Brexit  : un accord mais des ambiguïtés

L’accord sur le Brexit publié vendredi 8 décembre à l’aube à Bruxelles représente pour Theresa May une percée symbolique et politique majeure. Après six mois d’âpres négociations et un ultime marathon nocturne, la première ministre, affaiblie par sa défaite électorale de juin, a quitté le siège éjectable où elle se maintenait tant bien que mal depuis l’été. Même si les ambiguïtés du texte pourraient déboucher à long terme sur un quasi-statu quo dans les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE).

Vendredi, le gouvernement de Mme May a fait montre d’une rare unanimité pour saluer sa performance. « Theresa May a gagné », a clamé Michael Gove, ministre de l’environnement pro-Brexit qui lorgne sa succession. Moins radical que son collègue, le ministre des finances, Philip Hammond, a salué le « coup de fouet pour l’économie britannique » que représente un texte qui lève certaines incertitudes. Seule fausse note : Nigel Farage, l’ancien chef de file du parti europhobe UKIP, a ironisé sur « le passage à la deuxième phase de l’humiliation » pour Mme May. Ambivalent sur l’Europe, le leader travailliste Jeremy Corbyn a brillé par son silence alors que même Boris Johnson, ministre des affaires étrangères hostile à Mme May, a salué la « totale détermination » de la première ministre.

Promesses contradictoires

Pour les partisans d’un « Brexit dur » (rupture nette avec l’UE et recherche d’autres partenaires) comme lui, l’accord de vendredi certifie que le Brexit sera effectif à la fin mars 2019 et évite un crash économique dans l’intervalle. C’est pourquoi ils semblent avoir « avalé » les très nettes entorses acceptées par Mme May à ses « lignes rouges » : acceptation d’une facture de 50 milliards d’euros, reconnaissance d’une certaine compétence de la Cour de justice de l’UE pour trancher le contentieux du droit au séjour des continentaux résidant au Royaume-Uni et concessions à Dublin sur la question irlandaise.

Mais pour les défenseurs d’un « Brexit modéré » (maintien du maximum de liens avec l’UE), le même texte représente l’espoir d’une volte-face de Theresa May sur sa promesse centrale, favorable à un « Brexit dur » : la sortie du marché unique européen et de l’union douanière. Cet espoir est alimenté par le haut degré d’ambiguïté du texte. Il repose principalement sur ses dispositions relatives à l’Irlande.

La décision de Mme May de sortir du marché unique implique la recréation de la frontière entre les deux Irlande qui deviendra une frontière extérieure de l’Union. Or, l’accord fait deux promesses totalement contradictoires avec cette décision politique : pas de frontière entre le nord et le sud de l’Irlande (pour satisfaire Dublin) et pas de frontière entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne (pour satisfaire les unionistes du DUP à Belfast). La seule façon de résoudre l’équation serait que le Royaume-Uni demeure dans le marché unique européen. L’accord intervenu vendredi ouvre cette possibilité en stipulant qu’« en l’absence de solutions acceptées [pour l’Irlande], le Royaume-Uni maintiendra un alignement complet sur les règles du marché unique et de l’union douanière ».

Pareille éventualité reviendrait, en dupliquant les règles européennes pour l’Irlande du Nord (et potentiellement pour tout le Royaume-Uni dont l’Irlande du Nord est partie intégrante), à un « Brexit modéré », voire à un quasi-statu quo déguisé en Brexit. Dans ce scénario implicitement envisagé par l’accord, le Royaume-Uni suivrait la réglementation commerciale et douanière du marché unique et de l’union douanière sans en faire partie.

Paralysie

Cette ambivalence sur le point crucial du Brexit reflète le clivage qui mine le gouvernement de Theresa May depuis le référendum et paralyse son action. Cela n’a pas échappé aux dirigeants de l’UE. Ils ont prévenu Mme May que les discussions cruciales, attendues impatiemment par les Britanniques sur les futures relations commerciales, ne commenceraient pas avant février au plus tôt, le temps pour l’équipe de la première ministre de se mettre d’accord.

Plusieurs membres du gouvernement ont en effet reconnu publiquement que la question de la nature de ces relations à venir (Brexit dur ou modéré) n’a toujours pas été tranchée. Tandis que Boris Johnson et Michael Gove plaident pour une dérégulation apte à donner un avantage compétitif au Royaume-Uni, Philip Hammond défend au contraire un alignement maximal sur les règles de l’UE. Or, l’UE, qui n’a aucune envie de voir se développer à ses portes un paradis fiscal dérégulé de la taille du Royaume-Uni, risque de se montrer intransigeante. Vu le choix de Theresa May de sortir du marché unique, la seule issue pourrait résider dans un accord commercial du type de celui signé récemment avec le Canada. L’ennui est qu’il ne couvre pas le secteur des services, qui représente 80 % de l’économie britannique.

Donald Tusk, président du Conseil européen, a d’ailleurs prévenu Theresa May : le plus difficile reste à faire. « Nous savons tous que rompre est difficile. Mais rompre et construire une nouvelle relation est encore plus difficile », a-t-il remarqué. « La partie la plus dure du travail » a duré un an et demi (depuis le référendum de juin 2016), alors qu’il reste moins d’un an (jusqu’en octobre 2018, échéance induite par la procédure du Brexit) « pour négocier un arrangement transitoire et le cadre de nos futures relations ».

18 ans, Etudiant en première année de relations internationales, passionné par l’actualité depuis le plus jeune âge.
Créateur de C L’Info

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