JO-2018: la Russie suspendue pour un dopage d’État, ses sportifs sous drapeau olympique

JO-2018: la Russie suspendue pour un dopage d'État, ses sportifs sous drapeau olympique
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/ Sophie RAMIS AFP

Le président russe Vladimir Poutine pourrait s'exprimer mercredi au lendemain de la décision du Comité international olympique (CIO) de suspendre la Russie des jeux Olympiques d'hiver 2018 pour dopage institutionnalisé tout en permettant aux sportifs "propres" de concourir sous drapeau olympique.

M. Poutine a prévu un discours à l'occasion du Forum national des bénévoles et pourrait réagir à cette décision qui fera date dans l'histoire de l'olympisme. Car la commission exécutive du CIO a décidé pour la première fois de sanctionner tout un pays pour dopage, et de lui interdire l'accès à sa compétition de référence.

Par le passé, l'instance olympique avait déjà exclu des pays, mais uniquement pour des raisons politiques ou de conflits (apartheid en Afrique du Sud, guerre dans les Balkans…).

Le dopage d'Etat organisé par la Russie est "une attaque sans précédent contre l'intégrité des jeux Olympiques et du sport", a commenté le président du CIO Thomas Bach, à propos du système de dopage mis en place en Russie. "La commission exécutive du CIO a pris des sanctions proportionnées au regard de la manipulation systémique, tout en protégeant les athlètes propres", a ajouté le dirigeant allemand.

Le Comité olympique américain a salué une décision "forte et de principe", tandis que l'Agence mondiale antidopage s'est félicitée de la mise en place d'un "panel pour déterminer les critères pour l'intégration des sportifs russes sous drapeau neutre".

L'entrée du siège du Comité olympique russe, le 5 décembre 2017 à Moscou © Kirill KUDRYAVTSEV AFP
L'entrée du siège du Comité olympique russe, le 5 décembre 2017 à Moscou © Kirill KUDRYAVTSEV AFP

Grigory Rodchenkov, ancien patron du laboratoire antidopage de Moscou devenu lanceur d'alerte à l'origine des révélations, a loué "un message fort qui montre que le CIO a rejoint la communauté internationale pour affirmer que les tricheries de la Russie doivent être sévèrement sanctionnées".

Le CIO a pris sa décision "par consensus", a assuré M. Bach. L'instance suit ainsi, deux ans plus tard, la voie tracée par la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), qui avait suspendu la Fédération russe le 13 novembre 2015 après les révélations d'un dopage systématique couvert par les autorités russes dans la première discipline olympique, et offert la possibilité aux athlètes russes pouvant montrer patte blanche de participer sous la bannière olympique aux JO-2016 de Rio.

Le CIO a aussi personnalisé la faute, en bannissant à vie Vitali Moutko, vice-Premier ministre russe et longtemps figure du sport russe en tant que ministre, organisateur en chef de Sotchi-2014 ou encore grand ordonnateur de la prochaine Coupe du monde de football 2018.

'Débat houleux'

Le chef du comité organisateur sud-coréen (Pocog) de ces JO à Pyeongchang (9-25 février) Lee Hee-Bum a lui affirmé qu'il aurait préféré que les sportifs russes sélectionnés concourent sous la bannière de leur pays mais qu'il acceptait la décision du CIO.

"Nous pensons que le fait que les Russes soient au moins autorisés à concourir individuellement est la deuxième meilleure solution, mais pas la meilleure", a-t-il déclaré.

"Nous ne savions pas qu'elle (la sanction) serait si forte", a souligné Lee Hee-Bum, affirmant qu'il y avait eu "un débat houleux" au sein du CIO avant la décision finale.

Dopage : comment les Russes ont fraudé les contrôles © Sophie RAMIS AFP
Dopage : comment les Russes ont fraudé les contrôles © Sophie RAMIS AFP

Mardi, le président du Comité olympique russe Alexander Joukov a présenté ses "excuses pour les violations des règles antidopage commises dans notre pays au cours des années précédentes" devant le CIO. Mais, a-t-il estimé, "punir des innocents est injuste et immoral", selon un communiqué du Comité olympique russe.

Concernant la possibilité pour des sportirs russes de se présenter individuellement, M. Joukov a ajouté qu'ils se décideraient le 12 décembre sur leur participation ou non sous drapeau neutre.

Lee Hee-Bum s'est lui engagé à faire son possible pour exhorter les autorités russes à "permettre à autant d'athlètes que possible" de participer aux Jeux.

Pour Poutine, l'humiliation ou le boycott

Près de 17 mois après les révélations en juillet 2016 du rapport McLaren, établissant un dopage institutionnalisé dans le sport russe entre 2011 et 2015, avec l'implication de Moscou et des services secrets (FSB), le CIO a donc décidé de prendre ses responsabilités.

Avant les JO-2016 à Rio, l'instance suprême de l'olympisme avait renoncé à suspendre la superpuissance sportive, renvoyant aux fédérations internationales le rôle de faire le tri au sein des sportifs russes, un procédé qui avait été vivement critiqué à l'époque. Au final, seul l'athlétisme avait durement sanctionné la Russie, et le pays avait présenté une délégation de 276 sportifs à Rio, contre 387 envisagés initialement.

Mais après un an et demi d'enquête de deux commissions, mises sur pied par le CIO et présidées par les Suisses Denis Oswald et Samuel Schmid, les preuves amassées étaient bien trop importantes.

Les conclusions présentées mardi après-midi à Lausanne devant les 14 membres de la commission exécutive et le président Bach sont accablantes pour la Russie.

Les premiers signaux d'un durcissement de ton du CIO avaient été envoyés tout au long du mois de novembre par la Commission Schmid, qui a disqualifié 25 sportifs russes des JO-2014, retirant ainsi un tiers des médailles russes remportées à Sotchi, dont quatre titres sur treize.

Cette décision met le président russe Vladimir Poutine devant ses responsabilités, avec le choix, à un peu plus de trois mois de l'élection présidentielle, de l'humiliation ou du boycott.

"Un boycott olympique n'a jamais rien résolu", a d'ores et déjà déminé Thomas Bach, mardi soir, qui a assuré qu'il n'avait "pas discuté" avec M. Poutine de la question de l'éventuelle suspension de son pays.

Le 19 octobre, Poutine avait pourtant prévenu: obliger les athlètes russes à évoluer sous bannière neutre constituerait une "humiliation pour la Russie".

Les sportifs russes auront été particulièrement contrôlés: sur les 7.000 contrôles antidopage réalisés depuis plusieurs mois concernant 4.000 athlètes, les Russes ont été "de loin les sportifs les plus contrôlés", a souligné jeudi Richard Budgett, le directeur médical du CIO.

06/12/2017 10:24:53 –
Lausanne (AFP) –
© 2017 AFP

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