Vincent Bolloré mis en examen

De quoi est-il suspecté ?

Vincent Bolloré est en garde à vue depuis mardi. Il est accusé de corruption et de trafic d’influence. L’enquête porte sur des soupçons de corruption dans l’attribution à son groupe de concessions portuaires en Afrique de l’Ouest, a annoncé son porte-parole dans un communiqué.

Concessionnaire de ports, opérateur de lignes ferroviaires et actionnaire de sociétés agricoles, le groupe français Bolloré a su se rendre incontournable dans les circuits économiques en Afrique, où il est présent dans pas moins de 46 pays.

Avant de poursuivre dans cette affaire, intéressons-nous sur la recette du « succès » de Bolloré en Afrique. 

Comment le groupe Bolloré est-il devenu si puissant ?

En 1981, Vincent Bolloré n’a que 29 ans quand il rachète les affaires familiales, à l’époque spécialisées dans la vente de papier, destiné à l’impression de la Bible et au papier à cigarettes. Il vient de la banque Rothschild. Il rachète une entreprise quasiment en faillite au franc symbolique et il en fait un grand groupe industriel. En 1981, 1995 et entre 2005 et 2015, il acquiert de nombreuses entreprises, des banques notamment, le groupe Havas et Vivendi. Il a aujourd’hui un empire sur le continent africain qui ne se limite plus à l’industrie du bois mais également au réseau ferroviaire et la gestion des ports à conteneurs. Il est devenu quasi incontournable, même l’armée française, pour sa logistique, s’appuie sur les entreprises du groupe Bolloré pour transporter et acheminer son matériel.

Dans quels pays africains le groupe Bolloré est-il présent ?

En Côte-d’Ivoire, au Cameroun et au Togo mais aussi au Libéria. Pas uniquement donc dans la zone francophone contrairement à ce qu’on pourrait penser. Il possède des ouvertures dans la sylviculture, il est dans la gestion des ports, dans la communication. Surtout, il est présent dans les médias avec Canal+. Même si Canal est en perte de vitesse en France, elle a une grande popularité sur le continent africain, notamment via la Ligue des champions, qui fait qu’aujourd’hui Canal+ est pratiquement le premier opérateur de télévision payante sur le continent.

 Voilà donc la recette du succès de Bolloré en Afrique.

Le quotidien Libération dans un article publié mardi 24 avril titre Le groupe Bolloré, tentaculaire et incontournable en Afrique selon l’AFP Les opérations africaines ont contribué à hauteur de 2,5 milliards d’euros au chiffre d’affaires du groupe en 2017, soit 25% de l’activité hors intégration récente de Vivendi. L’entreprise a en outre prévu d’investir 300 millions d’euros en 2018 sur le continent. Du stockage au transport des marchandises, Bolloré Africa Logistics est incontournable en Afrique de l’Ouest. Le groupe gère directement les terminaux de conteneurs de 10 ports de la région, de Conakry en Guinée, à Pointe-Noire au Congo.

Le groupe Bolloré détient la majorité dans trois concessions ferroviaires en Afrique : Sitarail (Côte d’Ivoire, Burkina Faso), Camrail (Cameroun) et Benirail (Bénin). L’histoire récente du groupe a été marquée par une catastrophe ferroviaire qui a fait 79 morts et 600 blessés fin 2016 à Eseka, dans le centre du Cameroun. L’enquête camerounaise a établi la « responsabilité » de Camrail car elle n’aurait pas respecté « certaines règles de sécurité ». (Libération)

On dit que Havas, l’une des filiales du groupe, a pu influencer des élections présidentielles. De quelle façon ? 

Le porte-parole de Vincent Bolloré n’a pas précisé les chefs de mise en examen qui pèsent sur le milliardaire de 66 ans, néanmoins selon Jeune Afrique Deux collaborateurs ont été présentés aux juges

Le directeur général du groupe éponyme, Gilles Alix, et le responsable du pôle international de Havas, Jean-Philippe Dorent, étaient eux aussi présentés aux juges d’instruction, à l’issue de leur garde à vue entamée mardi matin. Les trois hommes sont susceptibles d’être inculpés ou d’être simplement placés sous le statut de témoin assisté. Les juges d’instruction Serge Tournaire et Aude Buresi du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris tentent de déterminer si le groupe Bolloré a utilisé les activités de conseil politique de sa filiale de publicité Havas pour se voir attribuer la gestion des ports de Lomé, au Togo, et de Conakry, en Guinée, via une autre de ses filiales, Bolloré Africa Logistics, anciennement appelée SDV. “Bolloré remplissait toutes les conditions d’appel d’offres. C’est un ami, je privilégie les amis. Et alors ?”, avait expliqué Alpha Condé au journal Le Monde en 2016.

SDV avait obtenu la gestion du port de Conakry quelques mois après l’élection d’Alpha Condé fin 2010, et avait remporté la concession à Lomé peu avant la réélection en 2010 de Faure Gnassingbé. 

Dans un communiqué publié mardi, le groupe Bolloré a « formellement » démenti avoir commis des irrégularités en Afrique, où il gère 16 terminaux portuaires.

En 2015, Vincent Bolloré balayait les critiques d’un revers de main lors d’une interview donnée au Monde : « On ne nous a rien donné (…) Si le groupe Bolloré se développe en Afrique, c’est parce que nous prenons des risques. Les gens n’osent pas investir. »

In fine, Il est impossible de porter des allégations dans l’état actuelle de l’affaire. Cependant le soupçon, oiseau réputé de mauvais augure plane désormais sur l’ombre de Vincent Bolloré.