La « guerre du pain » fait rage au Venezuela

Appuyés par des miliciens, des inspecteurs surveillent le pain qui sort du four à Caracas: dans son pays en crise, le président du Venezuela Nicolas Maduro est parti en guerre contre un complot supposé des boulangers visant à organiser une pénurie de cet aliment de base.

Le gouvernement socialiste, qui monopolise à travers un contrôle des devises l’importation des aliments, veut que 90% de la farine qu’il vend aux boulangeries à un tarif subventionné soit destinée à faire du pain, dont le prix est régulé, plutôt que de la brioche ou des gâteaux, vendus à un prix libre et donc bien plus chers.

Résultat, des étagères pour le « canilla » ou le « francès » souvent vides alors que celles destinées aux pâtisseries sont pleines.

Au Venezuela, la pénurie frappe 68% des produits basiques et l’inflation y est incontrôlable (1.660% fin 2017, prédit le FMI). Les files d’attente, habituelles devant les supermarchés ou les pharmacies, s’étendent désormais aux boulangeries.

Sur le front de la « guerre du pain », comme l’a dénommée le chef de l’Etat, M. Maduro a déployé ses services, dont le Sundde, un organisme chargé de la défense des droits socio-économiques, qui a déjà arrêté quatre personnes et exproprié deux boulangeries de Caracas.

Les deux établissements, accusés d’enfreindre la « loi des prix justes », ont été remis aux comités de citoyens, appelés Clap, qui distribuent des aliments subventionnés dans les zones populaires.

Dimanche, le président avait menacé les boulangers qui « cachent le pain au peuple » et ordonné des inspections avec le concours de la force publique, de l’armée et des milices composées de sympathisants de Nicolas Maduro.

Dans la vingtaine de boulangeries visitées par l’AFP dans la capitale, très peu proposent du pain. Celles qui en ont l’écoulent au compte-goutte, en limitant les quantités par client.

Après avoir trouvé cet aliment de base dans le centre de Caracas, Arilluri Rodriguez, une styliste de 50 ans, applaudit les mesures du gouvernement. « Ce sont les boulangeries qui cachent la farine, qui l’accaparent », assure-t-elle.

Des membres des forces de sécurité surveillent la vente de pain à Caracas, le 17 mars 2017

Vent de panique

D’autres, estiment que ces mesures coercitives ne vont rien changer.

« Ca ne va pas s’arranger. Il ne peut pas y avoir plus de pain si le gouvernement ne fournit pas davantage de farine. Ils montent ces opérations pour passer à la télévision et avoir l’air de résoudre le problème », déclare à l’AFP Alexis Mendez, professeur à la retraite de 68 ans devant une boulangerie du quartier populaire de Catia (ouest).

Selon la fédération du secteur (Fevipan), les 8.000 boulangeries du pays ont besoin de 120.000 tonnes de blé par mois pour répondre à la demande, or le gouvernement n’en distribue que 30.000 tonnes.

« Lorsqu’il y a de la farine, nous vendons du pain, mais ils ne nous fournissent que tous les 15 ou 20 jours. Ils nous donnent 20 sacs (de 50 kilos), et dans des conditions normales, on aurait besoin de 8 sacs par jour », explique à l’AFP Fran Suero, 41 ans, qui travaille dans une boulangerie à l’est de Caracas.

La présidente du Conseil national du commerce Cipriana Ramos estime que l' »on s’attaque aux conséquences et non aux causes: sans matière première, on ne peut pas produire du pain ».

Les producteurs dénoncent des prix régulés inférieurs aux coûts de production, selon eux.

Dans une vidéo diffusée par le Sundde, on peut voir le responsable de cet organisme Williams Contreras effectuer un contrôle surprise. « Quelqu’un va être arrêté ici », lance-t-il en constatant qu’il n’y a pas de pain et avant que la police n’emmène les commerçants.

« Ils avaient un panneau où il était écrit +plus de pain jusqu’à nouvel ordre+, mais lorsque nous sommes entrés, il y avait 100 sacs de farine de blé », se justifie M. Contreras.

Un vent de panique s’est emparé des boulangers.

« Derrière, il y a une mauvaise intention, celle de saisir les boulangeries. Ici, la Sundde a effectué un contrôle de manière menaçante. Ils m’ont dit qu’ils allaient me jeter en prison s’il y avait de la farine et pas de pain. Quand ils sont arrivés, nous étions juste en train de le sortir (du four), du coup, ils n’ont rien fait », raconte à l’AFP Mario, un autre boulanger.

18 ans, Etudiant en première année de relations internationales, passionné par l’actualité depuis le plus jeune âge.
Créateur de C L’Info

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