Le PS, quelle reconstruction possible ?

C’est en effet une question qu’on peut se poser car depuis le printemps dernier, le PS n’en finit plus de sombrer au point de finir à 6% au premier tour de la présidentielle et 7,44 % au premier tour des législatives. A l’Assemblée nationale, les socialistes ont enregistré une baisse de 252 députés. On compte seulement 30 socialistes dans l’hémicycle. Un sondage Harris Interractive du 3 et 4 mars révèle que 33 % des Français ont envie de voir le PS jouer un rôle moindre, 42% le même rôle (qui est déjà faible avouons le) et 21% un rôle plus important. Un sondage du même organisme datant du 5/6 mars nous apprend que 77% des Français ont une mauvaise opinion du PAS. Alors si des difficultés existent aussi chez les Républicains, elles semblent encore plus grandes au PS.

Tout d’abord, l’espace politique du PS est aujourd’hui extrêmement restreint. Idéologiquement, il est pris en étau. A sa gauche, une ext gauche mélenchoniste qui se revendique très tranchée et qui est à l’avant-garde, à l’Assemblée nationale comme sur les réseaux sociaux, de l’opposition à la politique macronienne. Une extrême gauche qui, avec la personne de JLM a fini 4eme à la présidentielle. A sa droite, ce fameux grand centre de Macron. Or, tout le monde sait que le PS s’est converti au libéralisme, au libre-échangisme et à la mondialisation dérégulée dans les années 80/90, notamment avec le traité de Maastricht. Une des rares personnalités anciennement socialistes opposées au libre-échangisme étant Jean-Pierre Chevènement. Donc, même s’il s’en défend et tente de se positionner en opposition à Emmanuel Macron, le PS n’a de toute façon plus rien de socialiste économiquement. De nombreux socialistes sont des notables avec le cœur à gauche et le porte-monnaie à droite, qui ont souvent vilipendé des socialistes de l’aile gauche, avec un programme plus radical. Ces fractures idéologiques du PS rendent son espace politique très mince.Très mince mais est-il totalement inexistant ? 

Pour combler cet espace politique, il faudrait que le PS arrive à se positionner comme opposant réel à la politique macronienne. Dans le débat du 7 mars sur LCI pour le futur poste de premier secrétaire, seul Emmanuel Maurel et, par certains égards Luc Carnouvas, se sont posés en opposants farouches et déterminés selon une ligne bien à gauche. Et le choix des termes est très important. Emmanuel Maurel s’est lui-même qualifié d’opposant frontal à Macron mais assume aussi son côté frondeur vis-à-vis du PS. Il évoque un « socialisme décomplexé », une vision « anti-libérale » et se montre totalement critique du quinquennat de François Hollande. Je pense que c’est là la seule stratégie potentiellement gagnante pour le PS. Stéphane Le Foll et même Olivier Faure sous certains aspects, ne sont pas dans cette vision « du passé faisons table rase ». L’élection de S Le Foll comme Premier secrétaire du PS serait pour le parti se tirer une balle dans le pied, revenir en arrière et montrer aux Français qu’il n’a rien compris.

Or, si le PS veut renaître, il doit rompre avec le quinquennat au mauvais bilan de François Hollande et être un adversaire affirmé d’Emmanuel Macron, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. La seule possibilité pour occuper un espace politique aussi restreint est d’un côté de partir sur le terrain de JLM, autrement dit de faire muter le PS vers précisément un socialisme décomplexé et donc très un parti très à gauche, en évitant toutefois la fascination de l’extrême gauche en général pour la violence politique et la proximité de certains membres de la FI avec les thèses et mouvements indigénistes et communautaristes. Économiquement, le PS n’a toujours pas tiré leçons de ses erreurs, il s’est transformé en un parti de notables bons teints et bobos parisiens qui sont à des années-lumière des classes sociales populaires. Il a également perdu le sens de la Nation et de l’identité qui sont des thèmes tabous chez lui. Or, il pourrait avoir une carte à jouer sur ces sujets là car, à gauche, seul le MRC assume tranquillement et sans dérive nationaliste le concept de Nation. C’est là un point noir de l’extrême gauche, une partie des militants a toujours cultivé le goût de l’internationalisme au détriment de celui de la Nation française, et semble parfois détester tout ce qui est synonyme de France franchouillarde et enracinée. Toutefois, le défi est difficile pour le PS, qui peut vite se retrouver trop près d’Emmanuel Macron ou trop près de JLM Mélenchon. De son côté, Laurent Wauquiez a finalement moins de problèmes car il peut facilement affirmer une ligne de « droite vraiment de droite » comme il a dit lui-même, pour s’opposer au l’extrême centre d’Emmanuel Macron, une droite des racines, des traditions, garde-fou sur le terrain de la bioéthique. Il peut même parsemer ses discours d’une pointe de souverainisme étant donné que Marine Le Pen emprunte de nouveau un chemin libéral depuis le départ de F Philippot. Le PS est beaucoup plus bloqué.

Le PS a donc un problème clairement idéologique. Mais au-delà de ça, ne souffre-t-il pas d’une absence de personnalité politique ?

Oui, en plus du problème de doctrine et d’idéologie en rupture totale avec le peuple français, le PS manque cruellement et ce depuis des années de leader charismatique. Il est vrai que c’est là un concept qui le gène et même qu’il rejette mais pas les Français. Soyons réaliste deux minutes. En théorie, on ne devrait voter que pour un programme mais la personnalité, le charisme, l’engouement suscité par un candidat compte aussi beaucoup. L’idée de leader charismatique est totalement assumée chez la droite LR qui a eu Nicolas Sarkozy. Ce dernier continue d’ailleurs d’avoir des soutiens dont le terme de « fan » serait même plus approprié. Il a suscité une vague de rejet très violente en 2007 mais aussi un tsunami d’adhésion au-delà de son électorat de droite, il a en quelque sorte réussi à envoûter. Au PS, depuis F. Mitterrand qui était sans conteste l’un des plus grands leaders charismatiques de la Vè république, il y a un vide à ce niveau-là. S’il veut se reconstruire, le PS doit muter idéologiquement et trouver un chef charismatique capable de soulever les foules. Mais est-il prêt à le faire ? Et surtout cherche-t-il à le faire ? Dans le débat du 7 mars, même si les candidats cherchent à accéder au poste de Premier secrétaire et donc s’adressaient aux militants socialistes, ils ont eu tort de ne pas se montrer plus unificateurs au niveau national. Ils auraient dû parler aux Français même si l’issue du débat porte sur la présidence du parti. Luc Carnouvas a déclaré être fier d’être socialiste. Certes, mais le problème est justement là. Le PS fait du PS et c’est une des raisons qui a conduit à l’éloignement d’une grande partie des Français. Les candidats passaient sur des médias nationaux, potentiellement regardés par tous les Français, pas uniquement par les militants socialistes. Polémiquer sur le bilan de Hollande et n’évoquer l’Europe, la crise migratoire et la laïcité que 5 ou 10 minutes était le meilleur moyen de faire fuir les téléspectateurs et c’est ce qui s’est passé : ils étaient seulement 200 000.

Pourtant, ce débat leur a offert une couverture médiatique nationale…

En effet mais encore une fois, elle est à relativiser car ils n’ont pas su saisir l’opportunité. Or, le PS est en train de sortir du champ médiatique depuis des mois. Pour revenir sur le devant de la scène, il faut penser au-delà de la tambouille interne. Les militants vont faire leur choix mais ce qui compte le plus dans le paysage politique français, c’est l’ensemble des citoyens. La renaissance du PS passera par la France entière, si elle doit se faire.

Les médias ont le pouvoir de gonfler un évènement, une personnalité, surtout la presse people quand on sait s’entendre avec elle comme l’ont fait E et B Macron. Ne serait-ce que le choix d’un titre comme celui d’un article du HuffPost du 9 mars donne le ton : Le candidat socialiste Emmanuel Maurel, sosie de Hollande, “préférerait ressembler à Brad Pitt”. Ce titre est tout simplement pathétique. Si le HuffPost avait voulu mettre en avant le fait que E Maurel a été le meilleur des 4 débatteurs, ce qui est le cas, il aurait titré « La révélation ». Aucun média n’a jamais titré sur le fait qu’E Macron ressemble à B Vian et pourtant tout le monde y a pensé. C’est triste à dire mais, aux yeux des médias et des Français, le PS n’est plus attractif ni crédible. S’il veut le redevenir, il va devoir faire un lourd travail sur lui-même et se débarrasser de ses vieilles lubies. Et encore, tout ne dépendra pas de lui. Il sera tributaire de la réussite ou de l’échec de la majorité en place et de la capacité de la droite à se reconstruire.

18 ans, Etudiant en première année de relations internationales, passionné par l'actualité depuis le plus jeune âge. Créateur de C L'Info

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