Le Venezuela en quête d’un bol d’air frais financier à Moscou

Le Venezuela en quête d'un bol d'air frais financier à Moscou
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/ Yuri KADOBNOV AFP/Archives

Désormais officiellement déclaré en défaut partiel, le Venezuela doit signer mercredi un accord pour alléger le poids de sa dette envers la Russie, l'un de ses principaux créanciers qui apporte ainsi son soutien à un allié stratégique sans pour autant le tirer d'affaires.

Etranglé par la chute des cours du pétrole et les sanctions américaines, le Venezuela veut restructurer sa dette extérieure, estimée à 150 milliards de dollars.

Naturellement, Caracas se tourne donc vers ses principaux créanciers, c'est-à-dire la Chine (28 milliards de dollars) et la Russie (9 milliards) pour cette opération qui revient à rééchelonner les remboursements voire diminuer ou effacer des créances.

Depuis des mois, Caracas et Moscou négocient de nouveaux termes pour un crédit de près de trois milliards de dollars accordé en 2011 pour financer l'achat d'armements russes (chars et missiles).

Alors que la situation financière du Venezuela, embourbé depuis des mois dans une crise politique, se dégradait, Nicolas Maduro est venu au Kremlin début octobre discuter de cette restructuration, qui doit être conclue, hasard du calendrier, le lendemain du jour où Caracas a été déclaré en défaut partiel sur sa dette par les agences de notation S&P Global Ratings et Fitch.

Le logo du groupe pétrolier vénézuélien PDVSA dans uns station essence de Caracas, le 14 novembre 2017 © Federico PARRA AFP/Archives
Le logo du groupe pétrolier vénézuélien PDVSA dans uns station essence de Caracas, le 14 novembre 2017 © Federico PARRA AFP/Archives

Une conférence de presse doit avoir lieu dans la journée de mercredi, à l'ambassade du Venezuela à Moscou pour "informer de la signature des accords sur la restructuration de la dette vénézuélienne avec la Russie".

'Gagner du temps'

Le ministère russe des Finances avait annoncé la semaine dernière que le Venezuela avait donné son accord pour restructurer sa dette envers la Russie selon des modalités convenues entre les deux pays.

Côté russe, on se garde de tout triomphalisme et aucune cérémonie publique n'est prévue pour la signature de l'accord.

Selon Anton Tabakh, économiste en chef de l'agence de notation RAEX, il est "normal" que la Russie continue à restructurer les créances de Caracas.

L'opération permet "aux deux parties de garder la face et de gagner du temps, car désormais la question de la dette vénézuélienne ne peut plus être résolue d'aucune manière", explique-t-il à l'AFP.

"Dans la pratique, il est très rare que des pays plus faibles que leurs créanciers paient leurs dettes. La plupart du temps, on finit par tout restructurer. Les pays ayant remboursé leurs dettes à l'Union soviétique, par exemple, se comptent sur les doigts d'une main", rappelle-t-il.

Il souligne par ailleurs que la somme en jeu reste relativement peu importante.: "La Russie ne fournit pas d'aide au Venezuela, il n'y a pas de véritable argent en jeu, il s'agit juste d'actualiser de vieux papiers", affirme l'économiste.

Le président russe Vladimir Poutine aux côtés du patron du groupe pétrolier Rosneft, Igor Sechin, à Sotchi, le 17 mai 2017 © Yuri KADOBNOV POOL/AFP/Archives
Le président russe Vladimir Poutine aux côtés du patron du groupe pétrolier Rosneft, Igor Sechin, à Sotchi, le 17 mai 2017 © Yuri KADOBNOV POOL/AFP/Archives

La Russie avait dès 2015 accepté une première fois de rééchelonner ce crédit, faisant déjà preuve de souplesse vis-à-vis de l'un de ses principaux partenaires stratégiques en Amérique latine, avec qui elle partage des relations très conflictuelles avec les Etats-Unis.

Cette fois, comme l'avait expliqué début octobre le ministre russe des Finances Anton Silouanov, l'idée est de diviser le remboursement en deux étapes pour reporter à plus tard la plus grande partie du fardeau.

Opaques avances pétrolières

Mais au-delà de ce crédit "officiel" classique entre Etat, la plus grande partie de la dette vénézuélienne envers la Russie est constituée de six milliards de dollars dus par la compagnie pétrolière PDVSA au groupe russe semi-public Rosneft, dont 2,5 milliards de dollars versés entre mai 2016 et avril 2017.

Officiellement, il s'agit d'avance pour des contrats de livraisons de pétrole et carburants prévues d'ici à 2019 mais de nombreux experts y ont vu un soutien financier déguisé à Caracas, bien plus opaque.

Le logo de Rosneft dans une station essence de Moscou le 28 juin 2017 © Yuri KADOBNOV AFP/Archives
Le logo de Rosneft dans une station essence de Moscou le 28 juin 2017 © Yuri KADOBNOV AFP/Archives

La suspicion est d'autant plus forte que Rosneft, dirigé par un proche de longue date de Vladimir Poutine, Igor Setchine, est devenu l'un des principaux vecteurs économiques des intérêts stratégiques de Moscou, nouant des contrats avec la Chine, l'Inde ou plus récemment le Kurdistan irakien.

La société s'est contentée d'assurer mardi ne voir aucun "risque" de ne pas recouvrer ses avances.

Pour Caracas, le salut dépend surtout de son créancier principal, la Chine, vu les sommes en jeu — 28 milliards de dollars — mais aussi le caractère plus fragile du soutien de Pékin par rapport à celui de Moscou.

Assurant que la "coopération sino-vénézuélienne" financière se déroulait "normalement", un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a renvoyé la balle à Caracas: "le gouvernement et le peuple vénézuéliens ont la capacité de résoudre le problème de dette de leur pays".

15/11/2017 08:09:35 –
Moscou (AFP) –
© 2017 AFP

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