute. Dans la foulée, Linkin Park sortira son nouvel album le 17 mai prochain. One More Light comptera 10 nouveaux titres et le groupe compte y assumer ses tendances pop. Avant l’écoute de cet album qui nous attendons tout de même avec impatience, nous vous laissons vous faire votre propre avis sur le nouveau titre du groupe californien.

20 ans. Etudiant en Licence d’Histoire à Aix-Marseille. Passionné de sport, de musique et de médias. Animateur à mes heures perdues

Laisser un commentaire