Un mois après les frappes occidentales en Syrie, ou en sommes-nous ?

Dans la nuit du 14 avril 2018, les aviations américaines, françaises et britanniques ont frappé plusieurs cibles de l’armée syrienne. Des frappes qui avaient pour objectif politique de punir le régime de Bachar el-Assad, soupçonné d’avoir utilisé des armes chimiques contre les rebelles sept jours plus tôt. Si dans cette affaire les États occidentaux paraissaient unis, le parti allemand Die Linke (gauche radicale), opposé à une intervention militaire en Syrie a questionné le Bundestag sur la compatibilité des frappes du 14 avril avec « le droit international »(1). Les experts missionés par le parlement allemand ont estimé que ces frappes allaient à l’encontre des règles en vigueur. Fabien Herbert, quels sont les arguments du Bundestag, pour qualifier ces frappes d’illégales ? 

Oui, Martin,

Alors je vais vous citer directement les écrits rapportés du bundestag : “L’emploi de la force militaire contre un État, afin de sanctionner la violation par cet État d’une convention internationale, représente une atteinte à l’interdiction de recourir à la violence prévue dans le droit international” .

Donc Sans remettre en cause les questions de légitimité précédemment citées, l’expertise a repris une déclaration de l’Assemblée générale de l’ONU, rappelant “le devoir des États de s’abstenir, dans leurs relations internationales, d’user de contrainte d’ordre militaire”. Ainsi que l’incompatibilité de cette intervention « avec les objectifs et les principes des Nations Unies”. En somme, puisqu’aucun des États n’étaient directement menacés, ne possédaient pas de mandat du conseil de sécurité de l’ONU et alors que la faute reprochée au gouvernement syrien n’étais pas imminente, mais passé, l’utilisation de frappes militaires punitives ne pouvait rentrer dans le cadre « du droit international ».

Comment se défendent les diplomaties occidentales ?

Alors Jean-Yves Le Drian, le ministre des affaires étrangères s’est concentré sur le caractère légitime de l’intervention. Légitime, car l’opération fût menée pour punir un régime syrien qui venait d’enfreindre le droit international, violant notamment la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. Pour le Quai d’Orsay, un autre argument légitime l’attaque occidentale : c’est le fait d’avoir détruit les capacités chimiques syriennes, ce qui permet de protéger les populations civiles d’une futur utilisation.

Mais finalement Fabien, peux t-il y avoir une Légitimité sans légalité ?

Alors les arguments présentés par le Bundestag et ceux de la diplomatie française ne se contredisent pas vraiment.

L’illégalité de l’intervention militaire n’empêche pas sa légitimité sur le plan morale, en l’occurence pour punir l’utilisation supposée d’armes chimiques par le régime syrien. Mais est-ce que la légitimité de cette action peut s’accommoder de l’illégalité, c’est une bonne question  ?

En effet, alors qu’il est reproché aux forces d’Assad de bafouer « le droit international » et les conventions qui s’y rattache, est-ce que l’on peut considérer la réponse occidentale comme pertinente, puisqu’elle même s’affranchit « du droit international » ?

 En résumé, cette intervention enfreint « le droit international » dans le but de punir un régime qui venait de le transgresser ce même droit internationale.

Il y a a donc un véritable paradoxe politique qui existe à travers les frappes occidentales et qui représente assez bien le manque de cohérence de la diplomatie occidentale dans cette affaire syrienne depuis 2011.

Le soft power sud coréen

Alors que la péninsule de Corée cristallise l’attention internationale en Asie depuis deux ans, il semblerait que nous assistions depuis les JO à un rapprochement entre Séoul et Pyongyang. Si le traitement médiatique lié à la corée du sud rime souvent avec menace nucléaire, le pays du matin calme a également su développer ses atouts culturels ces dernières années. De son cinéma a sa musique devenu un véritable outil du soft power sud-coréen.

 Pouvez-vous nous rappeler brièvement ce que vous appelez le soft power ?

Le Soft power est un concept utilisé depuis une trentaine d’année dans le domaine des relations internationales. On peut résumer ce concept par la capacité d’une entité à convaincre , persuader ou influencer un autre acteur. Il s’oppose au hard power qui lui, rentre dans le champs de la contrainte et de la coercition. Pour l’anecdote, le géopoliticien français Gérard Chaliand a proposé la traduction de ce terme par « pouvoir feutré ».

 Quelle est la particularité du soft power de la corée du sud ?

 Et bien la question du soft power est traditionnellement associée aux grandes puissances, mais il devient un enjeux crucial pour ce qu’on peut appeler les moyennes puissances. En effet, La République de Corée située entre les mastodontes économiques japonais et chinois et menacée par la puissance nucléaire nord-coréenne en est l’illustration. Pour exister depuis les années 90 Séoul ne cesse d’exporter ses produits culturels dans toute l’Asie et plus récemment dans le reste du monde. Les succès sud-coréens sont nombreux, de la K-pop à la K-beauty en passant par les fameux « dramas ».

Ce qu’on appele la « vague coréenne »  ou korean wave est connu aussi sous la dénomination chinoise d’« Hallyu », et a pour origine la crise économique de 1997. À la suite de cette période, le gouvernement sud-coréen va miser sur les technologies de l’information et l’industrie culturelle nationale. Un pari gagnant grâce notamment à l’ouverture des marchés chinois à la même période et à la libéralisation de l’audiovisuel sud-coréen. D’abord importée par la Chine, puis le Japon, la culture sud-coréenne va s’étendre sur le reste du continent au début des années 2000 :  en Asie du Sud-Est, en Asie Centrale et même jusqu’en Turquie !

Dès 2003 la balance commerciale de l’industrie TV sud-coréenne devient positive et en 2005 les exportations sont trois fois plus importantes que les importations de produits.

Comme se traduit le soft power sud coréen ?

Et bien aujourd’hui, la « vague coréenne »  s’est largement mondialisée à travers plusieurs « pôles » culturels. Le premier est celui des « dramas », ces séries aux intrigues romantiques qui se déroulent autour des hautes sphères de la société coréenne. Vous connaissez également, la K-pop qui se caractérise par ces fameux mouvements de danse, comme le très célèbre lasso de « Gangnam style ». Enfin autre vecteur de l’influence sud-coréenne : la K-beauty, qui est de plus en plus présente dans les boutiques de cosmétique occidentale, avec fameux ses masques en tissu.

Quelle est la finalité du soft power coréen ?

Et bien Martin, c’est la même que pour le soft power hollywoodien, qui permet de rendre le modèle américain désirable aux yeux du monde.

Le « Hallyu » suit cet exemple et permet à la Corée du Sud de séduire le monde et de s’imposer comme un modèle de référence en Asie.

Poutine, candidat “indépendant” à la présidentielle de mars 2018

Alors que la campagne présidentielle russe de 2018 aura été marquée par un véritable manque de suspenses.  Le Président sortant Vladimir poutine est quasiment assuré d’être réélu pour un quatrième mandat La faiblesse de l’opposition et la main mise sur les grands médias russes lui permettent d’envisager avec sérénité les résultats du 18 mars prochain. Si le candidat Poutine semble plus fort que jamais, un détail de cette campagne est resté relativement inaperçu, eneffet Vladimir Poutine s’est présenté en tant que candidat « indépendant » et non sous la bannière du parti Russie Unie.

Quelle est l’importance de ce soit disant détail ? 

Si ce que vous venez de dire peut être considérer comme un simple détail de la campagne, en réalité ça ne l’est pas et c’est presque même l’un des éléments les plus importants de cette présidentielle. En effet vladimir poutine ne s’est pas présenté en 2018 sous la bannière de Russie unie le parti de centre droit qui a émergé sous sa présidence au début des années 2000. Un choix qui montre que le Kremlin à pris acte de la baisse de popularité des autorités russes en générale.

Pourtant on a tendance a dire que vladimir poutine est très populaire en Russie

 Oui mais il y a une véritable différence entre la perception du président russe et du reste du pouvoir par la population. Le choix du Vladimir poutine de ne pas se présenter sous l’étiquette Russie Unie peut paraître étrange lorsqu’on sait que son parti à largement remporté les élection législatives de 2016. Alors qu’en 2011 Russie Unie avait obtenu 49% des voix, elle en obtient 54% en 2016. Un résultat en trompe l’œil pour le parti au pouvoir depuis sa création. Alors qu’en 2011 le parti avait recueilli plus de 32 millions de voix, la participation a fortement chuté en 2016 et Russie Unie perdit près de 4 millions de voix. À l’aune de ces résultats il est compréhensible de voir à quel point le Kremlin souhaite une forte participation pour les élection présidentielles de 2018. Les études du Levada Center nous donne un autre indicateur du climat d’insatisfaction de la population russe envers ses autorités. Si les taux d’approbation concernant le Président Vladimir Poutine reste très élevé (avec 81% d’approbation en 2017), les autres corps du pouvoir sont en baisse depuis 2016. Ainsi l’action du Premier ministre Dmitri Medvedev n’est approuvé qu’à 46%, celle du gouvernement russe qu’à 42%.

Toutes ces raisons laissent à penser que le très populaire Président Poutine a souhaité se défaire des éléments les moins populaire pour être ré-élu avec le plus de voix possibles, en accord avec son pourcentage d’approbation. Dans cette optique il est plutôt logique que Poutine se soit présenté sans son étiquette politique habituelle. Bien sûr, Russie Unie ne présente pas de candidat et soutient le Président sortant.

Est ce que ce détail aura un impact après l’élection présidentielle ?

Alors si Vladimir Poutine est à nouveau élu le 18 mars, cette question de la baisse de popularité du pouvoir russe ne sera pas à prendre à la légère. Elle sera même primordiale puisque un des enjeux de ce qui devrait être le dernier mandat de V.Poutine sera la gestion de « sa succession politique ».  Dans cette perspective, il est possible qu’un nouveau premier ministre soit désigné, ce qui serait une rupture du binôme Poutine/Medevedev en place depuis 2008. De nouveaux cadres plus jeunes devraient émerger prochainement autour de Poutine, enfin la question de la survie de Russie Unie se pose. Est-ce que le pouvoir russe pourrait aller jusqu’à dissoudre le parti majoritaire au parlement depuis 2007 pour créer une nouvelle force politique recentrée autour du Président Poutine ? Affaire à suivre.

Enfin si les dirigeants russes ont souvent été accusés d’être déconnectés de la réalité, enfermés dans leur tour d’ivoire, la candidature de Vladimir Poutine en tant que candidat « indépendant » montre bien que le pouvoir a pris acte du mécontentent de populaire. Cette prise de conscience et les relatifs signes d’apaisement envoyés par Moscou aux occidentaux, permet de penser que le « dernier » mandat de V.Poutine aura pour objectif de redresser l’économie du pays pour répondre aux attentes de la population.

Le développement de l’idéologie nord coréenne

Alors que les JO d’hiver de Pyongchang ont mis en lumière pendant deux semaines la péninsule de Corée. La dictature nord-coréenne s’est invité dans les festivités en amorçant une détente avec son voisin du sud.Souvent considérée comme un vestige de la guerre froide, le régime nord-coréen et son idéologie reste relativement peu connu en occident.

Comment s’est développé l’idéologie nord-coréenne ?

Souvent réduite à la position d’État satellite de l’URSS, puis considéré comme le dernier régime stalinien au monde, la République Populaire Démocratique de Corée  n’en reste pas moins une énigme, un Objet Politique Non Identifié. Si catégoriser cet État comme « communiste » semblait facile pendant la guerre froide, qu’en est-il aujourd’hui ? Alors que l’URSS a disparu et que le modèle chinois a profondément muté depuis les années 80. Comment envisager l’incroyable rigidité du régime nord-coréen ?

Tout d’abord considérer la  République Populaire Démocratique de Corée comme une construction politique sino-soviétique qui aurait mal tourné revient à sous-estimer son caractère profondément souverainiste, indépendantiste et nationaliste. En effet, tout en intégrant les méthodes d’endoctrinement et de terreur du régime stalinien, la doctrine Juche de Kim Il-sung y mêle un patriotisme blessé par la colonisation japonaise. Un évènement traumatisant pour la société coréenne qui eu lien entre 1910-1945, inscrivant la lutte nord-coréenne dans un prisme post-colonial.

A partir de 1945, la corée du nord se considère comme la seul des deux corée, libéré du colonialisme face à un sud sous tutelle américaine. Afin de renforcer la souveraineté de son pays, Kim Il-sung va s’appuyer sur l’idéologie stalinienne pour affirmer son indépendance, et au fil du temps s’éloigner de Moscou et de Pékin.

A quel moment la corée du nord s’est-elle éloignée de Moscou ?

Alors déjà il faut noter qu ‘il existe des différences notable entre l’URSS et la République Populaire Démocratique de Corée avant la mort de Staline. Mais la déstalinisation amorcée par Nikita Khroutchtchev lors du XXème congrès du Parti Communiste de l’Union Soviétique en 1956, va accroître les divergences entre les deux États.

Au nom de l’idéologie stalinienne, Kim Il-sung va s’éloigner de l’URSS, devenu à ses yeux un État révisionniste. À tel point qu’en 1960, la Corée du nord  intègre le Mouvement des États non-alignés et ne peut plus être considérée comme un simple satellite de l’URSS. Kim il SUNG, en profitera pour éradiquer toutes traces de la doctrine marxiste-léniniste en République Populaire Démocratique de Corée, aussi bien dans les textes que dans les monuments. La révolution culturelle maoïste va également entraîner un éloignement (moins important peut-être) de Pyongyang vis-à-vis de Pékin.

Quelles ont été les conséquence de cet éloignement entre la corée du nord et l’urss ?

En fait dès le début des années 60, on peut considérer que la dictature communiste mise en place depuis 1945 est supplantée par une dictature nationaliste entre les mains d’une dynastie, celle des Kim, toujours en place aujourd’hui. Cette doctrine Juche reprend d’un coté plusieurs éléments du communisme comme l’autonomie militaire, économique et politique, et de l’autre une structure sociale qui se résume à un « patriarcat nationaliste», reprenant les codes de l’héritage confucéen. L’autre grande constante de l’idéologie nord-coréenne est son monolithisme autour de la figure tutélaire de Kim Il-sung. Cet aspect est particulièrement visible après la mort du dictateur en 1994, lorsqu’il est érigé au titre de « Président éternel de la République ». Ceci fait de la Corée du nord un État théocratique, avec un nouveau calendrier qui commence en 1912, l’année de naissance de Kim Il-sung. Un code de conduite est imposé à tous les nord-coréens  avec  les Dix principes pour l’établissement d’un système idéologique monolithique. Tous ces principes font référence à Kim Il-sung, lui donnant le statut d’unique figure historique structurante en République Populaire Démocratique de Corée. Le but étant d’éviter le sort de la postérité de Staline en URSS et d’offrir une légitimité politique sans failles à ses descendants.

La Somalie, résultat d’une défaillance internationale ?

Alors que le pays a subit en octobre 2017 un des attentats les plus meurtriers dans le monde ces dix dernières années avec plus de 500 personnes tuées et plus de 300 blessés, la Somalie continue de traverser une crise politique ininterrompue depuis 1991. L’État somalien est issu de la décolonisation d’une partie italienne et d’une partie britannique en 1960. La République de Somalie a connu un semblant de stabilité sous la dictature du général Mohamed Siad Barre, qui manipula habillement le jeu politique de la guerre froide pour s’attirer les faveurs de l’URSS, puis celles des États-Unis. La réduction des aides économiques américaines à la fin des années 80, combinée à l’invasion ratée de la région éthiopienne de l’Ogaden participeront à la chute de Siad Barre en 1991. S’en suivra une guerre civile toujours en cours entre l’État et diverses entités séparatistes, claniques, puis djihadistes.

La cyber guerre n’est plus une fiction

Internet est devenu une arme de déstabilisation des États, des entreprises, des partis politiques, et des citoyens. Les hackers s’immiscent dans les serveurs du parti démocrate américain, bloquent les routeurs d’un million de clients Deutsche Telekom, ou les réseaux de TV5 Monde. Pour en parler, Soline Toussaint des Yeux du Monde.

Avec Sebastian Kurz, l’Autriche penche vers l’Est

Un « millennial » à la chancellerie. Dimanche 15 octobre, les Autrichiens ont accordé 31,7 % des suffrages aux conservateurs-chrétiens de l’ÖVP et à leur dirigeant Sebastian Kurz, 31 ans seulement. M. Kurz va être chargé de former le prochain gouvernement. L’Autriche remet son destin entre les mains d’un jeune homme au visage lisse qui pourrait bien, dans les semaines qui viennent, devenir l’un des plus jeunes dirigeants du monde. Fabien Hebert des Yeux du Monde nous analyse la situation.

Brexit – Pourquoi les discussions entre Londres et Bruxelles patinent

Les équipes britanniques et européens se rencontraient pour la cinquième fois depuis juin ce lundi, pour une semaine de discussions allégée. Ne croyant guère à une avancée décisive des négociations avant le Conseil européen des 19 et 20 octobre prochains, Bruxelles a les yeux rivés sur Londres, où Theresa May est en grande difficulté. Jordi Lafont des Yeux du Monde nous livrera son analyse.

La Russie et l’OTAN se testent

Opération Zapad 2017, ou plutôt Ouest 2017. Depuis plus d’un mois, quelque 12.700 militaires, 7.200 Bélarusses et 5.500 Russes, participent à des exercices qui visent à protéger la Russie d’une éventuelle attaque sur son territoire. Ces exercices “ont une portée antiterroriste et un caractère purement défensif”, a indiqué lors d’une conférence de presse le vice-ministre russe de la Défense, Alexandre Fomine. Ce dernier accuse les médias et les capitales occidentales de “faire circuler des mythes à propos de la soit-disant ‘menace russe’. Quels sont les enjeux réels de ces exercices ? Toutes les réponses à vos questions avec Fabien Herbert des Yeux du Monde.

Paris 2024, c’est fait !

C’est maintenant officiel. Après un siècle d’attente et de cuisants échecs, Paris a été désignée ville hôte des Jeux olympiques de 2024, mercredi 13 septembre, lors de la 131e session du Comité international olympique (CIO) à Lima (Pérou). Parallèlement, au terme du même processus de vote, Los Angeles s’est vu confier les JO d’été 2028. Analyse avec Marc Gérard, des Yeux du Monde.