Fillon, mis en examen, doit ressouder et convaincre son camp

Lesté d’une mise en examen pour « détournements de fonds publics », François Fillon va essayer de rapiécer une droite fracturée pour se hisser au second tour de l’élection présidentielle, persuadé que tout peut se jouer dans les derniers jours.

Depuis fin janvier, chaque semaine apporte son lot de révélations: emplois présumés fictifs de sa femme et de deux de ses enfants, prêt de son ami l’homme d’affaires Marc Ladreit de Lacharièrre ou, dernier épisode en date, des costumes sur mesure offerts par un autre ami généreux, l’avocat Robert Bourgi, connu pour ses réseaux dans plusieurs pays africains.

Et chaque semaine, depuis, François Fillon essaie de « relancer » sa campagne, sur le terrain ou en expliquant son projet, éclipsé par les affaires le visant lui et sa famille.

« Quel gâchis! », a résumé, lapidaire, Alain Juppé, alors qu’il y a trois mois la droite semblait avoir un boulevard devant elle.

Eric Woerth à Paris le 18 octobre 2016

L’ancien ministre Eric Woerth juge que les débats télévisés à venir – le premier aura lieu lundi – sont un avantage pour François Fillon, qui en avait tiré profit lors de la primaire de la droite de l’automne. « C’est un atout pour lui, au moins dans ce débat, on va parler de fond », explique l’ancien ministre du Travail.

Sa mise en examen, inédite pour un candidat majeur à l’élection présidentielle, a été très peu commentée dans son camp. L’information avait été « digérée », comme disent les communicants, puisqu’annoncée quinze jours plus tôt par le candidat lui-même, qui a, lors de son audition mardi, refusé de répondre aux questions du juge.

Cap donc sur les adversaires. « Les adversaires, c’est Macron et Marine Le Pen », explique son entourage. Emmanuel Macron est un candidat au programme « mou » et « attrape-tout », « très surestimé » et « qui flotte sur les nuages », a lancé récemment l’ex-Premier ministre. Quant à Marine Le Pen, avec son « programme délirant », « elle est terriblement dangereuse ».

‘Tout est possible

Alors, celui qui se décrit comme le « rebelle que le système n’arrêtera pas », un « combattant balafré », veut montrer qu’il intensifie sa campagne. Plusieurs déplacements sont au programme dans les deux semaines à venir: Biarritz, Tours, Nantes, Toulon… pour l’instant uniquement en France métropolitaine.

Patrick Stefanini et François Fillon le 28 août 2016 à Sablé-sur-Sarthe

Alors qu’une partie de son équipe de campagne l’a quitté, dont son directeur Patrick Stéfanini, François Fillon a déjà commencé à reconstituer les troupes, notamment avec les sarkozystes François Baroin, Christian Jacob et Luc Chatel. Pour l’instant, les juppéistes, à l’exception de Jean-Pierre Raffarin, se font discrets.

« La droite de Sarkozy, de Juppé ou de Fillon, au fond, c’est la même droite qui est derrière Fillon », affirme Eric Woerth.

Des changements pourraient se profiler également dans l’organigramme de LR avec Laurent Wauquiez qui ambitionne de revenir en force.

Emmanuel Macron (D) et Francois Bayrou posent pour les photographes, le 23 février 2017 à Paris

Les centristes de l’UDI, qui avaient demandé le retrait de Fillon, se sont de nouveau rangés derrière le candidat et ont signé cette semaine l’accord pour les législatives.

François Bayrou a lui décidé de partir s’allier avec Emmanuel Macron. Pour l’instant, seul un sénateur LR a franchi le Rubicon, Jean-Baptiste Lemoyne, qui avait soutenu Juppé lors de la primaire. Le parti a engagé une procédure d’exclusion à son encontre.

Comme le résume un élu LR, « tout est possible » dans cette campagne. « Je pense que François Fillon est sous-estimé dans les enquêtes d’opinion et Marine Le Pen est plus vers 30% en réalité », explique cet élu, qui évoque une « atmosphère nauséeuse » et un « populisme ambiant ».

Une certitude pour François Fillon, fort d’avoir doublé ses adversaires dans la dernière ligne droite de la primaire: « les choses se cristalliseront dans les derniers jours, dans la dernière semaine quasiment (…), au moment où les Français ont le sentiment qu’ils ont une responsabilité en mettant un bulletin dans l’urne ».

18 ans, Etudiant en première année de relations internationales, passionné par l’actualité depuis le plus jeune âge.
Créateur de C L’Info

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