La France sonnée après la mort du monument national Johnny Hallyday

La France sonnée après la mort du monument national Johnny Hallyday
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La France était sous le choc mercredi après la mort à 74 ans du chanteur Johnny Hallyday, véritable monument national qui a accompagné des générations de Français et de francophones dans le monde.

Annoncée dans la nuit à l'AFP par l'épouse du chanteur, Laeticia, la mort de l'"Elvis français" a cueilli à froid le pays, entre douleur, incrédulité et émotion.

Johnny Hallyday (G) le 27 janvier 1999 à Gerardmer, en compagnie de sa femme Laeticia © FRANCK FIFE AFP/Archives
Johnny Hallyday (G) le 27 janvier 1999 à Gerardmer, en compagnie de sa femme Laeticia © FRANCK FIFE AFP/Archives

"Ce qui est dur, c'est qu'on avait l'impression qu'il était invincible", a réagi Emmanuel Macron depuis Alger, saluant un "héros français". Le palais présidentiel a dit "consulter" la famille sur un possible hommage national au chanteur emporté par le cancer à son domicile de Marnes-la-Coquette, une banlieue huppée près de Paris où s'est rendue dans l'après-midi Brigitte Macron pour se recueillir.

Les chanteurs Johnny Hallyday et Sylvie Vartan, jeunes mariés, sont photographiés à l'aéroport espagnol de Barajas en avril 1965 ©  AFP/Archives
Les chanteurs Johnny Hallyday et Sylvie Vartan, jeunes mariés, sont photographiés à l'aéroport espagnol de Barajas en avril 1965 © AFP/Archives

Applaudissements à l'Assemblée nationale, radios et télés où tournent des éditions spéciales depuis l'aube, plus d'un demi-million de messages sur les réseaux sociaux… La France fait le deuil de Johnny.

"Comme toute la France, mon coeur est brisé. J'ai perdu l'amour de ma jeunesse et rien ne pourra jamais le remplacer", a déclaré à l'AFP la chanteuse Sylvie Vartan, un temps mariée à Johnny Hallyday avec qui ils incarnaient le couple mythique des années 60, alimentant les gazettes dans cette France insouciante des 30 glorieuses.

"Lien affectif"

Johnny Hallyday, l'icône du rock à la française © Paul DEFOSSEUX AFP
Johnny Hallyday, l'icône du rock à la française © Paul DEFOSSEUX AFP

"On est sonnés (…) Il a réussi à créer un lien affectif au-delà de l'appréciation de son art. Tout le monde perd un proche", a réagi le comédien Pierre Palmade pour l'AFP, traduisant un sentiment largement partagé en France: tous les Français ou presque connaissent Johnny, ses chansons, son timbre de voix, son accent. Il faisait partie de la psyché française.

Mort de Johnny Hallyday © GERARD JULIEN AFP/Archives
Mort de Johnny Hallyday © GERARD JULIEN AFP/Archives

Pour les fans, l'émotion est parfois très forte. "Je suis très ému… Je n'arrive pas à travailler", confiait à l'AFP Toni Meunier, 58 ans, cordonnier à Sedan (est). "On est orphelins, on est vraiment orphelins….", disait, en larmes, François Le Lay, un fan de longue date à Eysines, près de Bordeaux (sud-ouest).

Johnny Hallyday © Paul DEFOSSEUX AFP
Johnny Hallyday © Paul DEFOSSEUX AFP

"Tout le monde aimait Johnny au moins un peu (…) Il n'y a pas d'autre icône comme Johnny en France", jugeait Georges Fratello, un barman de 37 ans rencontré dans les rues de Paris.

Pour tous les Français, "il aura été la bande-son de plusieurs générations", écrit Le Monde dans un supplément spécial, où le sociologue Jean-Louis Fabiani explique: "Johnny, c'était la France (…) Il reste incompréhensible en dehors de la culture française, qu'il a fini par incarner".

"Je n'ai jamais acheté d'album mais j'ai grandi avec lui", témoignait Sylvie Rahmouni, 64 ans. "C'est un symbole de la France".

Johnny Hallyday le 14 septembre 1982 au Palais des Sports © PHILIPPE BOUCHON AFP/Archives
Johnny Hallyday le 14 septembre 1982 au Palais des Sports © PHILIPPE BOUCHON AFP/Archives

"Géant du show-business… une véritable légende !" a tweeté la superstar québécoise Céline Dion. Un autre titan de chanson francophone, Charles Aznavour s'est dit "frappé douloureusement" par la mort de celui qu'il avait aidé à décoller au début des années 60, en écrivant pour lui l'une de ses plus belles chansons, "Retiens la nuit".

"Allumer le feu", "Les portes du pénitencier", "Gabrielle", "Marie"… Ces succès ont résonné aux oreilles de tous, et pas seulement en France. Au fil d'une vie menée à fond de train, avec ses excès, ses amours tempétueuses, ses maisons en Suisse et aux Etats-Unis sur fond d'accusation d'exil fiscal, "Johnny", qui a aussi été acteur, était devenu au fil des décennies plus qu'un artiste.

Comme la tour Eiffel

Parmi la cohorte d'admirateurs en deuil à Marnes-la-Coquette, José Albine, T-shirt de Johnny Hallyday sur le dos, confiait, la voix brisée par l'émotion: "Je le mets au niveau de la tour Eiffel".

"Tu resteras la tour Eiffel dans l'histoire artistique de France", a salué sur sa page Facebook le rappeur franco-congolais Passi, avec lequel il avait travaillé, illustrant la capacité qu'avait l'artiste à dépasser les frontières des styles musicaux, une des clés de sa longévité.

"C'est un vieux complice qui vient de terminer sa mission sur terre. Johnny est un pan de notre mémoire culturelle", a affirmé le chanteur de reggae ivoirien Alpha Blondy.

Car l'émotion touche le monde francophone, au Gabon, en Centrafrique, Belgique où il était surnommé le "plus belge des Français". Il était en effet au civil Jean-Philippe Smet, du nom de son père belge, qui l'avait abandonné après sa naissance en France. Johnny avait tenté en vain d'acquérir la nationalité belge avant de finalement renoncer.

Ses chansons ont été diffusées dans le métro bruxellois ce mercredi et "ce matin, nous avons tous une chanson de Johnny qui nous vient directement en tête", a tweeté le Premier ministre belge Charles Michel.

"Par son immense talent et sa carrière exceptionnelle, Johnny Hallyday aura marqué des générations entières de jeunes africains francophones", a réagi Alain-Claude Bilie By Nze, porte-parole du gouvernement et ministre de la Culture gabonais.

"Johnny c'est un artiste musicien, une légende", rappelle Michel Zéli, enseignant à la retraite interrogé à Bangui. "Nous à l'époque, pour être bien vu du côté des filles, il nous fallait chanter les oeuvres de Johnny. Et moi c'était +Noir c'est noir+, +Souvenir+, ou encore +Ma Gueule+".

06/12/2017 19:26:58 –
Paris (AFP) –
© 2017 AFP

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