De l’enfance à l’âge adulte (1/6)

C L’Info vous propose une série de six épisodes, répartis sur six semaines autour de l’oeuvre de Stefan Zweig Le Monde d’Hier. Écrivain, dramaturge, biographe, Stefan Zweig, né en 1881 à Vienne, aura vu glisser sa ville et sa vie de l’élévation spirituelle et culturelle la plus haute à la décadence morale et à l’échec. Zweig fuit le nazisme et s’exile à Londres dès 1934, puis au Brésil en 1941. Il commence alors la rédaction du “Monde d’Hier, souvenirs d’un Européen”, livre nostalgique, mais d’une nostalgie active, c’est un “cri de papier”. Livre-Testament d’un monde qui n’est plus, celui de la sécurité et du “Progrès” ; Livre-Témoignage sidéré d’un européen face à ce qu’il appelle “l’échec de la civilisation”. En 1942, Stefan Zweig se suicide, précisément au lendemain d’avoir posté le manuscrit du “Monde d’hier” à son éditeur. “Le Monde d’Hier” sera publié en 1944.

Pour évoquer la sécurité, Zweig cite Goethe, qui déclare « Nous éprouvons des sensations et ce que nous avons senti ». Selon l’auteur, la période de l’avant guerre était l’âge d’or de la sécurité, la monnaie circulant en de brillantes pièces d’or. Chaque famille avait son budget bien établi, elle savait ce qu’elle aurait à dépenser pour vivre, sans la précaution de réserver une petite somme pour les imprévus. Ce sentiment de sécurité était le trésor de millions d’êtres, leur idéal de vie commun, le plus digne d’efforts. Dans cette touchante confiance ou l’on était sur de pouvoir entourer sa vie de palissades sans la moindre brèche par où le destin eut pu faire irruption, il y avait, malgré tout, la sagesse rangée et toute la modestie des conceptions de vie. Selon lui, la baisse de sécurité passe par le « progrès » ininterrompu et irrésistible en ce temps là. Déjà, grâce au téléphone, les hommes pouvaient conserver à distance des données enregistrées. Il nous est aisé, à nous, les hommes d’aujourd’hui qui depuis longtemps avons retranché le mot sécurité de notre vocabulaire comme une chimère, de railler le délire optimiste de cette génération aveuglée par l’idéalisme, pour qui le progrès technique de l’humanité devait entraîner fatalement une ascension morale tout aussi rapide. Maintenant que le grand orage l’a depuis longtemps fracassé, nous savons de science certaine que ce monde de sécurité n’était qu’un château de nuées, les êtres bénéficiants dune protection particulière contre les assauts de vents. « La famille de mon père était originaire de Moravie », région forte en communauté juive, présente dans de petites agglomérations campagnardes, en harmonie avec la paysannerie et la petite bourgeoisie. Pour parler de sa mère, Mademoiselle Brettauer, Zweig parle de plusieurs origines différentes, du sud de l’Italie à l’Allemagne. Puis, l’auteur nous exprime sa vision de la communauté juive, représenté par la passion de la richesse, un degré intermédiaire, un moyen d’atteindre son but véritable. Vienne, la grande ville dans laquelle l’auteur écrit, au début de sa vie, raconte une expérience de vie où l’aspiration à la culture est bien plus passionnée que dans le reste de l’Europe, grâce à son histoire, inspirée des Romains, des Flamands et des Européens de l’Ouest. On vivait bien, on menait une vie facile et insouciante dans cette vieille ville de Vienne, convoitée par l’Europe entière pour ses cafés, opéras, où se regroupaient nombres d’intellectuels. Zweig se vante ainsi d’être né dans un siècle ou le temps était passion, un monde ordonné aux stratifications claires et aux transitions tranquilles, un monde sans hâte.

« Il allait de soi qu’après l’école primaire on m’enverrait au lycée » écrit Zweig dans ce monde où toutes les familles fortunées demandent à avoir des fis cultivés, par l’apprentissage des langues, de la musique. « Pendant cinq années d’école primaire et huit ans de lycée, il fallait passer cinq à six heures par jour sur les bancs de la classe, puis une fois les cours terminés, faire ses devoirs », telle était la vision très scolaire de l’auteur, qui, sans critiquer l’école autrichienne relate une trop forte schématisation des plans scolaires dans lesquels les élèves doivent rester droit. En effet, « l’Autriche était un vieil empire régi par un vieillard, gouverné par de vieux ministres, un Etat qui, sans ambition, espérait uniquement se maintenir intact dans l’espace européen en se défendant de tout changement radical ». L’auteur nous explique également comment il a souffert, durant des années de l’école et de cette parole vide de toute camaraderie, autoritaire, doctrinaire, altière, avec qui, il s’entendit jusqu’à ses 14, 15 ans. En vient la critique des auteurs de son époque et de celles passées, Balzac et sa conception Napoléonienne, Hofmannsthal et son existence physique, ou bien encore les premiers pas de Rilke. L’auteur décrit son enfance comme la vie de jeunes gens qui ne se soumettent à aucune convention imposée. Il regrette de voir la littérature du XIXe comme une vague de désordre d’une jeunesse en quête de repères, lorsque Madame Bovary sera, dans un premier temps, interdit par un tribunal français avant d’être publié bien des années après. Ainsi, le rôle de la femme est expliqué par Zweig comme un acharnement afin de maintenir une femme de la « bonne société », qui doit être mariée de force, une pensée qu’il critiquera, en poursuivant sur la l’effroyable extension de la prostitution en Europe jusqu’à la Guerre Mondiale. Il exprime ainsi son désarroi quant à la position officielle de l’Etat et de sa morale en face de ces sombres affaires, qui ont marqué son enfance et adolescence.

« Enfin était venu le moment longtemps attendu où, avec la dernière année du siècle, nous pûmes claquer derrière nous la porte du lycée abhorré », telle est la pensée inspirante du renouveau pour l’auteur. L’université en Autriche, était appréciée des étudiants, vue d’une singularité héritée, les étudiants jouissant de certains privilèges qui les plaçaient bien au dessus de leurs compagnons d’âge. Les universités d’Autriche avaient, pour la plupart, été fondées au Moyen-Âge, époque où les occupations scientifiques passaient pour quelque chose d’extraordinaire afin d’inciter les jeunes gens à se consacrer pleinement aux études. Au fil du temps, avec la démocratisation croissante de la vie publique, alors que toutes les autres corporations du Moyen-Âge se dissolvaient, cette position privilégiée des universitaires se perdit dans toute l’Europe, sauf en Allemagne et en Autriche, où le sentiment de classe à toujours prévalu sur les idées démocratiques. Zweig explique ainsi que c’est lui, dans la famille, qui à été choisi pour étudier à l’université, son frère ainé étant entré dans l’entreprise industrielle de ses parents. Zweig entreprit des études de lettres, restant cependant persuadé qu’un être peut devenir philosophe, historien, ou bien juriste sans aucune année d’université. Dans son ouvrage, l’auteur cite des moments positifs de sa vie universitaire, pleine d’encouragements, de réussites et de passion. En plus de ses études, Zweig officiera en tant que journaliste dans les journaux, l’occasion pour lui de rencontrer Théodore Herzl, le premier journaliste à mettre en place l’idée d’un Etat autonome juif à la fin du XIXe siècle. Au travers de la lecture de ce chapitre, nous comprenons ainsi que la vie étudiante de Zweig s’est transformée en une vie journalistique, dans laquelle il a pu rencontrer différents auteurs. En peu de temps, il devient une personnalité influente, et quitte sa ville natale d’Autriche pour se rendre à Berlin, dans le but d’approfondir ses recherches sur les grands hommes de la fin du XIXe siècle. Zweig écrit « Les grands consortiums, les familles opulentes venaient s’installer à Berlin, et une nouvelle richesse, associée à l’audace de l’esprit d’entreprise offrait à l’architecture, au théâtre, plus de possibilités qu’en aucune des grandes villes d’Allemagne » pour décrire l’immensité de la ville dans laquelle il s’instruit. Dîners, entretiens, écriture et traductions de textes, Zweig resta attaché à cette ville durant près de 3 années, qu’il retiendra comme parmi les meilleures de son existence.

18 ans, Etudiant en première année de relations internationales, passionné par l’actualité depuis le plus jeune âge.
Créateur de C L’Info

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