Les emplois francs seront expérimentés dans sept agglomérations

Les "emplois francs", qui offrent une prime aux entreprises qui embauchent les habitants des quartiers populaires, seront expérimentés l'an prochain dans sept agglomérations : quatre zones intercommunales de Seine-Saint-Denis, le Val de France (Sarcelles, Villiers-le-Bel), Grand Paris sud (dont Grigny et Évry), Marseille, Lille, Angers et Cergy-Pontoise, a annoncé l'Élysée. Ces emplois sont "le pendant indispensable de la lutte contre la discrimination", a commenté mardi Emmanuel Macron en présentant à Tourcoing (Nord) sa politique de la Ville, rappelant que cela "a été plusieurs fois tenté et a échoué" en raison de "trop de critères et de contraintes".

L'Assemblée a voté la semaine dernière, à l'initiative du gouvernement, une expérimentation d'avril 2018 à fin 2019 de ces "emplois francs", promesse de campagne d'Emmanuel Macron. Ce dispositif, budgété à hauteur de 180 millions sur 3 ans, s'adresse aux chômeurs de tout âge et doit être généralisé en 2020. Le gouvernement a parallèlement décidé de réduire le nombre d'emplois aidés à 200 000 en 2018 contre 310 000 en 2017, soit une économie budgétaire d'un milliard d'euros.

Une mesure de "l'ancien monde"

L'expérimentation permettra l'embauche de 12 000 à 25 000 personnes en emplois francs l'an prochain, selon l'Élysée. Une entreprise ou association bénéficiera d'une prime de 15 000 euros sur trois ans pour l'embauche en CDI et 5 000 euros sur deux ans pour un CDD de plus de six mois attribué à un demandeur d'emploi de ces quartiers. Parmi les zones choisies figure l'agglomération d'Angers (Maine-et-Loire), département du député LREM Matthieu Orphelin, qui avait milité pour les emplois francs.

L'opposition a en revanche critiqué l'initiative. Thibault Bazin (LR) a évoqué une mesure "de l'ancien monde" qui avait échoué pendant le quinquennat Hollande, critiquant un dispositif "pas ciblé". Hubert Wulfranc (PCF) a raillé une "resucée", se demandant avec cette expérimentation "exceptionnelle" : "Où est donc le droit commun ?"

Les "emplois francs" expérimentés pendant le quinquennat Hollande, avaient été abandonnés en 2014. Alors que le gouvernement avait initialement prévu de financer 10 000 emplois sur trois ans, seuls 250 avaient été signés en raison de critères trop rigides. Le ministère du Travail a souligné que "les leçons de l'expérience précédente ont été tirées", arguant que "le public cible a été élargi à tout demandeur d'emploi" et que "le montant d'aide a été relevé pour être plus incitatif".

Contradictions

FO s'est dit vigilant sur cette expérimentation "qui à court terme institue des inégalités entre les territoires et les personnes, à long terme, peut permettre, via leur généralisation, l'adoption sans débat de politiques publiques de l'emploi". Éric Woerth, président LR de la commission des Finances de l'Assemblée, a lui vu des "contradictions tout à fait gigantesques" entre instaurer "des contrats francs, c'est-à-dire au fond des contrats aidés dans les entreprises, dans ces quartiers, et puis en même temps supprimer des dizaines et dizaines de milliers de contrats aidés".

Sur les contrats aidés, Emmanuel Macron n'a pas mâché ses mots à Tourcoing en dénonçant "un contrat d'un an où on tremble à la fin de chaque année pour savoir si on nous le redonnera, où il n'y a pas de qualification à la fin (…) Que ceux qui les défendent les prennent ! Ils n'en voudraient pas pour eux-mêmes !"

Laisser un commentaire