L’arrêt du porte-avions relance le débat sur un second

La mise à l’arrêt pour un an et demi du Charles-de-Gaulle relance en pleine campagne présidentielle le débat sur la construction d’un second porte-avions dans un contexte à la fois de forte menace djihadiste et de contraintes budgétaires. 

Fleuron de la Marine française, engagé dans les conflits en Afghanistan, en Libye et plus récemment au large de la Syrie, le Charles-de-Gaulle va subir à Toulon (Var) des travaux d’entretien et de rénovation prévus de longue date.  Cet « arrêt technique majeur » du CDG, plus de quinze ans après sa mise en service en 2001, survient deux mois après son retour de la zone irako-syrienne où il a été déployé à trois reprises notamment pour appuyer, par des frappes aériennes, les forces locales au sol en lutte contre l’Etat islamique. Le prochain président devra donc composer avec l’absence de cet outil de projection jusqu’à l’été 2018, de quoi raviver le débat sur la nécessité de construire un second porte-avions dont le coût est estimé à entre trois et quatre milliards d’euros. « Peut-être qu’il serait souhaitable d’avoir un deuxième porte-avions », soulignait en novembre le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian. « Peut-être que la question se posera quand on élaborera la loi de programmation militaire qui commencera en 2020. » Loin d’être nouvelle, l’idée d’un second porte-avions a émergé dès le début des années 2000.

Cet « arrêt technique majeur » du CDG, plus de quinze ans après sa mise en service en 2001, survient deux mois après son retour de la zone irako-syrienne où il a été déployé à trois reprises notamment pour appuyer, par des frappes aériennes, les forces locales au sol en lutte contre l’Etat islamique

Face aux contraintes budgétaires, la France propose à la Grande-Bretagne de coopérer sur un projet qui prévoit la construction de trois porte-avions, dont un pour la Marine française. Un accord est signé en 2006 mais le programme est suspendu en 2008 avant d’être définitivement abandonné en 2013. Dans un rapport publié en 2014, la Cour des comptes épinglera un projet dans lequel « des sommes importantes » ont été engagées « alors que l’impasse de la coopération était très largement prévisible ». Depuis, le chantier est au point mort.

Premier Chantier de Marine Le Pen

A l’heure actuelle, seule la présidente du Front national Marine Le Pen a inscrit dans son programme la construction d’un second porte-avions, le « Richelieu ». « La commande d’un second porte-avions sera l’un des premiers grands chantiers que je lancerai », a-t-elle déclaré en décembre sur son blog.

Lors d’une conférence de presse consacrée aux questions de défense le 6 janvier, Benoît Hamon a estimé que la mise à l’arrêt du Charles-de-Gaulle posait la question. « S’il n’y a pas deux porte-avions, il n’y a pas de permanence à la mer », a dit le candidat socialiste. « La question qui nous sera posée c’est : est-ce qu’on fait deux porte-avions, l’un pour succéder au Charles-de-Gaulle et un autre à côté, ou est-ce qu’on en fait un seul mais avec le même problème qui se posera plus tard ? », a-t-il demandé. « Mais il est incontestable que vu le prix d’un deuxième PA, cette question doit être appréciée au regard des efforts que nous pouvons consentir sur le plan budgétaire. Je ne l’écarte pas mais je ne la retiens pas non plus ».

François Fillon, candidat de la droite et du centre, s’est lui montré plus catégorique. « Le porte-avions,

accompagné du groupe aéronaval, est un instrument de projection de forces et de puissance », soulignait l’ancien Premier ministre dans un entretien à Valeurs Actuelles en novembre dernier. »Cependant, il faut être lucide : nous n’avons pas les moyens d’en construire un deuxième », ajoutait-il. « Il nous faudra en revanche lancer dès le début des années 2020 les études pour construire le successeur du Charles-de-Gaulle, qui devra le remplacer à partir des années 2035. »

Poids Diplomatique

La France ne peut toutefois pas faire pendant 18 mois sans porte-avions comme si elle en avait un, a souligné le chef d’état-major de la Marine, l’amiral Christophe Prazuck, devant le Sénat, le 16 novembre dernier. « Sommes-nous pour autant condamnés à l’impuissance pour ce qui concerne les moyens maritimes ? Non ! », a-t-il déclaré citant notamment les « raids efficaces » menés depuis un BPC lors de l’opération Harmattan en Libye en 2011. « Nous attendons des missiles de croisière navals qui équiperont nos FREMM, puis les Barracuda, qui auront l’allonge que nous avons aujourd’hui avec la chasse embarquée, mais évidemment en nombre plus réduit que les munitions que peuvent délivrer nos avions », a-t-il dit. Au-delà de la dimension militaire de cet outil de projection, les défenseurs du porte-avions insistent sur son poids diplomatique et politique.

La France ne peut toutefois pas faire pendant 18 mois sans porte-avions comme si elle en avait un

L’an dernier, le déploiement du porte-avions russe, l’amiral Kouznetsov, en Méditerranée d’où il a mené des frappes en Syrie, avait été perçu comme le grand retour de la Russie sur la scène internationale. Plus récemment, le porte-avions chinois, le Liaoning, s’est dirigé pour la première fois vers le Pacifique pour des exercices en pleine mer, en dehors des eaux de la mer de Chine. »Aujourd’hui, on voit bien que les choses changent : les Chinois veulent construire quatre porte-avions, les Indiens veulent en construire trois, les Anglais sont en train d’en construire deux », a souligné l’amiral Prazuck. « Il existe donc un intérêt largement partagé pour cet outil ».

18 ans, Etudiant en première année de relations internationales, passionné par l’actualité depuis le plus jeune âge.
Créateur de C L’Info

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