AREVA, condamné à mort par l’Etat Français

C’est un petit séisme dans les relations franco-chinoises. CNNC ne participera pas à l’augmentation de capital d’Areva, expliquent plusieurs sources proches du groupe français. « On n’a pas réussi à se mettre d’accord, reconnaît l’une d’entre elles. Les Chinois n’étaient pas prêts à entrer au capital aux conditions fixées par l’État français ». Vendredi se tiendra l’assemblée générale des actionnaires qui entérinera une augmentation de capital de 5 milliards d’euros dont 500 millions seront apportés par les groupes japonais Mitsubishi et JNFL. L’État se chargera de verser le solde de 4,5 milliards d’euros. Contactés, Areva et Bercy n’ont pas souhaité commenter.

Le contexte

Cela fait plusieurs mois que les discussions subsistaient entre les parties, mais ces dernières se sont tendues au cours des deux derniers mois. L’Etat français avait imposé à tous les investisseurs des exigences fortes en terme de gouvernance. Par exemple, il refusait que leur représentant ne siège au conseil d’administration d’AREVA. « La réalité est que Bercy ne voulait pas de Chinois au conseil », souligne un proche de CNNC, l’actionnaire chinois. La France souhaitait également que les investisseurs chinois et japonais détiennent la même participation au capital d’Areva, soit 10%. En face, CNNC demandait à être le premier actionnaire derrière l’Etat français. Un point due crispation très fort lorsque l’on connait les relations diplomatiques, peu joviales, qu’entretiennent les deux pays. « Les Chinois en demandaient trop » estime un proche d’Areva. Mi-janvier, le président d’Areva, Philippe Varin, et son directeur général, Philippe Knoche, se sont rendus en Chine pour tenter de trouver un ultime compris. Ils sont revenus bredouilles.

Dans le cadre du sauvetage d’Areva en quasi-faillite, l’Etat a décidé qu’EDF reprendrait la fabrication des réacteurs et les services (Areva NP). Le reste du groupe sera scindé en deux : les activités à risques (EPR finlandais…) seront cantonnées dans Areva SA et bénéficieront d’une augmentation de capital de 2 milliards d’euros à la seule charge de l’Etat ; le cycle du combustible, regroupé dans Areva NewCo, aura pour sa part 3 milliards, une augmentation de capital (acceptée par Bruxelles) ouverte à des partenaires étrangers.

Qui est CNNC ?

CNNC (Compagnie Nucléaire Nationale Chinoise) est une entreprise publique regroupant de trèsnombreuses activités (recherche, production d’électricité, fabrication d’équipements, gestion des déchets…) soit l’équivalent Français du Commissariat à l’énergie atomique d’EDF et d’Areva. C’est avec elle qu’Areva négocie depuis dix ans la construction en Chine d’une usine de recyclage des combustibles usés comme celle de La Hague (Manche) pour un coût de plus de 10 milliards d’euros.

 

Outre CNNC, la Chine compte un autre géant public, China General Nuclear Power Corporation (CGNPC). Partenaire historique d’EDF, il achève la construction de deux réacteurs EPR à Taïshan (province de Guangdong) et participe à la relance du nucléaire au Royaume-Uni, CGNPC finançant un tiers des 22 milliards d’euros des EPR d’Hinkley Point construits par EDF. Pour l’Etat patron chinois chapeautant CNNC et CGNPC, pas d’investissement financier sans investissement industriel. A terme, c’est en effet sa technologie, notamment son réacteur de troisième génération, qu’il veut vendre en Europe.

Une erreur qui va coûter cher …

Mettre Chinois et Japonais au même niveau à été une erreur, c’est indéniable ! La relation entre la France et la Chine se détériore à cause de cet échec, alors même que notre pays à besoin d’IDE (investissements directs) Chinois … Nombreux sont les investisseurs qui s’étonnent de la stratégie française qui à favorisé le nucléaire japonais. Faut-il rappeler à l’état major d’AREVA que sur les 54 réacteurs de l’ile nippone, seuls trois fonctionnent depuis la catastrophe de Fukushima. Faut-il également rappeler que la Chine construira 100 réacteurs dans les quinze prochaines années, soit 40% à 50% des nouvelles tranches en projet dans le monde. Elle a aussi le plus grand marché intérieur du monde, des salaires encore bas, une monnaie faible et manipulable. Ces atouts rendront son industrie nucléaire extrêmement compétitive dans les années à venir. En tout cas chez Areva, c’est le politiquement correct qui prime. On souligne que les relations commerciales avec la Chine « ne sont pas rompues », et qu’il faut les dissocier de l’augmentation de capital …

Dans le domaine du nucléaire, l’échec de ces négociations est un véritable tournant dans les relations franco-chinoises. Cela fait un an et demi qu’AREVA discutait avec CNNC d’une éventuelle

Michel Sapin et Ma Kai

entrée à son capital. En juin 2015 le premier ministre Chinois et Manuel Valls avaient signé un partenariat entre les deux pays. Quatre mois plus tard, le premier ministre français s’était rendu au Japon pour dérouler le tapis rouge à Mitsubishi. L’affront était trop fort pour Pékin. Les discussions semblaient s’être améliorées lorsqu’en novembre dernier, le vice-premier ministre chinois Ma Kai s’étaient rendu en France pour rencontrer le ministre de l’Économie Michel Sapin et le secrétaire d’État à l’Industrie, Christophe Sirugue. Mais le double jeu français a fini par crisper les Chinois qui ont préféré jeter l’éponge.

L’avenir s’assombrit pour le couple franco-chinois dans le nucléaire. Les craintes se concentrent déjà sur la Grande-Bretagne et les répercussions sur le chantier pharaonique des EPR. « Rien n’est acquis, même pour Hinkley Point. Les Chinois ont besoin d’une vision industrielle et de construire des centrales chinoises en Europe, explique un proche d’EDF. Un investissement seulement financier ne les intéresse pas. Ils ne se sont pas retirés du projet mais la question pourrait se poser ». La menace est claire.

18 ans, Etudiant en première année de relations internationales, passionné par l’actualité depuis le plus jeune âge.
Créateur de C L’Info

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