« Johnny, c’est notre vie »: à Marnes-la-Coquette, des fans en deuil

"Johnny, c'est notre vie": à Marnes-la-Coquette, des fans en deuil
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/ Thomas SAMSON AFP

"Sans tes concerts, c'est la fin de notre histoire d'amour ensemble": des fans en deuil affluaient mercredi devant le domaine de Johnny Hallyday à Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine), tenus à bonne distance par un important dispositif de sécurité.

"C'est comme si je perdais quelqu'un de ma famille": Grégory Lebas, ému devant la petite impasse menant au domaine "La Savannah" du chanteur, était sur place dès 06H30, à peine quatre heures après l'annonce de la mort de la star à 74 ans des suites d'un cancer du poumon.

Fan du chanteur depuis ses 10 ans, cet habitant de la commune proche de Boulogne-Billancourt "ne pouvait pas faire autrement" que de se déplacer. "Dès que j'ai appris la nouvelle, il fallait que je vienne, je n'allais pas rester chez moi. Je l'ai suivi partout", ajoute cet homme de 33 ans, informé du décès par une alerte sur son téléphone portable.

André, un fan de Johnny Hallyday, près de la maison de son idole à Marnes-la-Coquette le 6 décembre 2017 © Thomas Samson AFP/Archives
André, un fan de Johnny Hallyday, près de la maison de son idole à Marnes-la-Coquette le 6 décembre 2017 © Thomas Samson AFP/Archives

L'arrivée des premiers fans a coïncidé avec la mise en place d'un important périmètre, avec la mobilisation d'une dizaine de cars des forces de l'ordre aux abords du domaine de la star.

Au fil de la journée, sous un ciel laiteux, les fans se frayaient un chemin entre nombreuses caméras des journalistes, certains venant déposer des fleurs ou des petits mots dans cette banlieue cossue. Le défilé des proches se poursuivait aussi, avec notamment l'arrivée du réalisateur Claude Lelouch, ou encore de l'humoriste Muriel Robin.

"C'est un peu comme si j'avais perdu un oncle, quelqu'un de proche, un ami", résume Christophe Divary, venu avec sa mère déposer une rose blanche. "J'aimais l'homme, sa joie de vivre, l'esprit américain. C'était un tout", ajoute-t-il.

Véronique se rappelle avoir découvert le chanteur "toute petite", à la "télé en noir et blanc": "j'adorais le voir danser, se déhancher, se rouler par terre". "Ca fait trop de mal. On s'y attendait, mais on espère toujours", dit, la voix brisée, cette aide à domicile de 53 ans, qui serait venue "en rampant" s'il le fallait.

Le réalisateur Claude Lelouch arrive au domicile de Johnny Hallyday à Marnes-la-Coquette le 6 décembre 2017 © Thomas SAMSON AFP
Le réalisateur Claude Lelouch arrive au domicile de Johnny Hallyday à Marnes-la-Coquette le 6 décembre 2017 © Thomas SAMSON AFP

Chaque fan a son anecdote à raconter sur "Johnny", une rencontre, un moment marquant. Beaucoup l'ont suivi en tournée ou ont campé plusieurs jours devant l'un de ses lieux de concerts.

"C'est notre vie à nous, Johnny", résume Yves Buisson, dont les bras sont tatoués du visage et du nom de la star. "C'est mon dieu à moi", ajoute-t-il. "J'ai appris ça à 07H00, j'ai eu du mal", grimace ce fan, qui espère qu'un hommage national sera rendu au chanteur sur "les Champs Elysées".

'Un amour de jeunesse'

Laura Feron, 29 ans, arbore elle aussi un tatouage au nom de "Johnny Hallyday": c'est l'artiste lui-même qui, voici un an et demi, l'a invitée dans sa loge après un concert et lui a signé un autographe sur le bras. Elle a ensuite fait inscrire à l'encre permanente la signature de son idole.

Aujourd'hui, elle n'ira pas travailler. "Mes collègues étaient prévenus, ils comprennent", assure cette vendeuse aux Galeries Lafayette.

"Il m'a appris la joie, le rock'n'roll, la +rock'n'roll attitude+. Il nous faisait voyager", sourit Geneviève Dimitropoulos, les larmes aux yeux, venue "témoigner sa reconnaissance" à celui qui était un "compagnon de vie".

"C'était un être d'exception", "il a donné sa vie à son public", estime cette élégante conseillère en voyages à Levallois-Perret, "en deuil" derrière ses lunettes noires.

T-shirt de Johnny Hallyday sur le dos, drapeau du Brésil autour du cou, José Albine confie aussi son désarroi, la voix brisée par l'émotion.

"Je suis un fan depuis 1972, j'ai vu plus de 780 concerts", assure-t-il. "Il a tellement un grand coeur Johnny, je le mets au niveau de la tour Eiffel", poursuit-il, bouleversé et refusant de parler de son idole au passé.

Dans ses mains, une pancarte: "Johnny, si tu arrêtes, le soleil et tes fans vont disparaître peu à peu. Sans tes concerts, c'est la fin de notre histoire d'amour ensemble".

Drapée dans son long manteau noir et les yeux humides derrière ses lunettes à fines montures en métal, Michelle Bigot ne craint pas de parler d'amour.

"C'était pour moi un amour de jeunesse. J'ai toujours aimé cet homme, il était beau, il avait une carrure… Je ne peux pas expliquer ce que je ressens, mais c'est vraiment très fort. Il est en moi, il vit avec moi, c'est quelqu'un de ma famille", dit cette femme de 70 ans.

06/12/2017 15:08:19 –
Marnes-la-Coquette (France) (AFP) –
© 2017 AFP

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