Culture on Live : Rodin intime à Meudon

C'est un Auguste Rodin intime que nous vous invitons à découvrir ce mardi après-midi (à 15 heures) sur Facebook. Vous serez probablement surpris, car on n'évoque que trop rarement la face intime, parfois sombre, d'un génie. Rodin était aussi un grand peureux, un être irascible, ignorant des choses matérielles de la vie, violent envers sa compagne, un être naïf, tête-en-l'air. Mégalo, certainement, et également rancunier. Peu connaissent ces aspects de sa vie, tous louent son talent unique.

Nous avons choisi de nous rendre dans sa villa des Brillants, sur les hauteurs de Meudon (Hauts-de-Seine), et non pas à l'hôtel Biron, car c'est là qu'il mourut le 17 novembre 1917, dans des conditions misérables, entouré de deux cousines désireuses d'arracher quelques bribes de l'héritage. Isabelle Bissière, directrice culturelle du musée Rodin (la villa des Brillants en fait partie), a accepté de nous servir de guide.

C'est en 1895 qu'Auguste, alors âgé de 55 ans, achète cette villa pour s'éloigner de Paris et de Camille Claudel. Il y fait transporter, pierre par pierre, son pavillon de l'Alma édifié lors de l'Exposition universelle de 1900. Il y entrepose ses milliers de plâtres, dont ceux correspondant à ses sculptures les plus célèbres. Aujourd'hui, le pavillon n'est plus, il est remplacé par un vaste bâtiment. Au cours de la visite, nous découvrirons également sa collection de sculptures antiques et de tableaux. Voilà qui est bien plus émouvant à visiter que le musée parisien.

L'hiver 1916-1917 est particulièrement rude. Nous sommes en pleine guerre. Le bois et le charbon manquent. Les deux vieillards que sont devenus Auguste et sa compagne de 53 ans Rose Beuret meurent de froid. La plus grande partie de la journée, ils sont dans des fauteuils, recouverts de couvertures, se tenant la main. Malgré le legs de toute son œuvre à l'État français, celui-ci ne trouve pas de charbon à lui envoyer. Heureusement, deux femmes merveilleuses, la romancière Judith Cladel et Marcelle Tirel, la secrétaire du sculpteur, veillent sur le couple complètement perdu. Rose est la première à s'éteindre, victime d'une pneumonie, le 14 février 2017, à l'âge de 73 ans. Seize jours après son mariage avec Rodin ! Celui-ci l'avait fait attendre cinquante-trois ans ! Rodin, très diminué, souvent comateux, s'éteindra quelques mois plus tard.

Caveau

Son fils, également prénommé Auguste, s'approche de ce père tellement dur avec lui. Il sanglote. Pourtant, Rodin ne l'a jamais reconnu, et ce, même après son mariage avec sa mère Rose. Le père avait invité le fils à partager son toit au début de la guerre. Celui-ci fera office de jardinier et son épouse, de femme de chambre. Quand Auguste appela pour la première fois Rodin « papa », celui-ci le reprit durement : « Appelle-moi maître ou monsieur, comme ma femme ! » Auguste junior avait alors dépassé 50 ans.

Les funérailles se déroulent le 25 novembre à la villa des Brillants. Sa dépouille est déposée près de celle de Rose, dans le caveau qu'il avait fait installer dans le jardin. Le cercueil est recouvert d'un drap tricolore semé d'étoiles d'argent, sur lequel ont été placées sa croix de grand officier de la Légion d'honneur et la robe de l'université d'Oxford. Un piquet de soldats rend les honneurs. Sont présents le ministre de l'Instruction publique, un représentant du roi d'Angleterre et de nombreux artistes.

Pour en savoir plus, rendez-vous à 15 heures sur la page Facebook du Point !

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