Bataille judiciaire au sommet de la gastronomie française

Axel Manes dans la tourmente. Le chef étoilé de l'Atelier de Joël Robuchon Saint-Germain fait l'objet d'une plainte pour escroquerie déposée par ses anciens partenaires, le conglomérat turc Dogus, rapporte dimanche Le Parisien. La plainte a initialement été déposée au printemps dernier, et a été suivie de l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris en juillet, enquête qui a mené à un classement sans suite en décembre. Cependant, les investisseurs du groupe turc ont décidé la semaine dernière de déposer une nouvelle plainte, avec constitution de partie civile cette fois-ci, dans l'espoir d'obtenir la désignation d'un juge d'instruction. Axel Manes nie de son côté tous les faits qui lui sont reprochés.

Selon Le Parisien, tout a commencé lorsqu'en juillet 2015 Dogus, une multinationale turque disposant d'un département hôtel-restauration et désireuse d'investir dans le secteur, devient partenaire du jeune chef de 33 ans. Au travers d'une société néerlandaise, l'entreprise devient actionnaire de l'Atelier de Joël Robuchon Saint-Germain, situé dans le 7e arrondissement de Paris, à hauteur de 60 %. Une transaction estimée par la multinationale à 20 millions d'euros. Leur projet est simple : s'appuyer sur le talent d'Axel Manes pour développer la marque Joël Robuchon.

L'incompréhension du côté turc

Mais en septembre 2016, soit un peu plus d'un an après sa prise de capital à la table parisienne, Dogus reçoit de la part du Français un virement d'environ 5 millions d'euros, correspondant pour partie au rachat des actions acquises l'année précédente, à un prix inférieur toutefois. Au sein du groupe, l'étonnement est de mise, Dogus n'ayant jamais eu l'intention de vendre. « On travaillait en toute confiance avec Axel Manes », explique Tevfik Akdag, l'un des dirigeants de la multinationale, cité par le quotidien.

« On avait de grands projets pour faire vivre la marque Joël Robuchon et ouvrir de nouveaux établissements à l'étranger », poursuit-il. Des installations à Londres et à Dubaï étaient même en préparation, les repérages avaient d'ailleurs bien avancé. « Il n'y avait aucune logique à revendre, et encore moins à perte. »

Un mauvais partenariat ?

Axel Manes dément, pour sa part, ces informations. Selon son avocat, Me Maurice Lantourne, le jeune chef « s'est vite aperçu que le partenariat ne fonctionnait pas et que le développement qu'on lui avait promis n'était pas au rendez-vous. Il a donc préféré racheter les actions du restaurant ». L'accusation d'escroquerie résulte de la signature sur l'acte de cession de Marc Padberg, patron de la société néerlandaise via laquelle Dogus avait réalisé son investissement. D'après Le Parisien, citant l'avocat de l'homme d'affaires, ce dernier était présent à Paris en août 2016 afin d'approuver les comptes de la société, et à ce titre a donc signé des documents rédigés en français, langue qu'il ne maîtrise pas.

Il ne s'est aucunement rendu compte que dans ces documents se trouvaient les actes de vente de la table parisienne. « Quand on voit le contexte de cette prétendue vente et la perte causée, on comprend qu'elle n'a pu être obtenue que par la tromperie », affirme Me David Marais. Faux, réplique la défense d'Axel Manes. Selon l'avocat du chef étoilé, « les documents signés sont explicites », toute confusion était impossible. « D'ailleurs, il n'y a pas eu d'opposition au virement », conclut Me Maurice Lantourne.

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